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Édito

la rétrospective

Du 26 avril au 9 mai 2012, La Cinémathèque française propose une rétrospective pas comme les autres dédiée au cinéaste Alain Cavalier.

Alain Cavalier n'a effectivement accepté l'hommage de la Cinémathèque qu'à condition d'être présent auprès du public - et auprès de ses films - pour accompagner les projections de ses réalisations. Outre la découverte de l'intégralité de ses longs métrages et des multiples petits films courts qu'il tourne au jour le jour, cette rétrospective sera ainsi l'occasion de converser avec le cinéaste qui - n'en doutons pas - sera là avec sa petite caméra pour rendre compte à son tour de ces rencontres avec les spectateurs.

Présentation du cycle et calendrier des projections

ALAIN CAVALIER

Né en 1931, Alain Cavalier est élevé dans un milieu très catholique. Il suit des études d'histoire à la Sorbonne et rentre à l'IDHEC. A sa sortie, il devient assistant réalisateur de Louis Malle et réalise son premier court métrage, Un Américain en 1958. Il se fait ensuite remarquer avec deux longs métrages aux sujets très politiques (Le Combat dans l'île et L'Insoumis). L'échec de ces deux films et une grande déception par rapport à ce qu'il attendait du cinéma l’amènent à réaliser deux films plus classiques (Mise à sac et La Chamade) puis, à l'issue de ce dernier, à se plonger dans un long silence. Il revient au cinéma avec Le Plein de super, premier d’une série de films à l'écart des modes et des courants, cherchant son inspiration dans la vie de ses acteurs et dans la sienne. Avec Thérèse, réalisé en 1986, Cavalier rencontre un grand succès public. Mais comme après La Chamade, autre réussite commerciale, Cavalier radicalise sa démarche avec Libera Me avant d’entamer une nouvelle période de silence. Il revient avec La Rencontre, film réalisé seul avec sa petite caméra DV, forme de cinéma qu’il continue à explorer depuis. Alain Cavalier est l'exemple quasi unique d'un cinéaste ayant entamé sa carrière dans le cinéma classique pour peu à peu épurer sa mise en scène jusqu'à quitter totalement les circuits traditionnels de production et de création.

LES FILMS De cavalier SUR Classik


LE COMBAT DANS L'ÎLE (1962)

"A mi-chemin entre le modèle américain (la belle photographie de Pierre Lhomme s'inscrit clairement dans le courant du film noir) et l'austérité d'un Alain Resnais période Marienbad, Le Combat dans l'île déroule ainsi implacablement son intrigue de thriller politique tout en parvenant à faire exister ses personnages et leurs histoires intimes. Pour son premier film, Cavalier surprend par la précision et l'inventivité d'une mise en scène qui trouve à chaque fois le ton juste, que ce soit lorsqu'il s'agit de filmer de façon documentaire l'embrigadement et l'entraînement des recrues fascistes, de gérer le suspense d'une séquence de filature ou d'un attentat ou encore de filmer le désespoir, la mélancolie ou l'amour de son trio de personnages." (Lire la critique)

  

L'INSOUMIS (1964)

"Il est de coutume d’affirmer que le cinéma français ne sait pas et surtout ne veut pas traiter de l’histoire contemporaine (du moins vieille de moins de soixante ans), surtout quand celle-ci comporte des événements honteux et répugnants pour notre conscience nationale. La Guerre d’Algérie en est l’exemple le plus probant (...) Il existe néanmoins quelques rares exceptions comme L’Insoumis, deuxième film d’Alain Cavalier, brûlot cinglant et désespéré tourné deux ans seulement après la fin de la guerre  et qui témoigne du profond traumatisme vécu par la France et des tristes exactions qu’elle a pu commettre. Le film est également une réussite d’un point de vue artistique, un véritable diamant noir (la photographie est signée Claude Renoir) qui témoigne déjà de la précision et de la rigueur du cinéaste." (Lire la critique)

  

LA CHAMADE (1968)

"Après Le Combat dans l’île et L'Insoumis, deux œuvres encore classiques mais à la force indéniable, Alain Cavalier perd en ambition avec cette Chamade. C’est que ses premières réussites en tant que cinéaste masquaient déjà un sentiment de déception (...) Cavalier ne se retrouve pas dans cette manière de faire des films, il n'aime pas que les acteurs soient maquillés, ce plateau qu'il faut gérer comme un chef de chantier. Il cherche quelque chose de direct, de naturel et se retrouve à devoir gérer des équipes, des égos. Mise à sac et La Chamade sont deux films tournés mécaniquement, « pour durer ». Alain Cavalier sent qu’il doit s'arrêter (...) Il ne tournera plus de films pendant sept ans et c'est seulement en 1976 qu'il sera de retour sur les écrans avec Le Plein de super, film où l'on sent chez lui un plaisir et un désir de cinéma régénérés." (Lire la critique)

LE PLEIN DE SUPER (1976)

"On est vraiment ici dans les prémisses de ce que sera le cinéma de Cavalier à partir du Filmeur. Les caméras vidéo n'existent pas encore, mais déjà l'appareil de prises de vues est très maniable et le son peut être enregistré en direct, ce qui permet au cinéaste de filmer lorsque l'envie est là, lorsque des choses inattendues adviennent, lorsque frémit dans l'air cette sensation de vérité qu'il veut coucher sur pellicule (...) On sent la complicité du groupe, un naturel dans le jeu des acteurs rendu d'autant plus flagrant que la mise en scène, d'une grande humilité, est entièrement à leur service. Tout semble couler de source et pourtant tout est écrit à la virgule près et c'est bien le dispositif mis en place par Cavalier qui permet au film d'atteindre cette incroyable vérité, de transcender le matériau écrit." (Lire la critique)

CE REPONDEUR NE PREND PAS DE MESSAGES (1979)

"Ce répondeur ne prend pas de messages est un film difficile, peu aimable, qui frappe par son ambiance dépressive et cauchemardesque (il vient d'un songe du cinéaste), cri d'une incroyable violence qui vient certainement du décès brutal de la compagne de Cavalier six ans plus tôt (...) C'est un récit de souffrance et de mort. C'est un lent fondu au noir, Cavalier s'enfermant dans sa chambre et se mettant à couvrir les murs et les vitres de peinture noire. Un fondu vers la mort où il chercherait les fantômes de ses chers disparus, un fondu vers l'oubli libérateur (...) un film important dans la carrière du cinéaste parce qu'il l'a libéré de démons qui auraient pu continuer à courir sur son œuvre et parce que c'est son premier vrai pas dans ce cinéma de l'intime vers lequel il va désormais tendre." (Lire la critique)

  

MARTIN ET LEA (1979)

"De la même manière qu'il faisait corps avec ses acteurs pour le Plein de super, le réalisateur est ici toujours présent, aux côtés du couple. C'est leur histoire qu'il raconte mais il la fait complètement sienne ; et si le film nous frappe par sa vérité c'est parce que le triangle fonctionne, que l'énergie du film passe constamment par ses trois points. Cavalier ne reste pas en dehors de l'histoire, il devient acteur de cette histoire d'amour, il y participe (...) Martin et Léa se clôt sur une courte séquence très belle, douce et chaleureuse. On y voit Isabelle Ho enceinte offrant son ventre rebondi à Xavier Saint-Macary (...) ces images viennent d'ailleurs, elles ont été filmées avant le tournage, et le fait que Cavalier les ait choisies pour refermer le film dit tout de sa démarche de cinéaste. Martin et Léa est un film magnifique, d’une incroyable proximité, sensuel, plein d’amour et de tendresse, le plus beau de la seconde période du cinéaste." (Lire la critique)

  

UN ETRANGE VOYAGE (1981)

" Pierre dit quelque chose de très beau à Amélie : « C'est formidable d'être dans le présent. J'étais bien au chaud entre toi et le futur ». Le présent, c'est ce que Cavalier ne va cesser de traquer avec sa caméra vidéo : préserver l'instant par son enregistrement, le rendre éternel, ne pas le laisser se faire submerger par l'angoisse du futur et les souvenirs du passé (...) Porté par la douceur du regard du cinéaste, par un Jean Rochefort inoubliable et par la présence lumineuse de Camille de Casabianca, Un étrange voyage est un film magnifique qui clôt ce second grand mouvement du cinéma d'Alain Cavalier amorcé après La Chamade. Avec Thérèse et Libera Me, il va explorer de nouvelles voies et c'est à la jonction de ces deux chemins - l'intime et l'épure - que le cinéaste trouvera son idéal de cinéma et qu'il fera sa dernière mue au milieu des années 90." (Lire la critique)

THERESE (1986)

"Grâce à l'énergie dispensée par les quatre acteurs du « Plein de super », Alain Cavalier a pendant cinq ans retrouvé goût au cinéma, enchaînant cinq films. Mais, après « Un étrange voyage », il se retrouve de nouveau vide, ayant besoin d'un nouvel élan, d'aller ailleurs, cherchant un déclencheur. Ce dernier sera l'histoire de la carmélite sœur Thérèse de l'enfant Jésus, devenue Sainte Thérèse de Lisieux (...) Pendant les tests de « Thérèse », Cavalier filme Catherine Mouchet avec sa caméra vidéo. Il ressent pour la première fois cette sensation que l'image colle à sa rétine, il sent l'intensité électrique entre lui et l'actrice. C'est ce point qui va marquer le basculement de son art. Pour la première fois, il trouve vraiment ce qu'il attend du cinéma et il pourrait faire une heure trente de film rien qu'avec ce visage." (Lire la critique)

  

LIBERA ME (1993)

"Libera Me est l’aboutissement de vingt années de travail et d’exploration. Un aboutissement ponctuel, le cinéaste ne s’arrêtant pas là et partant explorer de nouveaux territoires de cinéma, toujours à la recherche de cette forme idéale de cinéma qu'il souhaite habiter. Le second mouvement de sa carrière, amorcé après La Chamade, consistait pour Alain Cavalier à se libérer d'un système de production lourd. Du Plein de super à Un étrange voyage, il réalise des films à tous petits budgets, en famille, proches de son histoire ou de celle de ses acteurs. Avec Thérèse et Libera Me, il est dans la fiction, mais il est à la recherche d'une forme d'épure lui permettant de filmer des visages, des mains, des objets. Il peut, grâce à l'apparition des petites caméras, poursuivre dans son art en utilisant ces deux grands courants (l'intime, l'épure) et entamer ainsi une nouvelle carrière de cinéaste." (Lire la critique)

  

LA RENCONTRE (1996)

"De la grâce (Thérèse) à la douleur (Libera Me), ce sont sept années durant lesquelles Cavalier a renouvellé en profondeur son cinéma. En 1996, avec La Rencontre, c’est encore à une nouvelle naissance à laquelle on assiste. Profitant des nouvelles technologies, utilisant une petite caméra numérique, Cavalier sort complètement du circuit. Il travaille seul, sans production, sans collaborateurs, et se consacre au journal, à l’essai, à la caméra stylo chère à Alexandre Astruc ici poussée dans sa plus pure expression. La Rencontre est l’aboutissement du trajet d’un cinéaste pour qui la technique, l’économie et l’art doivent se rejoindre pour pouvoir créer sereinement. Cavalier s’est toujours attaché à filmer l’éphémère, les traces, et il trouve dans les nouveaux outils vidéo la possibilité de s’approcher au plus près d’une chose et de la montrer telle qu’elle est : là, dans l’instant." (Lire la critique)

  

VIES (2000)

"Cavalier filme tous les jours, comme le boucher taille ses pièces de viande, comme le sculpteur qui peut chaque jour travailler son art car il n’est pas soumis à cette loi de l’argent qui accable le cinéma. S’il ne manie pas l’organique, la substance des images est aux yeux de Cavalier aussi réelle qu’une matière que l’on sculpte, qu’une viande que l'on découpe, qu’un œil que l'on soigne. Il travaille le réel comme le boulanger pétrit sa pâte. On retrouve ainsi dans Vies l’essence du cinéma de Cavalier : l’œil, la main (les deux liés dans les opérations d'Yves), la matière (la pierre, la chair) et la création. Cette dernière est pour Cavalier ce qui lui permet de vivre. Filmer c'est arracher des choses au temps, ne plus le faire c'est disparaître." (Lire la critique)

  

RENE (2002)

"René pèse 155 kilos, la balance agricole en atteste. Son objectif : atteindre « un tout petit cent » à la fin de l'été pour reconquérir sa compagne qui vient de le quitter (...) René est le troisième film que Cavalier tourne seul, mais cette fois c'est une expérience de fiction et il ressort du tournage épuisé (...) Mais ce film est important pour lui car c'est un cadeau qu'il souhaite faire à Joël Lefrançois, une fiction qui doit l'aider dans sa cure d'amaigrissement. Avec 24 portraits, Vies et René Alain Cavalier, toujours dans un geste de cinéma solitaire, met son art du « Je » au service de l'autre. Avec Les Braves, une série de trois portrait réalisés en 2009, il s'effacera complètement, se contentant de poser sa caméra et d'enregistrer la parole, souhaitant simplement servir de relais à ces histoires." (Lire la critique)

  

LE FILMEUR (2005)

"Tout un mouvement du cinéma de Cavalier consiste à garder des traces. Il ne supporte pas de voir les choses disparaître, les souvenirs s'effacer. Ces traces, il les imprime d'abord par l'écrit mais, avec l'arrivée des petites caméras numériques, il peut les fixer en image, en faire la matière de son cinéma. Vivre et filmer sont devenus deux choses complètement imbriquées dans sa vie (...) Cavalier est passé à l'autobiographie avec Ce répondeur ne prend pas de messages, mais sous une forme encore scénarisée, en passant par la mise en scène de sa vie. La Rencontre est un film à deux voix qui repose sur la présence de Françoise Widhoff. Avec Le Filmeur, il est vraiment dans le « Je » (...) La caméra crée une distance qui fait que le point de vue d'un film équivaut au « Il » de l'écrit. Alain Cavalier cherche, lui, à s'approcher du « Je » littéraire." (Lire la critique)

   

IRENE (2009)

"Après La Chamade, Alain Cavalier a le projet d’un film avec sa compagne Irène Tunc. Celui-ci doit être le début d’une nouvelle carrière, d’un nouvel élan, Cavalier décidant de couper radicalement avec le système du cinéma classique pour tourner un film enfin comme il l’entend. L’idée est de s’enfermer pendant cinq semaines dans leur appartement, avec un cadreur et un ingénieur du son, et qu’au bout de ce laps de temps, en descendant l’escalier, il y ait un film. Mais deux semaines avant qu’ils ne se lancent dans ce tournage, Irène meurt dans un accident de voiture. Ce film est un trou noir dans sa carrière de cinéaste et dans sa vie. Irène est un film blanc qui vient quarante ans plus tard combler ce manque, ce vide, cette nuit (...) Alain Cavalier a enfin atteint son horizon de cinéaste : construire tout un film sur l'autre depuis le « Je », percer le mystère d'un être et nous le transmettre." (Lire la critique)

  

PATER (2011)

"Alain et Vincent aiment se retrouver pour discuter cinéma, politique ou cuisine. Un jour, Alain se propose de devenir Président de la République, et demande alors à Vincent s’il veut bien devenir son Premier ministre. Le tout en se filmant en permanence. Durant les premières minutes de Pater, on se demande un peu à quel type d’objet cinématographique on a bien affaire, tant les frontières déjà habituellement poreuses entre documentaire et fiction sont ici joyeusement détournées. Et puis, progressivement, on arrête de se demander si Vincent Lindon est Vincent Lindon ou le Premier ministre, ou si Vincent Lindon en train de jouer un Premier ministre ou… pour comprendre que l’idée fondamentale dans ce projet est bien avant tout celle du jeu." (Lire la critique)

Par Dvdclassik - le 23 avril 2012