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Critique de film
Le film

L'Amour en douce

Partenariat

L'histoire

Marc est un jeune avocat marié à Jeanne, qui le quitte lorsqu’elle le surprend lors d’une énième tromperie. Jeanne refait immédiatement sa vie avec Antoine, un industriel calme et rassurant, alors que Marc rencontre Samantha, une jeune call-girl indépendante. Les deux couples vont s’installer dans le même appartement, pour leur plus grand bonheur mais dans un équilibre instable.

Analyse et critique

On pourrait trop rapidement considérer L'Amour en douce comme un petit film lorsque sur les premières images Daniel Auteuil se fait entendre en chantant Que dieu me pardonne, dont la sonorité est particulièrement ancrée dans les années 80. Ce serait pourtant faire erreur que de ne pas donner sa chance à ce beau récit tout en tendresse et en douceur. Les premières images de cette introduction nous imprègnent déjà de cette atmosphère, avec quelques scènes nocturnes et un Daniel Auteuil mélancolique accompagné par quelques amis. Edouard Molinaro est au moment du tournage de ce film un vétéran du cinéma français, révélé par de remarquables polars à la fin des années 50 puis touche-à-tout inspiré et compétent durant les décennies 60 et 70, capable de tourner de grosses comédies populaires telles L’Emmerdeur ou Oscar et des plus petits films insolites comme l’intriguant Gang des otages. Il retrouve pour L’Amour en douce Daniel Auteuil, acteur alors en pleine ascension, qu’il avait déjà mis en scène dans l’amusant Pour cent briques t’as plus rien ainsi que dans Palace. Molinaro entoure son acteur fétiche du moment d’un casting de très haut vol pour nous livrer une comédie douce-amère, une touchante peinture de personnages et de sentiments remarquablement décrite par les mots du cinéaste lui-même : L’Amour en douce est « une façon souriante de raconter quelques tourments entre quatre êtres. »


Le récit s’articule autour du personnage de Marc, interprété par Daniel Auteuil, avocat volage dont le mariage avec Jeanne bat de l’aile. L’Amour en douce s’ouvre alors que Jeanne a surpris Marc dans l’une de ses nombreuses infidélités, et a décidé de le quitter. Nous allons suivre Marc, séducteur incontrôlable au point d’offrir à sa maîtresse qu’il croise par hasard les fleurs qui étaient destinées à sa femme mais toujours, au fond de lui, amoureux de Jeanne. Il ne retiendra pourtant pas la leçon lorsqu’il aura retrouvé sa femme, renouant avec ses vieux réflexes d’homme infidèle. Malgré son sujet, L’Amour en douce ne lorgne absolument pas vers le vaudeville. Pas de portes qui claquent, pas d’humour lourd mais au contraire une vraie pudeur dans le propos et une vraie douceur dans le ton. Il ne s’agit pas ici de résoudre une situation amoureuse en forçant le caractère des personnages mais de présenter et de suivre quatre êtres humains aux prises avec les bonheurs et les difficultés de la vie : le couple Marc et Jeanne mais aussi Samantha et Antoine, qui rentrent dans leur vie. Molinaro les filme avec respect et amour, et c’est en s'acceptant comme le cinéaste les accepte qu’ils trouveront le bonheur. Ce message de tolérance est d’ailleurs aussi présent dans les intrigues secondaires du film, les personnages n'étant jamais jugés ni moqués. On y croise par exemple une lesbienne dépeinte sans la moindre ironie et avec un naturel qui étonne pour un film tourné en 1984, des hommes fréquentant les prostituées sans être filmés comme des pervers ainsi qu'une call-girl présentée comme une femme libre et respectable. L’Amour en douce est à la fois un regard bienveillant sur l'humanité et une étude de caractères, une promenade avec des personnages qui évoque dans ses meilleurs moments le cinéma de Claude Sautet sans jamais forcer l’émotion ou le rire. Une retenue appréciable, qui crée cette sensation de douceur qui rend si agréable le visionnage du film. Evidemment ce choix n’empêche pas de trouver, au gré des scènes, quelques séquences extrêmement drôles. On peut penser par exemple à la première rencontre entre Marc et Samantha, contrariée par des hôtels complets, le premier à cause d’un congrès œcuménique et le second à cause d’une réunion de bonnes sœurs.

Un tel film, ne reposant pas sur une intrigue forte ou sur des effets de style, se devait pour réussir de proposer des personnages attachants soutenus par un casting de qualité. C’est le cas, et c’est grâce à une interprétation de haut niveau que L’Amour en douce est un film si attachant. Il faut d’abord saluer Daniel Auteuil, qui sait rendre touchant un personnage qui aurait facilement pu être arrogant. La maladresse qu’il exprime devant la ravissante call-girl qu'il rencontre et sa gêne dans les situations avec sa femme apportent une profondeur au personnage qui génère pour le spectateur une véritable empathie. Si Auteuil est encore un jeune acteur qui sera vraiment révélé au grand public quelques mois plus tard avec le diptyque Manon des sources / Jean de Florette, Emmanuelle Béart est encore plus novice que lui. Elle connaîtra également son explosion avec les films de Claude Berri et sera rapidement auréolée d’une nomination aux Césars pour sa prestation dans Un amour interdit, mais elle est encore presque inconnue lorsque commence le tournage de L’Amour en douce. Il s’agit d’une vraie belle idée de casting. Béart apporte une grande force et une grande indépendance à Samantha, rendant crédible ce personnage de call-girl dirigeant sa vie. Soulignons à nouveau l’ouverture d’esprit du film, jamais ironique dans sa caractérisation de Samantha alors que la prostituée fut longtemps présentée de manière caricaturale dans le cinéma français. Le jeu de Béart est pour beaucoup dans ce traitement positif du personnage et sa dimension attachante. Son évidente beauté fait le reste, Emmanuelle Béart était l’actrice parfaite pour ce rôle, probablement une des plus belles interprétations de sa carrière. Enfin, aux côtés de ces deux jeunes acteurs, c’est avec délectation que nous retrouvons l’immense Jean-Pierre Marielle, qui prend ici le contrepied des rôles de beaufs forts en gueule qui l’ont rendu célèbre. Il interprète Antoine, le nouveau compagnon de Jeanne, personnage débonnaire et attentionné, prêt à rendre Jeanne à Marc si cela peut la rendre heureuse. Marielle joue sur cette fragilité qui existe dans chacune de ses interprétations, et qui lui autorise tous les excès sans jamais rendre ses personnages antipathiques. Il exploite ici cette dimension pleinement, offrant une humanité formidable à Antoine, personnage a priori secondaire mais pourtant inoubliable, à ajouter la logue liste des performances formidables de ce comédien de génie.


Molinaro filme avec pudeur et douceur tous ses personnages, y compris les plus mineurs. Il fait le choix de filmer la vie telle qu’elle est, sans effets et sans excès, essayant de présenter les gens tels qu’ils sont, sans accentuer leurs qualités ou leurs défauts mais en leur donnant à tous une caractéristique commune : la recherche pour les autres comme pour eux-mêmes du bonheur. Sans coup d’éclat et sans rôle négatif, L’Amour en douce est un de ces films harmonieux qui nous rendent leurs personnages si sympathiques que l’on aime passer du temps avec eux, quoi qu’ils disent ou quoi qu’ils fassent. Le cinéaste crée d’ailleurs un équilibre si parfait, une atmosphère si douce et cohérente, que même le retour de la chanson interprétée par Auteuil lors du final ne choque plus, au contraire. Il faut dire que les deux dernières scènes, si belles, auront fini par vaincre les réserves des plus réticents. Voici un beau film, sans coup d’éclat mais rempli d’humanité. Un des derniers très beaux films d’une filmographie décidément pleine de belles surprises.

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La fiche IMDb du film
Par Philippe Paul - le 25 septembre 2018