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Réalisé par Anthony
Mann
Avec James Stewart, Dan Duryea, Stephen
McNally, Shelley Winters
Scénario : Borden Chase et Robert
L. Richards d’après une histoire de Stuart N. Lake
Musique : Joseph Gershenson
Photographie : Williams Daniels
Un film Universal
USA - 93 mn - 1950
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Universal
93 mn
Zone 1
Format cinéma : 1.33
Format vidéo : 4/3
Noir et blanc
Langues : Anglais mono DD 2.0
Sous titres : Anglais pour malentendants
/ Espagnol / Français |


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1873.
Lin McAdam (James Stewart), à la recherche d’un
homme avec qui il a un compte à régler, arrive
en compagnie de son fidèle ami High Spade (Millard
Mitchell) à Dodge City. On y fête le centenaire
de l’Indépendance et un concours de tir est organisé
à l’occasion : le gagnant se verra remettre la
célèbre et convoitée carabine à
répétition Winchester modèle 73 "One
on a Thousand". Lin se retrouve par le plus grand des
hasards, finaliste du fameux concours avec Dutch Henry Brown
(Stephen McNally), l’homme que justement il poursuivait.
Lin sort vainqueur mais se fait immédiatement dérober
l’arme par son adversaire qui s’empresse de fuir.
"Je ne savais pas sur quoi portait la dispute auparavant
mais vous pouvez ajouter le fusil sur la liste de vos griefs"
dira Wyatt Earp à Lin avant que ce dernier quitte
la ville. A partir de cet instant, comme si la Winchester
portait en elle une malédiction liée au fait
que son propriétaire légitime en ait été
lésé, elle va passer de main en main alors que
ses possesseurs seront tous tués à tour de rôle.
Le fameux fusil décimera ainsi un trafiquant d’armes
(John McIntire), un chef indien belliqueux (Rock Hudson),
un lâche (Charles Drake) amoureux d’une Saloon
Gal (Shelley Winters) et le pilleur de banques Waco Johnny
Dean (Dan Duryea), avant de se trouver à nouveau entre
les mains de Dutch Henry Brown. Alors que la Winchester entreprend
sa ronde meurtrière, Lin, toujours aussi déterminé
à rattraper Dutch (et par la même occasion à
reconquérir son arme), continue de le pourchasser.
Après une harassante poursuite, ils en viennent tous
deux à s’affronter dans un duel à mort
en un endroit désertique et rocheux… |
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"La
force d’un personnage n’est pas dans sa manière
de distribuer les uppercuts ou de faire saillir ses muscles
: elle est dans sa personnalité, c’est la force
de sa détermination…" disait Anthony
Mann. Quel personnage mieux que Lin McAdam peut se définir
ainsi ? C’est avant tout son opiniâtreté
très affirmée à assouvir sa vengeance
qui est le moteur principal de Winchester 73, celui
qui pousse l’intrigue du film en avant. Lin McAdam
est d’ailleurs tellement résolu et obstiné
que son caractère, comme ceux des autres protagonistes,
en est quasiment réduit à ces simples stéréotypes.
Ce qui n’est pas en soi une critique puisque par là
même, ce western constitue une épure du genre
avec son lot de personnages bien trempés, son action
remarquablement bien construite et restreinte à l’essentiel.
Il ne faudrait cependant pas non plus le réduire
à cette simple description sous peine de n’y
voir qu’une très bonne série B, ce qui
en soit serait déjà très positif ;
mais Winchester 73 est assurément encore
bien plus que cela. Il n’en est certainement pas de
même pour le remake qui en a été fait
pour la télévision en 1970.
Si vous prenez un panel de journalistes et critiques passionnés
de westerns et leur demandez de vous citer leur Mann / Stewart
préféré, il vous sera alors impossible
d’établir une hiérarchie car les 5 [Winchester
73 / Les affameurs (Bend of the River) / L’appât
(The Naked Spur) / Je suis un aventurier (The Far Country)
/ L’homme de la plaine (The Man from Laramie)
dont 3 d’entre eux sont remarquablement analysés
sur le site par Otis B. Driftwood] seront tour à
tour évoqués par l’une ou l’autre
des personnes interrogées : ceci n’est pas
une vaine supposition mais une constatation car de telles
listes de westerns ont été faites dans lesquelles
on a retrouvé chacun de ces titres. Il serait donc
totalement subjectif de vouloir les classer mais une chose
est certaine : dans Winchester 73, les principaux
protagonistes ne possèdent pas encore la profondeur
psychologique et morale qu’ils acquérront par
la suite. Ceci est valable pour le personnage interprété
par James Stewart mais aussi et surtout pour les "méchants".
Si une faible préférence me fait favoriser
Les affameurs ou L’homme de la plaine,
c’est avant tout pour la présence de Arthur
Kennedy qui trouve ici et là l’occasion d’interpréter
peut-être les "Bad Guys" les plus riches,
intéressants et attachants de l’histoire du
western, pas moins que ça ! Dans Winchester 73,
Stephen McNally et Dan Duryea sont au contraire des personnages
tout d’une pièce, de véritables salauds
vicieux et méprisants qui n’attirent à
aucun moment une quelconque sympathie - d’ailleurs
à ce propos, Anthony Mann prouvait qu’il était
déjà un formidable directeur d’acteurs
par le fait d’avoir su canaliser le jeu de Dan Duryea
; en effet nous avons pu constater depuis comment il pouvait
être insupportable quand on le laissait trop libre
de ses mouvements (Night passage de James Neilson)
- mais
comme nous l’avons déjà fait entendre,
ces apparents poncifs sont loin de desservir le film même
s’ils empêchent de faire percer une certaine
émotion qui sera présente dans les oeuvres
suivantes du duo (duo aussi important pour le genre que
celui formé par John Wayne et John Ford).
Anthony Mann avait fait la connaissance de James Stewart
au moment où il avait fondé sa propre compagnie
théâtrale en 1934, la "Stock Company".
Ils s’étaient perdus de vue depuis quasiment
10 ans, quand James Stewart lui proposa de faire un premier
film ensemble. Universal engage Anthony Mann pour tourner
un western ; c’est l’occasion rêvée
pour qu’ils se réunissent à nouveau.
Bien leur en a pris puisque Jimmy Stewart devient alors
l’acteur d’élection du réalisateur
tournant encore 7 autres films avec lui dont, outre les
westerns déjà cités, le superbe Glenn
Miller Story. En 1950, le réalisateur pousse
dès lors Stewart à acquérir une authenticité
qu’il a du mal à trouver dans les personnages
qu’il voit dans les western de l’époque.
Avant donc Glyn McLintock, Howard Kemp, Jeff Webster et
Will Lockhart, James Stewart eu à endosser le rôle
de Lin McAdam, un homme déterminé et acharné
("Il y a des choses qu’un homme doit faire, il
les fait" ; "C’est mon fusil et je le veux"),
à la recherche de son demi-frère, l’assassin
de leur père adoptif (On ne peut pas parler de spoiler
ici car dès la séquence initiale du concours
de tir, on peut deviner le drame qui s’est joué
par un échange dialogué entre Wyatt Earp et
Lin qui ne fait aucun doute quand au fait que Dutch soit
un assassin).
Si Lin McAdam n’est pas de toutes les scènes
(il doit être absent de l’image à peu
près 1/3 du film), James Stewart démontre
encore ici son immense talent. Un exemple au début
devrait suffire à vous convaincre, celui de sa première
rencontre avec Wyatt Earp sans savoir qu’il s’agit
de ce célèbre Marshall. Mécontent de
se retrouver sans armes alors qu’il a pour la première
fois depuis longtemps son ennemi en face de lui, l’expression
de son visage passe en un minimum de temps de la haine envers
Dutch à la colère contre l’homme qui
lui a ôté son arme puis à l’étonnement
quand il apprend à qui il a affaire, au sourire de
confusion puis au rire sur lui-même, se moquant de
son erreur d’appréciation : fabuleuse leçon
d’interprétation ! Lin McAdam, plus monolithique
et moins ambigu que les personnages que l’acteur interprètera
par la suite, n’en suscite pas moins pour autant la
sympathie par les relations de grande tendresse et d’estime
qu’il entretient avec son ami High Spade ("Si
un homme a un ami, il est riche : je suis riche !"
lui confiera t’il). Sa rencontre avec le sergent,
l’un des personnages les plus sympathiques du film,
interprété par le débonnaire Jay C
Flipen, sera aussi l’occasion d’un moment de
répit au milieu de cette course poursuite effrénée
et violente. Ils évoqueront avec affection les combats
de Gettysburg au cours desquels ils furent pourtant dans
des camps opposés. Mais ce sont les dents serrés
de Lin qui nous marqueront le plus, sa démarche et
son regard déterminé et assez inquiétant,
la sauvagerie qui couve, sa pulsion presque irrationnelle
et qui annonce plus d’ambiguïté dans les
rôles futurs. Lin, le
vengeur implacable, est un parmi tant d’autres de
ces innombrables personnages en or pour l’un des plus
grands acteurs hollywoodiens. Concours de circonstances,
la même année il jouera dans l’un des
deux premiers westerns déclarés "‘pro-indien",
La flèche brisée de Delmer Daves
alors que Anthony Mann tournera l’autre, La porte
du diable.
Borden Chase (Red River auparavant) et Robert
L. Richards adaptent avec la collaboration du cinéaste,
le fameux roman de Stuart N. Lake, Big Gun qui
narre l’histoire de plusieurs hommes qui, en 1873,
convoitent un nouveau modèle de carabine à
répétition. Leur scénario à
tiroirs, adoptant une démarche circulaire, puisque
le récit suit l’arme passant de main en main
jusqu’à ce qu’elle revienne dans celles
de son propriétaire légitime, devient ainsi
un modèle d’intelligence et d’efficacité,
nous proposant aussi, mine de rien, pas moins qu’un
étonnant raccourci de l’histoire des Etats-Unis
à travers les innombrables péripéties
de son intrigue. Tout d’abord par la présence
de Wyatt Earp à Tombstone et son édit interdisant
le port d’armes à feu dans l’enceinte
de la ville ; ensuite, lors des séquences avec le
trafiquant d’armes, par l’évocation des
guerres indiennes et de la défaite de Custer à
Little Big Horn ; la scène se déroulant au
sein de la troupe de soldats est prétexte à
reparler de la Guerre de Sécession avec les batailles
de Gettysburg et Shiloh… Nous pourrions parler plus
longuement de la richesse historique de ce scénario,
qui n’est pas évidente au premier abord, mais
cela prendrait beaucoup trop de temps.
Winchester 73 est aussi une réflexion sur
la violence sous toutes ses formes. Le regard que porte
Lin à Dutch quand ils se retrouvent est empli d’une
haine qui ne laisse aucune chance de s’en sortir à
ce dernier : la vengeance aura lieu et Lin n’aura
aucune pitié, aucun remord. La violence du combat
qui s’ensuit lors du vol de la carabine est d’une
grande dureté pour l’époque. Nous assistons
ensuite à un scalp, la mort violente et crue d’un
soldat lors de l’échauffourée avec des
indiens puis nous arrivons à la plus longue partie,
celle qui se déroule à Tascosa avec les bandits.
Ici, Mann va assez loin dans la sauvagerie et la violence
qui règne entre ces hommes. Tout d’abord c’est
l’humiliation de l’acolyte couard avant son
assassinat pur et simple par Waco qui ne lui donne pas l’occasion
de se défendre. Acculé par les hommes du shérif
à leur recherche, pour sauver sa peau et pouvoir
s’enfuir, Waco, le chef de bande, envoie ses hommes
au massacre : la
violence est aussi sauvage du côté des truands
que des hommes de loi puisque ces derniers ne laisseront
personne vivants, les tirant et les tuant un à un
comme des lapins. Bref, la vie et les coutumes rudes et
sauvages de l’époque sont ici montrées
dans toute leur crudité et leur sécheresse,
d’où l’un des facteurs de l’étonnante
modernité de ce western.
Et l’apport de Anthony Mann dans tout ceci ? Multipliant
à l’infini les éléments dramatiques
de son script, à travers cette stupéfiante
succession de péripéties resserrées
au cours desquelles tout pittoresque est évacué,
il nous montre déjà toute l’étendue
de son talent et nous confirme qu’il n’est pas
nécessaire d’utiliser obligatoirement le format
large pour faire respirer un plan ou un paysage. Son sens
du cadrage dans le format 1.33 est vraiment étonnant,
témoin ceux légèrement penchés
et de dos sur les deux tireurs lors du concours du début
ou les gros plans ou plans américains sur James Stewart
vraiment de toute beauté. Comment ne pas être
ébloui par ses mouvements d’appareil et, pour
n’en citer qu’un, ce superbe travelling latéral
partant du groupe de soldats, traversant l’étendue
désertique pour arriver subrepticement sur les Indiens
prêts à l’attaque (qui aboutira à
ce travelling époustouflant à 360° qui
ouvrira L’homme de la plaine et que Otis
B. Driftwood décrit minutieusement dans sa critique)
? Et comment enfin ne pas s’agenouiller devant ce
Gunfight final de 5 minutes, "véritable
modèle de balistique" selon Patrick Brion,
au cours duquel, par une mise en place topographique incroyable
qui nous fait nous y retrouver dans ces entrelacs, les personnages
se meuvent avec intelligence et les balles viennent ricocher
contre le rochers ?
"Je crois à la conception visuelle des choses.
Le choc d’un petit plan qui peut nous faire entrevoir
toute une vie, tout un monde, est autrement plus important
que le plus brillant des dialogues." Cette conception
du cinéma d’Anthony Mann en personne pourrait
assez bien résumer le style de ce film âpre,
vif, rigoureux, concis et virtuose. "Un western
honnête et franc" dira-t-il de son film
avec humilité dans une interview en 1957. "La
plus belle défense et illustration du western moderne"
répliquera Jacques Lourcelles dans son dictionnaire.
Mais laissons la conclusion au grand spécialiste
du western aussi bien littéraire que cinématographique,
Jean-Louis Rieupeyrout (conclusion qui peut s’appliquer
aussi bien à Winchester 73 qu’aux
westerns suivants du réalisateur) : "Anthony
Mann, c’était alors une vision neuve et claire
de ce que devait recouvrir le terme si malencontreusement
galvaudé de ‘Western’ ; une santé
physique et morale qui s’exprimait aussi bien dans
la dynamique de l’ensemble que dans la caractérisation
du particulier. Ses personnages se présentaient à
nous dépouillés des attributs obligatoires
des ‘héros’ et pourtant la convention
dictait leur comportement à l’égal de
tant d’autres auparavant, mais sans qu’il y
paraisse. Ils se mouvaient si naturellement dans un cadre
physique à leur dimension que rien n’étonnait
en eux, hors de la maîtrise qui présidait à
leur animation et à leur enracinement dans cet univers
découvert avec un nouveau regard par le spectateur"
(La grande aventure du Western 1894-1964)
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Universal
a donc édité en Zone 1 les trois westerns
que le studio a produit du cycle Mann/Stewart, les deux
autres, The Man from Laramie (L’homme de la plaine)
et The Naked Spur (L’appât) étant
des films de Majors concurrentes, respectivement Columbia
et MGM. Nous attendons d’ailleurs toujours The
Naked Spur en DVD pour compléter ce fameux quintet
sur notre support favori.
Niveau qualité, Winchester 73,
tout comme Les affameurs et contrairement à
Je suis un aventurier assez décevant (voir
tous les autres tests de Otis B. Driftwood sur ce site même)
bénéficie d’un assez bel écrin.
Si le générique abîmé et les
5 premières minutes fortement granuleuses et fourmillantes
laissaient craindre le pire, ça s’arrange par
la suite même si l’on est loin de posséder
ici une édition définitive. La qualité
de la copie varie selon les scènes : si dans l’ensemble,
le master se révèle propre et net, même
si loin d’être nettoyé, certaines courtes
séquences ou simplement quelques plans, virent au
flou par moment ou sont parasitées par moult artefacts.
Nous nous trouvons devant un beau noir et blanc bien contrasté
même si sur quelques scènes, il se fait un
peu "grisâtre" surtout dans celles d ‘intérieur
du début du film. La définition varie elle
aussi selon les séquences mais dans l’ensemble,
on ne peut que s’en féliciter ainsi que de
la compression.
Une seule piste anglaise assez claire et
sans trop de souffle mais parfois résonnante, sourde
ou nasillarde selon les instants. Rien cependant de rédhibitoire
ni de scandaleux, un mono d’origine plutôt bien
conservé dans l’ensemble.
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Le
menu fixe se présente sur fond d’une
musique n’ayant rien à voir avec le film
mais Universal est coutumier de ce fait et celle-ci est
plus "écoutable" que sur les deux autres
Mann / Stewart. Côté suppléments,
une bande annonce vraiment très abîmée
et complètement brûlée qui nous rassure
quant à la copie du film dont nous disposons sur
le DVD et une interview de James Stewart non sous titrée
qui fait office de commentaire audio puisque utilisant
une des pistes sonores sur toute la durée du film.
En fait l’acteur est interviewé alors qu’il
visionne le film, il s’agit donc d’un véritable
commentaire du film que l’honnêteté
me pousse à dire ne l’avoir pas écouté
en entier n’étant pas spécialement
bilingue ; cependant, le peu que j’ai pu comprendre
me fait penser qu’il s’agit d’un supplément
bien intéressant.
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