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Critique de film
Le film

Le Nettoyeur

(Destry)

Partenariat

L'histoire

Dans une petite ville du Far-West sous la coupe du propriétaire du saloon, Phil Decker (Lyle Bettger), le shérif de la ville meurt dans d’étranges circonstances. Le maire (Edgar Buchanan) ne perd pas de temps et nomme un nouvel homme de loi en la personne de l’alcoolique de service, Reginald T. "Rags" Barnaby (Thomas Mitchell), misant sur l'inefficacité notoire de ce dernier pour pouvoir continuer tranquillement à contrôler la ville aux côtés de Decker. Mais Rags décide de prendre sa nouvelle fonction très au sérieux en commençant par arrêter de boire. Il demande à ce que Tom Destry (Audie Murphy), le fils d’un légendaire et impitoyable Marshall de qui il fut l’assistant, vienne l’épauler dans la première tâche qu'il s'est fixée et qui va s’avérer difficile : enquêter sur le décès de son prédécesseur. Quoi qu’il en soit, quand Destry fait son entrée en ville, les "tyrans" locaux sont soulagés de le voir descendre de la diligence avec une ombrelle et une cage à oiseaux dans chaque main. De plus, loin d’avoir la prestance de son père, Destry ne boit que du lait et ne porte jamais d’armes, croyant avant tout en la loi et la justice (« I don't believe in gun ») : un véritable "pied tendre" a priori inoffensif ! Devenant l’objet de sarcasmes et de quolibets en tous genres, mais sans s’en offusquer le moins du monde, il est déterminé à mener sa mission à bien sans coups de feu ni violence, tout au moins au départ, aidé en cela par la maîtresse de son pire ennemi, l’entraîneuse Brandy (Mari Blanchard)...

Analyse et critique

Dans l’histoire du cinéma hollywoodien, peu de cinéastes ont fait un remake de leur propre film. Pour ne citer que les plus célèbres, il y eut quand même Raoul Walsh qui par deux fois a converti l’intrigue de l'un de ses films pour la transposer dans un autre univers ; ainsi le film noir High Sierra (La Grande évasion) fut transposé en western avec La Fille du désert (Colorado Territory) de même que son film de guerre Aventures en Birmanie (Objective Burma), transposé à nouveau en western avec Les Aventures du Capitaine Wyatt (Distunt Drums). D’autres comme Leo McCarey firent des remakes plus proches de l’original avec pour exemple ses deux versions de Elle et lui. George Marshall fait ici de même, reprenant parfois presque plan par plan son célèbre Destry Rides Again (Femme ou démon) datant de 1939 et qui avait pour acteurs principaux James Stewart et Marlene Dietrich. Tâche ardue que de leur succéder et pourtant, sans néanmoins atteindre leur niveau, Audie Murphy et Mari Blanchard s’en tirent plus qu’honorablement. L’interprétation de ce duo de comédiens est d’ailleurs la qualité principale de ce western humoristique pas désagréable mais loin de valoir son prédécesseur.



Après Tom Mix en 1932 et James Stewart en 1939, c’est donc au tour d’Audie Murphy d’endosser la défroque du célèbre "Tenderfoot" créé par Max Brand au sein de son plus fameux roman écrit en 1930. Connaissant sa réputation d’amateur d’armes à feu, il est déjà cocasse de voir le comédien interpréter ici un homme de loi qui les dénigre. Soit un shérif procédurier qui va dans un premier temps se mettre à dos les honnêtes gens qui le prennent pour un couard en le voyant prendre fait et cause pour les notables. Mais heureusement, c’est justement ce pinaillage estimant que « la loi ne souffre aucune exception » qui fera que les "bad guys" n’auront évidemment pas le dernier mot. Audie Murphy, bien que régulièrement critiqué, était néanmoins l’un des plus célèbres cow-boys des années 50, autant apprécié à l’époque que John Wayne ou Randolph Scott, les films dans lesquels il tournait connaissant presque tous de gros succès au box-office. Son visage poupin et sa modestie de jeu font ici merveille et correspondent parfaitement au rôle. Poli, courtois, à cheval sur les principes, adepte de la non violence et gentleman cultivé, l’acteur n’a pas de mal à convaincre d’autant qu’au vu de son physique éternellement doux et jeune, on l’avait justement toujours imaginé ainsi dans la vie, même s’il n’en était rien. Bref, une bonne interprétation de la part de l’acteur même s’il ne nous fera pas oublier James Stewart. Petite variante concernant la manie des deux personnages ; si James Stewart maniait le canif pour tailler des bouts de bois, Audie Murphy s’amuse continuellement à faire des nœuds avec un petit bout de corde. Refusant de jouer avec les armes à feu, il fallait bien que les différents Destry s’occupent les mains.



Ce petit détail pour nous remémorer qu’il existe un remake non officiel au film de George Marshall, bien moins connu et pourtant beaucoup plus réussi, Frenchie de Louis King, sorti en 1951 avec Shelley Winters et Joel McCrea, ce dernier ayant le même hobby que le protagoniste interprété par James Stewart. Deux westerns avec beaucoup d’humour et une ambiance bon enfant (sans cependant que cela en fasse des comédies). Celui de Louis King (tout comme la version Destry de 1939) est bien plus amusant, plus rythmé, plus énergique et contient bien plus de fantaisie. Le scénario du Nettoyeur ne comporte rien évidemment de bien révolutionnaire et surtout rien de très nouveau par rapport à celui de la précédente version. En revanche, toujours pour la Universal, cette cuvée 54 bénéficie de l’écran un peu plus large (1.85) et surtout du Technicolor, de très beaux costumes et décors (la chambre de Mari Blanchard et son papier peint cossu) ainsi que de chansons très entrainantes que l’actrice interprète avec une verve qui fait plaisir à voir et à entendre, notamment dans la séquence qui ouvre le film (Bang! Bang!’) et plus tard le temps d’un French Cancan endiablé (If You Can Can-Can).



La délicieuse et pulpeuse Mari Blanchard a d’ailleurs très probablement regardé la précédente version du film avec attention, car on se prend à penser plusieurs fois dans le courant du film que ses mimiques ou ses gestes ressemblent étrangement à ceux de Marlene Dietrich : le mimétisme est parfois frappant. Nous nous trouvons donc devant une honnête interprétation de sa part dans la peau de la prostituée au grand cœur (sa mort est presque aussi touchante que celle de Marlene Dietrich dans la version 39) tout comme celle de Lyle Bettger, spécialisé depuis quelque temps dans les rôles des méchants de service, efficacement diabolique avec sa tête de beau gosse aux yeux bleus. Le reste de la distribution ne fait guère d’étincelles à commencer par un Edgar Buchanan qui n’arrête pas de tenir les mêmes rôles, la morne Lori Nelson et surtout Thomas Mitchell assez insupportable dans les séquences où il est imbibé par l’alcool ; on a connu le comédien souvent plus inspiré et en tout cas il ne nous fait pas oublier Charles Winninger dans Destry Rides Again.



Hormis une bonne interprétation des acteurs principaux et un Technicolor qui continue à nous en mettre plein la vue, il y a peu d’autres choses à se mettre sous la dent à l’exception de quelques "punchlines" assez drôles et une fusillade finale dans la saloon assez efficace. Nous ne nous ennuyons pas mais nous ne sommes guère captivés non plus par ce western urbain plaisant mais bien conventionnel, la mise en scène de George Marshall ne tirant jamais le film vers le haut. Dans le style, on peut quand même plus fortement conseiller, toujours chez Universal (qui s’en est fait une sorte de spécialité), à un degré moindre The Gal Who Took the West de Frederick de Cordova mais surtout Frenchie de Louis King, déjà évoqué plus haut ! En tout cas, en cette année 1954, George Marshall aura décidé de ne pas prendre le western trop au sérieux puisque le millésime avait débuté avec le très curieux Les Jarretières rouges (Red Garters). Tout comme ce dernier, Destry est une série B distrayante à défaut d'être mémorable.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 25 mai 2013