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Critique de film
Le film

Casino Royale

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L'histoire


Panique !
Les espions des plus grandes puissances du monde disparaissent un à un. Devant l’incapacité des services secrets à résoudre ce problème, une délégation de représentants des plus importantes agences de renseignements est envoyée afin de décider le mythique James Bond à sortir de sa retraite dorée.

Analyse et critique

Produit par Charles K. Feldman (Red River de Hawks, Macbeth de Welles, A streetcar named desire de Kazan), Casino Royale est quasiment né de sa seule volonté. Feldman possédait les droits du premier roman de la série des James Bond de Ian Fleming mais celui-ci ayant déjà été largement pillé dans les productions de Albert Broccoli, il ne restait à Feldman que le titre et le contexte du casino qui étaient finalement exploitables. Se heurtant à l’impossibilité d’obtenir la participation de Sean Connery pour le rôle titre, Charles K. Feldman décide de changer son fusil d’épaule et de faire du film une franche parodie. Il fait de Casino Royale un film-concept en choisissant cinq réalisateurs travaillant chacun sur un segment différent et définit lui-même son projet comme étant « un film psychédélique ».

Co-réalisé par Val Guest, John Huston, Kenneth Hughes, Joseph MC Grath et Robert Parrish, Casino Royale est un joyeux fourre-tout en parfaite adéquation avec l’esprit de son temps. L’esthétique colorée et délicieusement kitsch, la musique pop de Burt Bacharach, ancrent parfaitement le film dans son époque et Casino Royale fut, en dépit de toutes ses imperfections, un véritable succès. Le film s’offrit même le luxe de faire plus d’entrées que You only live twice, James Bond « officiel » avec Sean Connery sorti la même année !

Nous ne nous attarderons pas sur une intrigue qui tient en fait plus du bricolage destiné à relier les séquences entre elles. Les réalisateurs travaillèrent indépendamment à l’écriture de leur segment, chacun développant son histoire avec son James Bond (David Niven, dans le film, decidera de renommer tous ses agents James Bond afin de tromper l’ennemi). On ne peut que constater aujourd’hui à quel point la mission dévolue à Val Guest de donner du liant au film, était quasiment impossible à accomplir ! Tout les prétextes sont bons pour détourner les codes du film d’espionnage et pour digresser à loisir. Si le film souffre d’un manque d’unité flagrant, certaines parties sont de véritables réussites. La savoureuse prestation de Deborah Kerr en châtelaine écossaise évoluant dans un univers de sombres traditions séculaires, l’école de danse berlinoise et ses résonances expressionnistes, et la visite de James Bond-David Niven à sa fille Mata Bond (fruit de ses amours avec la légendaire Mata-Hari) sont parmi les meilleurs moments de cet objet kitsch et délicieusement loufoque.

Woody Allen, alors à l’aube de sa carrière de cinéaste, à qui Feldman avait déjà fait confiance pour le scénario de What’s new pussycat ?, écrivit lui même ses dialogues pour le film (sans pour autant réaliser son segment) et ses apparitions en Jimmy Bond, neveu du grand James, sont particulièrement hilarantes. On connaît aujourd’hui les problèmes générés par un Peter Sellers alors dans une période difficile de sa vie, ses constantes exigences de réécriture et son hostilité partagée vis à vis d’Orson Welles, néanmoins il s’avère comme à son habitude impeccable. La sublime Ursulla Andress qui fut et reste LA James Bond Girl, tient ici à son tour le rôle d’une espionne, bien loin des potiches « broccoliennes ».

Ian Fleming déclara un jour qu’il avait créé le personnage de James Bond en pensant à David Niven. Quand il eut finit d’écrire Casino Royale, il le lui envoya. Niven se montra intéressé mais ne put mener à bien le projet. En jouant James Bond des années plus tard, David Niven nous démontre tout le bien fondé de l’idée de Fleming. Son flegme et son élégance toute britannique en font effectivement le parfait représentant des services secrets de sa Majesté… Le coté athlétique d’un Sean Connery en moins… Il incarne une forme d’idéal aristocratique de la « profession », bien loin de ces nouveaux espions « de farces et attrapes ».

Casino Royale est un film maladroitement construit (est-il seulement construit ?), très inégal, mais qui possède pourtant un charme certain, un je-ne-sais-quoi de «swinging London», un inimitable parfum sixties. On apprécie les performances des acteurs, la loufoquerie du film et celle du projet en lui même, son parfum de joyeuse anarchie et l’impression de liberté qui s’en dégage. La qualité de la production, le superbe travail des décorateurs et des costumiers, donnent à Casino Royale un cachet certain et en font aujourd’hui un objet fort réjouissant en dépit de son caractère fondamentalement imparfait.

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La fiche IMDb du film
Par Harry Dawes - le 24 décembre 2002