En 1881, Pat Garrett (James Coburn) est nommé shérif du comté de Lincoln. Grand propriétaire terrien et homme fort de la région, Chisum lui demande de chasser William Bonney, un jeune hors-la-loi que l’on surnomme Billy the Kid (Kris Kristofferson). Pat se rend auprès de Billy qui n’est autre que son ami et lui conseille de fuir. Blessé dans son orgueil, Billy ne l’entend pas de cette oreille et reste dans le comté en compagnie de ses hommes de main. Pat et les sbires de Chisum prennent alors d’assaut la maison où le gang de Billy est réfugié. Après une fusillade meurtrière, Billy est menotté puis conduit en prison. Condamné à la pendaison, il trouve néanmoins le moyen de s’échapper après avoir abattu l’adjoint de Pat Garrett. Les politiciens et autres huiles de la région ordonnent alors à Garrett de retrouver et éliminer Billy. A contre cœur, Pat accepte sa mission et part sur les traces de son ami…

Pat Garrett et Billy le Kid
(Pat Garrett and Billy the Kid)

Réalisé
par Sam Peckinpah
Avec James Coburn, Kris Kristofferson, Bob Dylan, Richard Jaeckel, Kathy Jurado,Jason Robards, R.G. Armstrong, Luke Askew, John Beck, Jack Elam, Emilio Fernandez, L.Q. Jones, Slim Pickens, Charles Martin Smith, Harry Dean Stanton, Chill Wills
Scénario : Rudolph Wurlitzer
Musique : Bob Dylan
Photographie : John Coquillon
Montage : Roger Spottiswoode, Tony Zarraga

Une production MGM
USA - 122mn (1988) / 115mn (2005) - 1973

En 1970, Gordon Caroll lance le projet Pat Garrett et Billy the Kid pour la MGM. Pour écrire ce script inspiré de faits réels, il engage Rudolph Wurlitzer qui vient de signer le scénario de Macadam à deux voies. Wurlitzer se met rapidement au travail et livre une version particulièrement réaliste de cet épisode de l’histoire américaine. Si le récit des aventures de Pat Garrett et Billy the Kid fait partie des grandes légendes de l’Ouest, il n’en demeure pas pour autant basé sur des faits réels : en 21 ans, William Bonney, surnommé Billy the Kid, fut l’auteur de 21 meurtres. Lorsque son ami John Tunstall fut abattu par les sbires de Chisum, Billy décida de le venger et tua dix hommes en une seule attaque dans le comté de Lincoln. Les notables de la ville ne lui pardonnèrent pas cette tuerie et engagèrent son ancien ami, Pat Garrett, pour l’éliminer...

Satisfait du scénario, Gordon Caroll songe à Monte Hellman pour mettre en scène cette histoire dont Hollywood avait déjà livré quelques versions par l’intermédiaire de King Vidor (Billy le Kid, 1930), Arthur Penn (Le Gaucher, 1958) ou Howard Hughes (Le Banni, 1941). Mais les résultats catastrophiques de Macadam à deux voies, que Hellman vient de réaliser, l’en dissuadent. Le studio envoie alors le script à Sam Peckinpah en espérant que celui-ci signera un western de la trempe de La Horde sauvage... Peckinpah trouve dans cette histoire des éléments qui le touchent et se dit intéressé à condition d’y apporter quelques modifications. Rêvant d’un film sauvage et violent, la MGM soutient Peckinpah dans son entreprise de réécriture. Après La Horde sauvage et Les Chiens de paille, deux films parmi les plus durs de l’histoire du cinéma, le studio croit tenir l’homme de la situation.

Au début de l’année 1973, Peckinpah finalise sa version qui n’apporte pas tant de scènes de violence mais se focalise sur la relation d’amitié entre Pat et Billy. La MGM, dirigée par James Aubrey, est déçue par le résultat, jugé trop tendre. Néanmoins, "Bloody Sam" rassure les dirigeants du studio en garantissant une bonne dose de violence lors de la mise en scène. Il obtient ainsi carte blanche pour imposer son script et composer son casting.

Fidèle à sa réputation, Peckinpah hésite longuement pour choisir ses premiers rôles. Il propose celui de Pat Garrett à Charlton Heston avec lequel il avait travaillé sur Major Dundee en 1965. Mais ce dernier refuse. Peckinpah fait alors des offres à Paul Newman, Henry Fonda puis Robert Mitchum. Toutefois, aucun d’entre eux n’est prêt à tourner avec l’auteur de La Horde sauvage dont la réputation sulfureuse est bien connue du microcosme hollywoodien. Finalement, Peckinpah fait une proposition à James Coburn qui accepte avec entrain de retrouver l’homme avec lequel il avait collaboré sur Major Dundee. Pour incarner Billy the Kid, les rumeurs courent autour de nombreux jeunes acteurs en vogue. Les journaux à sensation annoncent Peter Fonda, Jon Voight ou Malcolm McDowell. Mais Peckinpah n’en a cure, il a déjà son idée sur la question. Après avoir découvert le chanteur de folk Kris Kristofferson dans Cisco Pike (1972), une série B réalisée par Bill L. Norton, il insiste pour qu’il endosse le rôle du jeune hors-la-loi. Séduit par le charisme de Peckinpah, Kristofferson accepte à condition d’être entouré de sa bande d’amis parmi lesquels Donnie Fritts que l’on retrouvera l’année suivante dans Apportez Moi la Tête d’Alfredo Garcia.

Les deux interprètes principaux choisis, Peckinpah peut désormais s’entourer de sa troupe de fidèles à savoir Emilio Fernandez (Mapache de La Horde sauvage), Jason Robards, Jorge Russek, R.G. Armstrong ou encore L.Q. Jones. Un intrus vient pourtant se greffer au groupe en la personne de Bob Dylan. Alors au sommet de sa gloire, le célèbre folk singer est contacté par Gordon Caroll qui rêve de voir une telle star de la musique à l’affiche de son film. Peckinpah, qui considère Dylan comme un chanteur pour adolescents, n’est guère enthousiasmé par cette idée. Néanmoins, il l’invite au Mexique afin de le mettre à l’épreuve. Pour arriver à ses fins, il ne lui fait faire aucun essai caméra. Ce n’est pas l’acteur qu’il souhaite juger mais l’homme ! Il lui propose donc de partager un repas pendant lequel la tequila, les joints de marijuana et les lignes de cocaïne coulent à flot. Après cette orgie de paradis artificiels, Peckinpah hurle à Dylan « Ok maintenant on va voir ce que tu vaux » et lui ordonne de le rejoindre dans sa chambre. Nullement impressionné, Dylan saisit sa guitare, rejoint Big Sam en musique et lui interprète ses dernières compositions. Quelques minutes plus tard, le cinéaste ressort en larmes de l’hôtel en soufflant « That son of a bitch, that cocksucker ... » : le talent de Bob Dylan vient d’exploser aux yeux et aux oreilles de Peckinpah qui, non seulement, lui accorde le rôle d’Alias mais lui offre également la bande originale du film. Dylan la composera dans son intégralité au grand dam de Jerry Fielding qui avait pourtant déjà écrit une partition !

L’équipe au complet, Peckinpah prévoit de tourner au Nouveau Mexique où l’action du récit se déroule. Cependant, la MGM lui impose la ville de Durango sur l’autre rive du Rio Grande. Dès les premiers jours, des tempêtes de poussière balaient le plateau avant qu’une épidémie de grippe ne frappe une grande partie des hommes (dont Peckinpah) et qu’un objectif de caméra défaillant fasse perdre plus d’une semaine de tournage !! De plus en plus désabusé par la tournure des évènements, Peckinpah se réfugie dans l’alcool et boit plus que de raison. Son monteur, Roger Spottiswoode, dira plus tard de lui : « Sur Straw Dogs il a commencé à boire beaucoup, sur Junior Bonner il buvait énormément. Pendant Guet-apens il était constamment bourré. Enfin, lors du tournage de Pat Garrett et Billy The Kid, il était tellement imbibé d’alcool qu’il ne maîtrisait plus rien. » Peckinpah achève son tournage en mars 73. Il a 21 jours de retard, n’est toujours pas remis de la violente grippe dont il a cru ne jamais sortir et compare la MGM à un monstre qu’il faut détruire coûte que coûte. C’est dans ces conditions qu’il aborde le montage du film prévu à Los Angeles. Dans son bureau, "Bloody Sam" refuse de communiquer avec le studio et monte son film. La rumeur commence à courir qu’il est constamment ivre et incapable de travailler. Jay Cocks (critique du Times) lui rend alors visite en compagnie de Pauline Kael et Martin Scorsese. Ils retrouvent un homme épuisé et visionnent son dernier montage. Sous le choc, Scorsese déclare : « On a vu un prémontage et c’était brillant. Pour moi c’était aussi important que La Horde sauvage. » Mais Peckinpah perd tout espoir quand il apprend que James Aubrey s’est emparé d’une copie des rushes afin de monter une version courte destinée à la sortie cinéma. Fou de rage, Bloody Sam décide d’organiser l’assassinat de James Aubrey !! Il contacte son ami Emilio Fernandez pour recruter deux tueurs mexicains quand John Bryson s’interpose et finit par le raisonner...

Aubrey, que l’on surnomme le "Cobra Souriant", sort le film le 4 juillet sur les écrans américains au même moment que L’Exorciste de William Friedkin. Les critiques ne sont guères enthousiastes et les salles ne se remplissent pas. Après l’échec de The Ballad of Cable Hogue et malgré le succès de Guet-apens (dont Peckinpah n’avait que faire), les mauvais résultats de Pat Garrett et Billy the Kid retentissent comme un affront supplémentaire pour le cinéaste qui s’était pourtant investi corps et âme dans ce projet...

En choisissant comme titre à son western Pat Garrett et Billy the Kid, Sam Peckinpah impose d’emblée deux personnalités dont l’affrontement s’inscrira au cœur du film. Mais contrairement au cinéaste lambda des années 70 qui aurait transformé ce récit en longue cavale meurtrière, Peckinpah décide d’en faire un film sur l’amitié. Une amitié qui va devoir faire face aux affres d’une époque en plein changement. A l’instar de Coups de Feu dans la Sierra, Peckinpah met ici en scène deux anciens amis dont la vision du monde diffère. Comme le clame Dylan dans une de ses plus célèbres ballades, les temps changent. Et tandis que Pat tente de s’adapter, Billy veut rester ancré dans une époque synonyme de libertés et de grands espaces. A ce titre, l'une des premières scènes du film montre Pat partager un verre avec Billy. Leur dialogue résume à lui seul cette rupture :

Billy : Shérif Pat Garrett vendu aux électeurs de Santa Fe, ça fait quoi ??
Pat : Je me dis que les temps changent
Billy : Le temps peut-être mais pas moi

Voilà, tout est dit.Pat et Billy évoluent désormais dans des sphères que tout oppose. Billy refuse d’abandonner un monde de liberté où la loyauté est commune à tous, où les prairies ne sont pas défigurées par des clôtures et où le temps n’a pas de prise. Anarchiste avant l’heure, Billy n’a que faire des lois et des hommes qui les appliquent. Il incarne une forme de jeunesse éternelle et rebelle, la peur de la mort ne le touche pas. Ce dernier point est essentiel car c’est là que repose la rupture avec Pat... Pat Garrett est un archétype du héros "Peckinpien". A l’instar de Steve Judd dans Coups de feu dans la Sierra ou Cable Hogue, il s’inquiète du temps qui passe et vit avec cette angoisse de l’avenir. Pat tente bien d’échapper au vieillissement, mais rien n’y fait : ni une orgie avec six prostituées, ni une séance chez le barbier auquel il demande de le transformer en « homme neuf ». Pour faire face à cette obsession du temps, Pat tente coûte que coûte de s’intégrer à cette nouvelle époque. Le hors-la-loi vend donc son âme, devient shérif, et n’hésite pas à accomplir sa tâche, si cruelle soit-elle ! Il tue Billy et lorsqu’il croise son propre reflet dans un miroir, le détruit d’un coup de revolver. Le symbole est fort et annonce sa propre mort, celle que Peckinpah avait filmée dans le flash-forward du début. La boucle est bouclée !

La question que l’on se pose alors et de savoir quel est celui des deux personnages qui incarne au mieux la personnalité de Sam Peckinpah. Si ceux qui préfèrent "imprimer la légende" feraient de Billy l’alter ego de Peckinpah, nous préfèrerons opter pour une vision réaliste et affirmer que Sam Peckinpah et Pat Garrett ne font qu’un. A l’instar de son héros, Sam Peckinpah était un homme en proie aux doutes et paniqué par l‘idée du vieillissement (en témoigne la majorité de ses films qui traitent de ce sujet). L’analogie avec Pat Garrett est d’autant plus évidente si l’on considère que le cinéaste était un rebelle tentant de vivre au milieu du système : pour réaliser ses films, il avait besoin des studios et devait faire des compromis. Si Pat doit tuer son ami pour s’intégrer à la société, Sam Peckinpah devait faire des sacrifices artistiques et symboliquement "tuer ses films" pour entrer dans le moule des studios hollywoodiens. Toutefois, bien que Sam Peckinpah se retrouve dans ce personnage, il est juste de rappeler que malgré des compromis inévitables, il fut certainement l’un des artistes les plus indépendants qu’Hollywood ait jamais engendré. Pat Garrett et Billy the Kid en est l’une des preuves les plus flagrantes.

« De tous les cinéastes qui s’attaquèrent à la mythologie de l’Ouest, Sam Peckinpah fut sans doute celui qui en livra la vision la plus subversive, la plus violente mais aussi la plus poétique. » JB Thoret (1)

A l’instar de Wyatt Earp, Buffalo Bill ou Davy Crockett, Pat Garrett et Billy the Kid font partie des grands mythes du western. Jusqu’alors, Sam Peckinpah ne s’était jamais passionné pour ce type de héros américains, leur préférant des personnages marginaux tels Cable Hogue ou Pike Bishop (La Horde sauvage). En s’attaquant à la mythologie de l’ouest, Peckinpah n’a évidemment pas une démarche innocente : après avoir revisité le western avec le sublime Coups de feu dans la Sierra (1932), puis l’avoir dynamité dans La Horde sauvage (1969) pour enfin en faire une farce macabre avec The Ballad of Cable Hogue (1970), Sam Peckinpah achève ici son entreprise de destruction et de renaissance du genre. Si Pat Garrett et Billy the Kid demeure passionnant aujourd’hui c’est parce que Sam Peckinpah a su insuffler son style à un récit mythique en évitant la simple répétition : contrairement à ce que souhaitait la MGM, il n’a pas scrupuleusement reproduit l’esthétique de La Horde sauvage. Réaliser un film empreint de violence et de fulgurances visuelles était chose faite pour le cinéaste qui rêvait cette fois d’une œuvre à la fois crépusculaire, intime et poétique.

Ici, Peckinpah réalise certainement les plus belles séquences de sa carrière et atteint un niveau de lyrisme rare dans l’histoire du western. Pour y arriver, le réalisateur accentue plus que jamais l’atmosphère crépusculaire de sa mise en scène. Comme le rappelle Jeremy Fox dans sa remarquable analyse de Coups de Feu dans la Sierra, Sam Peckinpah signa avec son deuxième film une œuvre charnière, autrement dit le premier vrai western dit "crépusculaire’’. Avec Pat Garrett et Billy the Kid, ce style atteint son paroxysme avec de nombreuses scènes filmées dans la lumière du soleil couchant. Parmi celles-ci, l’attaque de la cabane de Black Harris demeurera à jamais comme l’un des morceaux d’anthologie de l’histoire du western : tandis que Pat et ses hommes prennent d’assaut la maison où se cache Black Harris et son gang, le soleil embrase le ciel dans un tableau aux teintes rougeoyantes. Les images se succèdent alors dans un montage parfait tandis que la photographie de John Coquillon métamorphose l’écran de cinéma en toile de maître. Ici la mise en scène de Sam Peckinpah touche au sublime, atteignant une forme de nirvana dont le spectateur ne sortira pas intact !

Toutefois, si le travail de Sam Peckinpah est absolument remarquable, il est indispensable de souligner le rôle joué par Bob Dylan dans ce processus de sublimation du récit. Malheureusement, sa bande musicale choqua beaucoup de critiques à l’époque : idole de la jeunesse, Dylan n’était guère apprécié des grands critiques de western attachés aux standards classiques. Aujourd'hui encore, certains spécialistes de renom n'hésitent pas à railler la participation du folk singer au projet. Pour exemple, le commentaire de Tavernier et Coursodon (2) qui louent les qualités du film « malgré la pénible musique de Bob Dylan. » Et pourtant quelle bande originale merveilleuse ! Les morceaux chantés (Knockin'on heaven’s door, évidemment, mais également les différentes variantes de Billy) ou les passages musicaux comme le picaresque Cantina Theme ou le très rythmique Turkey Chase se marient à merveille aux images concoctées par Peckinpah et donnent au film cette identité poétique pour le moins singulière.

Pat Garrett et Billy the Kid
s’inscrit donc comme le testament de Sam Peckinpah au western. Un chef-d’œuvre au style poétique que le public eut rarement l’occasion de découvrir autrement que dans la version courte de la MGM. En 1988, un nouveau montage, construit à partir des notes laissées par Peckinpah, est réalisé en co-production avec FR3 en vue d’une diffusion télévisée. En 2006, c’est au tour de Warner d’éditer un coffret DVD accompagné d’un nouveau montage à priori plus fidèle aux souhaits de Peckinpah. Si les résultats n’atteignent certainement pas la version voulue par le réalisateur (le montage le plus proche étant certainement ce "rough cut" de 2h20 que Martin Scorsese, Pauline Kael et Jay Cocks eurent l’occasion de visionner), il permet toutefois de se rapprocher de ce western élégiaque et crépusculaire dont Sam Peckinpah rêvait...


(1) Why not ? Sur le cinéma américain.
(2) 50 ans de cinéma américain -Tavernier Coursodon - Editions Omnibus

Image : Globalement les deux versions sont très satisfaisantes. Les formats respectés sont offerts sur un transfert 16/9 sans défaut majeur (Warner s’est manifestement appuyé sur des matériaux de base de qualité). On remarque tout de même que la version 1988 présente quelques rares défauts de pellicule non corrigés, tels des scratchs ou autres griffures. La compression n’est pas parfaite sur les deux versions avec des cieux et des arrière-plans très légèrement bruités (attention rien de rédhibitoire, loin de là !!). Toutefois, les gros plans et scènes nocturnes sont en général parfaitement retranscrits offrant un confort de visionnage de grande qualité (même si on n’atteint pas le niveau exceptionnel de Coups de Feu dans la Sierra ou de La Horde sauvage). Côté définition, la version de 1988 semble un peu plus précise. D’un point de vue colorimétrie, on remarque une différence nette entre les deux : le nouveau montage (2005) offrant une palette plus chaude et automnale. Cependant, difficile d’affirmer laquelle de ces deux photographies est la plus fidèle aux souhaits de Peckinpah et de son chef opérateur, John Coquillon. Reste que dans les deux cas, le rendu des couleurs est splendide ! Pour conclure sur ces aspects image, je dirais que le montage de 1988 me semble plus agréable à regarder avec un rendu plus "naturel".

Son : Les deux disques proposent des bandes-son de qualité en mono. La version originale est particulièrement efficace. Dynamique, elle ne présente aucun défaut de type "souffle". Très propre, ce mono offre un rendu très clair des dialogues, bruits d’ambiance et musique. Une piste française est proposée avec un doublage peu convaincant (si vous faites un test "Dove Attia", à savoir écouter et fermer les yeux, vous aurez l’impression que Billy the Kid sort d’une banlieue parisienne des années 80 !!).
Warner
115 mn / 122 mn
Zone 1
DVD 9
Chapîtrage fixe et sonore
Format cinéma : 2.35 : 1
Format vidéo
: 16/9 compatible 4/3
Langues : Anglais Mono 2.0
Sous titres : Anglais / Français / Espagnols

Les deux versions du film :
En 1988, Ted Turner reprend le catalogue MGM. Différents mécènes du monde entier réunissent alors des fonds pour réaliser le montage souhaité par Sam Peckinpah. En France, les studios Action ainsi que France 3 par l’intermédiaire de Patrick Brion participent au financement. Garth Craven, monteur original du film se remet au travail en s’appuyant sur les notes qu’avaient prises le cinéaste. Le résultat est très satisfaisant et remet en valeur le travail de Peckinpah. Le film trouve ici son rythme tranquille avec l’allongement de certaines scènes et l’intégration de nouvelles séquences. On découvre notamment le fameux flash-forward du début qui voit Pat Garrett tué lors d’une embuscade en 1901. Warner retrouve certaines scènes manquantes et livre une version allongée de 6 minutes avec notamment la dispute entre Pat et sa femme, un combat de coqs et un rappel du flash-forward lors de la séquence finale.

Chaque disque offre des menus musicaux et légèrement animés. Le disque 1 contient le montage de 2005. Il donne accès à un chapitrage divisé en 28 segments, à un commentaire audio et à deux galeries de bandes-annonces. Le disque 2 permet de découvrir la version de 1988 accompagnée d’un chapitrage découpé en 29 segments, d’un commentaire audio et de suppléments.

Aucun des suppléments n’est sous-titré.

Commentaires audio : nous le savions déjà mais Nick Redman, Paul Seydor, Garner Simmons et David Weddle sont fous !!! Les quatre spécialistes de Sam Peckinpah sont de nouveau réunis et réussissent l’exploit d’animer un commentaire audio pour chacune des deux versions du film. D’un tel exercice on aurait pu craindre la redondance ou les passages à vide, mais il n’en est rien.
Commentary of 2005 Special Edition with Nick Redman, Paul Seydor, Garner Simmons and David Weddle : ce commentaire a la particularité d’être orienté autour de ce nouveau montage, appelé "Special Edition". Les quatre animateurs en relèvent tous les détails et les analysent longuement. Ce travail, bien que très ciblé, demeure intéressant pour qui désire s’attarder sur ce montage.
Commentary of 1988 Turner Preview Version with Nick Redman, Paul Seydor, Garner Simmons and David Weddle : le commentaire de la version de 88 revient sur la genèse du montage dit "Turner Preview". Paul Seydor détaille longuement le pourquoi et le comment de cette version. Par la suite, les commentaires prennent une tournure plus classique : les intervenants racontent la genèse du film, rappellent des anecdotes de tournage et font de nombreuses analogies entre Pat Garrett et les autres films de Peckinpah, ses westerns notamment. Dans sa forme, ce commentaire ressemble à ceux que le quatuor avait animé pour Alfredo Garcia, La Horde sauvage ou encore Coups de Feux dans la Sierra. Leur passion pour "Big Sam" et son œuvre demeure toujours aussi communicative et, bien que l’absence de sous-titres français soit préjudiciable pour les non anglophones, leurs commentaires restent très compréhensibles (pas d’accent à couper au couteau, ni de débit "scorsesien"!!).

Disque 1

Sam Peckinpah Trailer Gallery
: vous trouverez ici une galerie de bandes-annonces dédiées à Sam Peckinpah avec Ride The High Country, The Wild Bunch, The Ballad of Cable Hogue, The Getaway et bien sûr Pat Garrett and Billy the Kid.

James Dean Trailer : un court film promotionnel pour la réédition des trois classiques de Dean en DVD chez Warner (East of Eden, Rebel Without a Cause et Giant).

Disque 2

Deconstructing Pat and Billy (14’46) : Paul Seydor et Katy Haber animent ce documentaire. Seydor parle du montage de 1988 puis du remontage. Haber qui fut l’assistante de Peckinpah pendant le tournage de Pat Garrett and Billy the Kid revient sur les anecdotes de tournage et ses souvenirs de Sam. Elle évoque aussi l’alcoolisme de Peckinpah et les difficultés du tournage mais n’apprendra rien à ceux qui auront écouté le commentaire audio de la version 88.

One Foot in the groove : remembering Sam Peckinpah and other things (27’50) : Kris Kristofferson et son clavier, Donnie Fritts, sont interviewés dans une chambre d’hôtel et font part de leurs souvenirs de Peckinpah. Kristofferson, regard bleu acier, revient sur ses débuts de chanteur après l’armée avant d’évoquer, non sans nostalgie, sa rencontre et son travail avec "Big Sam". L’entretien est entrecoupé de rares photographies de tournage. L’image est impeccable mais notons que le son n’est pas de bonne qualité, laissant entendre les bruits de la rue. Ce léger défaut, couplé à l’accent californien de Kristofferson, rend la compréhension de l’ensemble assez difficile.

One for the Money and Sam’s Song
(5’35) : certainement le bonus le plus passionnant du coffret. Kris Kristofferson s’empare de sa guitare pour interpréter deux morceaux dédiés à son ami, Sam Peckinpah. Avouons que le voir jouer de la sorte dans une chambre d’hôtel avec Donnie Fritts en choriste est un pur moment de magie. Du bonheur !

Conclusion

Globalement, Warner a réalisé un travail éditorial de grande qualité en offrant ces deux versions du film. Difficile toutefois d’affirmer lequel de ces deux montages est le plus intéressant. Si la nouvelle version apporte quelques scènes inédites, elle laisse également moins de place à la partition de Bob Dylan. Certains s’en réjouiront, d’autres non ! Techniquement, le montage 2005 semble un cran en-dessous de celui de 1988. A chacun donc d’en profiter et de découvrir ces deux versions puis de faire son choix. Toutefois, de part ses qualités techniques et sa plus grande cohérence dans le montage, je conseillerais de découvrir en priorité la version Ted Turner de 1988.


Remerciements à Jeremy Fox (contemporain de Billy the Kid !!) pour ses connaissances illimitées du Far West ;-)

En savoir plus
La fiche Imdb du film

Sam Peckinpah, la Violence du Crépuscule,
François Causse (Dreamland)
Bloody Sam - The Life and Films of Sam Peckinpah, Marshall Fine (Miramax Books)

George Kaplan

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