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Portraits

Albert Capellani, jusqu’à la parution de ce coffret, n’était guère qu’un nom cité dans les dictionnaires. Même les histoires du cinéma faisaient généralement peu de cas de ce réalisateur dont presque personne n’avait pu voir les œuvres. Le cinéma des origines a été considéré longtemps comme primitif. Il faut dire que l’accès à ces films était réservé à quelques universitaires ou à des historiens spécialisés. Grâce à des festivals comme Cinema Ritrovato à Bologne ou Le Giornate del Cinema Muto à Pordenone, on a redécouvert de grands metteurs en scène des années 10 qui révolutionnèrent le cinéma et le firent entrer dans l’âge adulte bien plus tôt qu’on ne le pensait. En 2010 et 2011, le festival de Bologne a organisé une rétrospective Capellani qui a permis de le replacer parmi les plus grands cinéastes des années 10 avec Mauritz Stiller, Victor Sjöström, Evgeni Bauer, Léonce Perret et Maurice Tourneur. Heureusement, la Cinémathèque française a enfin décidé de programmer ce réalisateur essentiel de l’histoire du cinéma français pour sa saison 2012-13.

Georges Sadoul, dans son histoire générale du cinéma, indique que le cinéma de Capellani relève de ‘l’esthétique du théâtre photographié’. Une telle remarque indique simplement que l’historien n’a pas dû voir beaucoup de films d’Albert Capellani. Les préjugés sur le cinéma français muet sont toujours très vivaces. Pourtant, au début des années 10, celui-ci est le premier au monde par le volume de sa production et de ses exportations. Ses qualités narratives et picturales sont souvent bien supérieures aux films américains de l’époque. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si lors de l’entrée en guerre, les américains font venir chez eux, sur la Côte Est, les plus grands cinéastes français. Ceux-ci saisissent une opportunité alors que la production cinématographique française tombe au plus bas. On retrouve à Fort Lee (New Jersey) Maurice Tourneur, Léonce Perret et Albert Capellani. Ces trois cinéastes apportèrent un renouveau au cinéma américain qui n’a jamais été bien analysé. Ils partagent tous trois une direction d’acteurs qui élimine les outrances et une composition visuelle qui emprunte aux grands peintres sans tomber dans le tableau vivant.

Après la guerre, les grandes compagnies cinématographiques françaises, Pathé et Gaumont, ne retrouveront jamais le prestige et le pouvoir qu’elles avaient auparavant. C’étaient des compagnies avec une production intégrée semblable aux compagnies américaines de l’âge d’or d’Hollywood. Les metteurs en scène, acteurs et techniciens sont sous contrat et les films sont distribués par la compagnie elle-même. Ce système intégré permet le développement de nouveaux talents parmi les acteurs et les metteurs en scène. C’est ainsi qu’Abel Gance ou Henri Fescourt firent leurs débuts chez Gaumont. Albert Capellani était un des grands noms de la firme Pathé. Il était non seulement metteur en scène mais également superviseur de la production et à la tête de la prestigieuse Société Cinématographique des Auteurs et Gens de Lettres, une unité chargée de produire des adaptations littéraires. A l’instar d’un Louis Feuillade chez Gaumont, il supervisait le travail de nombreux autres metteurs en scène.

Albert Capellani ne venait pas du théâtre. Il avait débuté comme employé de banque et comptable. Dans les années 1904-05, il travaille comme administrateur d'un music-hall parisien, L'Alhambra. De là, il va rejoindre la compagnie Pathé et y travailler d'abord comme directeur des studios de Vincennes, puis comme metteur-en-scène. Contrairement à son frère Paul Capellani (qui joue dans certains de ses films), il n'a pas de formation théâtrale classique. Mais dans ces années d'expérimentation, les cinématographistes apprennent sur le tas. Mais le personnage que l’on retrouve sur le chemin de Perret, de Tourneur et de Capellani est André Antoine. C’est lui qui a certainement influencé puissamment la direction d’acteurs de ces trois cinéastes. Il développait un style naturaliste dépourvu d’emphase qui détonnait dans une époque dominée par un style flamboyant à la Sarah Bernhardt. Il est d’ailleurs fascinant de voir que cet Antoine, qui a formé toute une génération de cinéastes, le devint lui aussi quelques années plus tard. Il offrira lui aussi au cinéma français des œuvres remarquables tels que La Terre (1920) et Les Travailleurs de la Mer (1918) qui annoncent le néo-réalisme et le réalisme poétique.

Albert Capellani débute au cinéma chez Pathé en 1905 en réalisant Le Chemineau. Ce court-métrage est une adaptation des premiers chapitres des Misérables et montre déjà un sens visuel développé. On y voit un homme se diriger directement vers la caméra et se retrouver en gros plan. Pour 1905, cela montre déjà une intuition cinématographique remarquable.

Une monographie consacrée à Albert Capellani et écrite par Christine Leteux sortira aux éditions La Tour Verte au printemps 2013.

Les Critiques des films du coffret Pathé


l'ASSOMmOIR

Germinal

Le Chevalier de Maison rouge

Quatre-vingt-treize


Le test technique du coffret


 

EN SAVOIR PLUS

La filmographie Pathé

Par Christine Leteux - le 5 septembre 2012