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Critique de film
Le film

Les Amants passionnés

(The Passionate Friends)

Partenariat

L'histoire

Les amants passionnés, Mary Justin et Steven Stratton, étaient amoureux lorsqu'ils étaient jeunes, mais depuis se sont séparés. Elle a épousé un homme plus âgé mais riche, Howard Justin. A un moment, Mary et Steven recommencent à se voir, mais Howard réussit à convaincre Mary de mettre fin à cette liaison. Quelques années plus tard, Mary rencontre par hasard Steven alors qu'elle est en vacances dans les Alpes.

Analyse et critique

The Passionate Friends est un film semble-t-il mal aimé dans la filmographie de David Lean, car il a le tort d'arriver après un des films les plus célébrés du réalisateur sur ce même thème de l'adultère, Brève rencontre. Sans être aussi réussi, Les Amants passionnés (adapté d'un roman de H.G. Wells) vaut bien plus que cette réputation de décalque et propose au contraire une belle variation du classique de 1945. Comme presque tous les premiers films de David Lean, Brève rencontre était scénarisé par le dramaturge Noel Coward (qui partage même la réalisation du premier Lean, Ceux qui servent en mer) dont l'influence s'y faisait fortement ressentir. Brève rencontre était ainsi un film étouffant où l'adultère était (certes pour des raisons de censure) plus désiré que réellement consommé, le poids de la moralité et des apparences pesant comme une chape de plomb sur les amants auxquels aucune issue n'était offerte. The Passionate Friends est un film fort différent, lumineux, radieux et au romantisme visuellement flamboyant qui le rapproche bien plus que Brève rencontre de l'idée qu'on peut se faire d'un film de David Lean. Il n'en comporte pas moins des zones d'ombres angoissantes, et la différence de traitement tient du fait que cette fois les personnages sont bien plus responsables de leurs amours contrariées que la société inquisitrice de Brève rencontre.

Lors de la première nuit d'un séjour en Suisse, Mary Justin (Ann Todd), la femme d'un banquier richissime, est assaillie par les souvenirs d'un amour oublié avec Steven Stratton (Trevor Howard), le hasard faisant que ce dernier vient d'emménager dans la chambre voisine du même hôtel. Une narration en flashback s'amorce donc où l'on découvre ce qui sépara le couple neuf ans plus tôt. Le même type de procédé dans Brève rencontre ne nous cachait rien des sentiments les plus intimes de Celia Johnson par la voix off, mais ici c'est plus par la texture même de ce souvenir qu'il faut lire les pensées de Mary et c'est en quelque sorte Lean l'homme du visuel qui prend le pas sur Coward le littéraire. Ainsi Mary retrouve Steven le temps d'une soirée de nouvel an fastueuse et d'un coup les images de leurs passé amoureux affluent sans prévenir, teintées d'une photo d'un blanc immaculé opposé aux teintes réaliste du présent. Epouse rangée au train de vie luxueux, elle a abandonné toute sa fougue et sa passion à cette époque pour un mariage de convenance avec le riche banquier incarné par Claude Rains. C'est là toute la différence avec Brève rencontre, Ann Todd refusant un amour réciproque qui lui tend les bras pour des raisons plus (l'abandon à l'autre que demande un amour aussi intense l'effraie) ou moins (le confort matériel de sa vie actuelle) louables. Si Lean réserve quelques séquences d'une beauté sidérante aux deux amants (le dîner chez Stratton alors que la soirée jette ses premières ombres dans l'appartement), l'ouverture même du film nous a déjà donné la réponse sur son choix malheureux.

Etonnament, les retrouvailles annoncées lors du retour au présent offrent un moment finalement bref et amer. Les sentiments intacts se devinent le temps d'un périple enchanteur dans les montagnes suisses mais Ann Todd, à nouveau assaillie par cet amour qu'elle ne peut oublier, comprend qu'elle a laissé passer sa chance. Si les époux étaient quasiment absents dramatiquement du récit dans Brève rencontre, Claude Rains, ici par sa composition poignante, donne à voir le terrible regard de celui qui est trompé. Il faut saisir sa détresse lorsqu'il voit le visage défait d'Ann Todd après qu'elle a quitté une ultime fois Trevor Howard lors d'une des plus belles scènes du film. Il comprend alors qu'elle ne ressentira jamais ce genre d'émotion pour lui et en est brisé. Le film déçoit néanmoins dans sa dernière partie en n'osant pas aller au bout de cette noirceur dans la destinée d’Ann Todd, évoquant une variante de celle de Brève rencontre par sa résignation sereine plutôt qu’un romantisme désespéré. L’amateur de grand mélodrame tragique pourra être frustré par cette issue dans laquelle Lean ne parait pas encore totalement émancipé de l’aura de son mentor - les conclusions crève-cœur de Docteur Jivago (1965) et de La Fille de Ryan (1970) montreront le chemin parcouru par un Lean acceptant l’emphase mélodramatique. D’ailleurs les plus curieux pourront tenter de visionner The Astonished Heart (1949) de Terence Fisher, adapté de et scénarisé par Noel Coward, offrant une variante sinistre et austère de cette thématique de l’adultère qui permet de mieux situer ce que chacun a apporté et concédé dans Brève rencontre. Hormis ces petites réserves, Les Amants passionnés est un très beau film dominé par l'interprétation superbe d’Ann Todd et Claude Rains, aussi captivant par les émotions qu’il procure que par la transition qu’il propose dans la filmographie de David Lean.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Justin Kwedi - le 29 mars 2016