
Réalisé
par Robert Aldrich
Avec Gary Cooper, Burt Lancaster, Denise
Darcel, Cesar Romero, Sara Montiel
Musique : Hugo Friedhofer
Photographie : Ernest Laszlo
Un film United Artists
USA - 90 mn - 1954 |

Editeur
: MGM
90 mn
Zone 2
Format cinéma : Superscope 2 :1
et 1.33 :1
Format vidéo : 1.98 :1 - 16/9
compatible 4/3.
Langues : Français, Anglais, Italien,
Allemand, Espagnol
Dolby Digital 2.0 Mono
Sous titres : Français, Anglais,
Allemand, Italien, Espagnol, Hollandais, Suédois, Norvégien,
Danois
Bonus : bande-annonce d’époque |


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Mexique 1966. Alors que la révolution
fait rage, l’empereur Maximilien (George Macready) engage
le bandit Joe Erin (Burt Lancaster) et un ancien officier
de l’armée sudiste Benjamin Trane (Gary Cooper),
tous deux réfugiés au Mexique, afin de convoyer
la comtesse Marie Duvarre (Denise Darcel) jusqu’à
Vera Cruz. |
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Vera
Cruz est une production du tandem composé par
Harold Hecht et Burt Lancaster sous la raison sociale Hecht-Lancaster.
Ils produisent également Bronco Apache (Apache,
1954) puis plus tard Fureur Apache (Ulzana’s
Raid, 1972) du même Aldrich, où Burt Lancaster
incarne respectivement Massaï, l’Apache en révolte,
et McIntosh, un éclaireur ayant pour mission d’aider
une compagnie de Cavalerie à retrouver un indien
rebelle.
On trouve à l’origine du scénario, signé
Roland Kibbee et James R. Webb, un sujet de Borden Chase,
auteur phare du western, notamment grâce aux scripts
de La Rivière rouge d’Howard Hawks
(Red River, 1948) de L’homme qui n’a
pas d’étoile de King Vidor (Man Without
a Star, 1955) et surtout de sa collaboration idéale
avec Anthony Mann pour Winchester ‘73 (1950),
Les Affameurs (Bend Of The River, 1952)
et Je suis un aventurier (The Far Country,
1955). On retrouve dans les scénarios de Chase
ce que Tavernier et Coursodon nomment "une histoire
d’amour entre deux hommes … sans connotation
sexuelle (précise Chase)".
Si Vera Cruz rejoint cette thématique,
le ton du film est très éloigné des
habituelles créations de son auteur. Celui-ci se
caractérise par un humour véritablement impudent,
des personnages effrontés et insolents, qui font
littéralement exploser le cadre du Western classique.
L’apport des deux scénaristes a véritablement
transformé le sujet d’origine, où la
patte de Chase se retrouve néanmoins dans cette confrontation
entre deux hommes ayant pour cadre un contexte historique
précis et détaillé (ici la Révolution
Mexicaine).
Roland Kibbee s’est, avant Vera Cruz, illustré
dans la comédie. Tel le burlesque déjanté
des Marx Brothers avec Une nuit à Casablanca
(A Night in Casablanca, 1946) et la comédie
romantique avec Angel on My Shoulder (1946) (deux
films signés Archie Mayo), le film d’aventure
emprunt d’humour et de péripéties fantaisistes,
tel Ten Tall Men (de Willis Goldbeck repris par
Robert Parrish, 1951) et Le Corsaire rouge de Robert
Siodmak (The Crimson Pirate, 1952). Ces deux derniers
films sont d’ailleurs interprétés par
Burt Lancaster, avec qui Kibbee collabore pendant une vingtaine
d’année : The Devil’s Disciple
(Guy Hamilton, 1959), Valdez (Valdez is Coming,
Edwin Sherin, 1971) ou encore The Midnight Man
(1974) co-réalisé par Lancaster et Kibbee.
James R. Webb, quant à lui, a œuvré principalement
dans le western. Il débute sa carrière en
écrivant cinq scénarios en moins de deux années
pour Joseph Kane, réalisateur qui se consacre quasi
exclusivement au genre en enchaînant une centaine
de films qui n’ont qu’en petite partie franchi
nos frontières. Il écrit également
deux beaux westerns pour Gordon Douglas : La Charge
de la rivière rouge (The Charge at Feather
River, 1953) et surtout La Maîtresse de fer
(The Iron Mistress, 1952), tiré d’un
roman de Mari Sandoz comme l’est également
Bronco Apache, superbe western pro-indien réalisé
par Robert Aldrich la même année que Vera
Cruz. James
R. Webb écrira également un autre western
prenant fait et cause pour le peuple indien avec Les
Cheyennes de John Ford (Cheyenne Autumn, 1964).
L’apport de Robert Aldrich est évidemment primordial
dans cette entreprise de destruction des codes du western
classique. Tout d’abord la méthode de travail
adoptée par le réalisateur sur le tournage
est entièrement liée à la liberté
immense que prend le film par rapport à son genre
de référence, et lui donne un ton plein de
vivacité et de légèreté malgré
la noirceur des personnages et du propos. C’est en
effet l’improvisation qui est le maître mot
: "On terminait le script cinq minutes avant d’aller
filmer : on s’asseyait autour d’une table pour
construire chaque scène et puis on la tournait telle
qu’elle venait d’être écrite".
Cette audace incroyable pour un réalisateur
qui n’en est alors qu’à son quatrième
film témoigne de l’esprit franc-tireur qui
anime cet artiste hors norme. Avec Alerte à Singapour
(World for Ransom, 1954), Aldrich débordait
déjà joyeusement du cadre du film noir, en
faisant dévier son récit vers l’espionnage
et en anticipant avec son personnage de détective
cynique et glacial, le Mike Hammer d’En quatrième
vitesse (Kiss Me Deadly, 1955). Avec Bronco
Apache il réalise un des premiers westerns antiracistes,
"genre" initié en 1950 par La Flèche
brisée (Broken Arrow, 1950) de Delmer
Daves. Vera Cruz est à la croisée
de ces chemins : western "historique" où
les rapports entre les Etats-Unis et le Mexique, la guerre
de Sécession, les colonies sont parties prenantes
de l’histoire, et cynisme de personnages tout droit
sortis du film noir.
Le film est d’un pessimisme total sur les rapports
humains. Que ce soit l’amitié, la loyauté,
l’amour, tout est corrompu par les bas instincts qui
animent les personnages. Leur cupidité, leur égoïsme,
leur amoralité, interdisent constamment la fraternité
et l’entraide. Véritablement nihiliste, Vera
Cruz anticipe le western Spaghetti qui apparaît
une dizaine d’années plus tard. Il est amusant
de constater que Charles Bronson y joue déjà
de l’harmonica, tandis qu’un de ses compères
se trouve être Jack Elam, futur tueur d’Il
était une fois dans l’ouest (C'era
una volta il West, 1968). Visages mal rasés,
tenues débraillées, même l’apparat
y est. Les cadrages qui caractérisent l’œuvre
d’Aldrich (plongées et contre-plongées,
cadre dans le cadre, gros plans accentués…)
poussés à l’extrême, seront également
les marques de fabrique du genre.
Comme dans la trilogie des dollars de Sergio Leone, notamment
pour Le Bon, la brute et le truand (Il Buono,
il brutto, il cattivo, 1966), le nihilisme du sujet
est constamment tempéré par le rythme joyeux
insufflé au film. Ce jeu de dupe qui tourne autour
de l’appropriation d’un trésor est prétexte
à des péripéties enlevées, des
rebondissements, des tromperies qui tiennent habituellement
plus du film d’aventure que du western. Le film est
émaillé de dialogues savoureux, tel celui
où Burt Lancaster, dont le sourire carnassier ponctue
de manière irrésistible le film, se prend
à rêver de posséder son propre navire…
alors que l’acteur sort du tournage du Corsaire
rouge !
Vera
Cruz possède l’ampleur des grandes productions,
utilisant des centaines de figurants lors d’une scène
de bal, de chevauchées ou encore de l’attaque
d’un fortin. Aldrich fait preuve d’une magnifique
capacité à utiliser l’espace, et gère
aux mieux le format du Superscope (2 :1), format bâtard
vite tombé en désuétude. Utilisant
souvent la diagonale (rangées de soldats, ruelles,
escaliers…) ou encore le cadre dans le cadre, il découpe
avec une précision d’orfèvre son image,
soulignant l’opposition des protagonistes, leurs jeux
de manipulation, leur isolement et leur solitude, ou encore
inscrivant par l’image les conflits entre les différentes
factions en présence (bandits, rebelles, armée…).
Le chef opérateur, Ernest Laszlo, collaborateur attitré
du réalisateur (Bronco Apache, En quatrième
vitesse, Le Grand couteau, 4 du Texas), nous offre
un travail admirable. Le Superscope lui permet à
la fois de donner une grande ampleur aux paysages du Mexique,
aux cortèges de soldats au pied des temples aztèques,
au bal du palais de l’empereur… et de favoriser
dans le même temps des gros plans qui cernent au mieux
les personnages.
Ceux-ci sont incarnés par des acteurs qui portent
le film avec une vitalité exceptionnelle. Burt Lancaster
signe l’une de ses interprétations les plus
magistrales, emportant immédiatement l’adhésion
par la joie évidente et communicative qu’il
prend à jouer cette canaille fourbe et immorale.
Gary Cooper, incarne un personnage ambivalent et complexe,
brisé par son passé d’officier sudiste
contraint à la fuite. S’il n’a pas totalement
désespéré de l’homme et croit
encore parfois en l’amitié, Ben Trane ne peut
au final que constater amèrement que les idéaux
ne sont plus, et que sa survie passe par l’égoïsme
et la solitude. Gary Cooper livre un tel contre-emploi qu’il
en vient à regretter son choix jusqu’à
rejeter la proposition d’incarner ensuite le révérend
Harry Powell dans le chef d’œuvre de Charles
Laughton La Nuit du chasseur (Night of the
Hunter, 1955). On retrouve au casting des habitués
du cinéma d’Aldrich : Ernest "L’Empereur
du Nord" Borgnine, Charles "Les 12 salopards"
Buchinski (pour la dernière fois sous son nom), Jake
"En quatrième vitesse" Ellam,
Jack "4 du Texas" Lambert... qui complètent
une galerie de seconds rôles patibulaires avec Henry
Brandon ou encore Morris Ankrum.
Parfait jalon d’un genre qui ne cesse d’évoluer,
Vera Cruz se positionne entre classicisme et modernité,
allie le grand spectacle hollywoodien au pessimisme d’un
auteur, qui d’Attaque ! à Fureur
Apache, en passant par Le Grand couteau et
Le Démon des femmes, n’aura de cesse
de fustiger notre société et nos vices. Virtuose,
à la fois drôle et tragique, Vera Cruz
se suit comme un fantastique film d’aventure tout
en étant un voyage au cœur de nos pulsions les
plus destructrices.
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Image
: Assez belle copie mais qui présente beaucoup trop
de saletés. Sa principale vertu, outre le fait de
restituer le superscope dans lequel le film a été
filmé, est d’offrir de très belles couleurs.
La compression est elle aussi de bon niveau même si
le film présente un grain assez prononcé.
Son : Mono d’origine sans aucun défaut
ni parasite, d’une clarté parfaite.
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Bonus : Une unique bande annonce dans un état
déplorable et recadrée qui nous montre la
chance que nous avons de posséder le film dans
de telles conditions.
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