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Critique de film
Le film

La Révolte des Séminoles

(Seminole Uprising)

Partenariat

L'histoire

1855. Black Cat, chef de la tribu des Séminoles, réussit à s’échapper de sa réserve de Floride. Il retourne au Texas où il incite les Indiens à mener une série de raids meurtriers. Le Lieutenant Elliott (George Montgomery) est missionné pour l’appréhender car non seulement il connait bien ce rebelle mais il a également été élevé à ses côtés, tous deux métis. Le soldat se rend donc à Fort Clark pour apporter de l’aide au Colonel Hannah. Il retrouve la fille de son supérieur, Susan (Karin Booth), dont il était autrefois amoureux ; les deux amants n’avaient pas pu poursuivre leur romance à cause du sang mêlé de l’officier. Ils s’aiment toujours mais Susan ne doit pas tarder à se marier avec le Capitaine Dudley. Les deux hommes doivent s’associer pour pourchasser Black Cat et ses hommes, mais leur rivalité va les mettre en danger sur le champ de bataille...

Analyse et critique

Sam Katzman a beau malheureusement avoir été un producteur qui ne pensait à rien d’autre qu’à la rentabilité, d’où une kyrielle de navets à la clé, il faut néanmoins se rendre à l’évidence : au vu de ce que nous avons pu voir de ce médiocre corpus, les westerns "Tuniques bleues" sont bien moins ridicules que les westerns "Tuniques rouges". Autrement dit, les films se déroulant au XIXème siècle dans l’Ouest des États-Unis sont quand même bien plus regardables que ceux qui se déroulaient à l’Est un siècle auparavant, déjà du fait que les paysages sont plus crédibles par rapport au lieu où se déploient ces bandes de séries C voire Z. Et du coup, contrairement à tous ces films navrants dont le récit prend place à l’époque du Dernier des Mohicans, les westerns de cavalerie que sont Seminole Uprising ou également Battle of Rogue River de William Castle - tous deux avec George Montgomery en tête d’affiche - se regardent volontiers, certes sans passion mais aussi sans déplaisir.

Même le scénario de Robert E. Kent se révèle bien moins tartignole que tous ceux qu’il écrivit pour ce même producteur, à savoir, pour ne prendre que ceux déjà sortis en DVD chez Sidonis, La Hache de la vengeance (When the Redskins Rode), Le Trappeur des grands lacs (The Pathfinder), La Levée des tomahawks (Brave Warrior), Fort Ti... Son intrigue est ici très classique mais presque jamais ennuyeuse ni trop risible. Le film reprend à peu près le schéma qu’un autre western mettant en scène la tribu des Séminoles, L’Expédition du Fort King de Budd Boetticher, qui se déroulait, quant à lui, dans leur territoire d’origine, à savoir la Floride, et non comme ici le Texas. Le choix de cet Etat, même si la raison est expliquée dans le scénario, a probablement été arrêté pour une question de budget, les paysages de l'arrière-pays californien s’apparentant peut-être mieux à ce que les spectateurs se font de l’idée de l’Ouest américain dans sa globalité que de de l'extrême sud-est du continent. Nous ne nous amuserons cependant pas à comparer les deux films, l'un n'étant pas spécialement meilleur que l'autre, Boetticher n’ayant pas réalisé à cette occasion une œuvre mémorable contrairement à la majorité de ses autres westerns.

Seminole Uprising raconte la mission d’un officier de cavalerie chargé d’appréhender puis de ramener un rebelle indien jusqu’à la réserve de laquelle il s’est enfui. Élément dramatique d'emblée plutôt intéressant : lui comme le chef indien sont des sangs mêlés et probablement de la même descendance. Autre élément scénaristique censé générer un certain suspense mêlé de romantisme : une femme est courtisée par deux officiers, la rivalité de ces hommes va apporter un danger supplémentaire sur le champ de batailles, l’un des deux espérant éliminer son rival lors de cette besogne militaire. A cette occasion Kent nous dépeint, avec le personnage que doit épouser la fille du commandant du fort, un salaud de la pire espèce ; en effet, pour annuler les dettes qu’il a contractées auprès de civils, il est prêt à laisser entre les mains de ces derniers des otages indiens - femme et enfant - dont il sait pertinemment qu’ils finiront ainsi massacrés par ces hommes qui ne cherchent qu’à tuer du peau-rouge. Enfin, par l’utilisation certes abusive de stock-shots tirés de quasiment une dizaine de films - un forumeur de westernmovie s’est amusé à les détailler -, le film nous permet de voir quelques scènes d’action très efficaces et notamment, grâce au New Mexico d'Irving Reis, une séquence de bataille assez impressionnante - les soldats font tomber d’une falaise sur les Indiens arbres et rochers. Les procédés Anscolor et Cinecolor n’ayant pas du tout le même rendu, il est évident que le montage rend ces séquences inharmonieuses au possible, ce qui n’enlève en rien l’efficacité de certains plans.

Nous ne tiendrons pas rigueur à Earl Bellamy de ces procédés, d’autant qu’il s’agissait de son premier film et que ce pingre de Sam Katzman ne lui a certainement pas laissé le choix, lui imposant ces réemplois excessifs pour réduire les coûts de production. D’ailleurs ce cinéaste finalement assez peu connu s’est depuis révélé être un artisan consciencieux, un réalisateur chevronné puisqu’il a signé plus de 1 000 épisodes de différentes séries télévisées et qu’il fut avant cela assistant réalisateur auprès non moins que de Fred Zinnemann, Max Ophuls, Nicholas Ray, William Wellman ou encore George Cukor. Les amateurs de westerns lui seront redevables de très sympathiques moments tels La Parole est au colt (Gunpoint) avec Audie Murpphy, Sans foi ni loi (Incident at Phantom Hill) avec Dan Duryea, ainsi qu'entre autres quelques très bons épisodes de la série Le Virginien. Budget minime oblige, beaucoup des scènes d’action sont donc issues de stock-shots mais les nouvelles séquences s’avèrent dans l'ensemble plutôt correctement exécutées. A signaler que le film est narré en voix-off - ma foi pas trop agaçante -, celle du personnage "à la Brennan" interprété par un William Fawcett haut en couleur.

Enfin, on pourra se réjouir du fait que l’interprétation d’ensemble se révèle plutôt correcte : Steven Ritch s'avère digne et crédible en Indien métis, Karin Booth est une comédienne dont la subjuguante beauté et un certain talent dramatique font regretter qu’elle n’ait pas été plus souvent sur le devant de la scène hollywoodienne, son personnage dans le film n’étant d'ailleurs pas trop mièvre... Quant aux autres, ils ne sont pas non plus ridicules. Peu de surprises, un ensemble certes très conventionnel mais qui tient plutôt bien la route et qui pourra paraitre assez distrayant à bon nombre lors d’un dimanche après-midi pluvieux. Cependant, Seminole Uprising est bien évidemment à réserver aux amateurs purs et durs de westerns, de plus peu regardants sur la réalité historique.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 31 août 2018