
Soy Cuba (Soy Cuba)
Réalisé par Mikhail Kalatozov
Avec Sergio Corrieri, José Gallardo,
Salvador Wood, Raoul Garcia, Jean Bouise, Luz Maria Collazo, Alberto
Morgan, Celia Rodriguez…
Scénario : Enrique Pineda Barnet,
Yevgeni Yevtuchenko
Musique : Carlos Farinas
Photographie : Sergei Urusevsky
Un film MosFilms
Editeur : Mk2 Editions
Russie/Cuba - 141 mn - 1964 |

141
min
Zone 2
N&B
Format cinéma : 1.33 :1
Format vidéo : 4/3, N&B
Langues : Espagnol mono
Sous titres : Français optionnels
Mono d’origine
Menu animé et chapitres fixes
Durée du DVD : 190’ |


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En
quatre vignettes, l’histoire du Cuba pré Castriste
vue sous le prisme du cinéma de propagande russe. Mais
avec un poète derrière la caméra, Mikhail
Kalatozov, qui fait de son film un chant d’amour à
l’île cubaine, son peuple et au cinéma.
Quatre histoires édifiantes magnifiées par un
cinéaste en état de grâce : la honte d’une
jeune cubaine quand son courtisan découvre qu’elle
vend son corps aux touristes américains pour vivre.
La détresse d’un petit paysan qui apprend que
son terrain a été vendu à une compagnie
américaine, la United Fruit. Le destin d’un étudiant
abattu par la Police alors qu’il distribue des tracts
pro-Castristes. Un paysan rejoint la guérilla pour
sauver son île et sa famille… |
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La
tâche semble à priori insurmontable : convaincre
le public d’aujourd’hui de se coltiner un long
film en noir et blanc de propagande russe sur le Cuba pré
Castriste, et ce sur près de deux heures et demi…
Même à une époque où Wim Wenders
convie des centaines de milliers de spectateurs dans son
Buena Vista Social Club et où les concerts d’Eliades
Ochoa font salle comble dans le monde entier, la perspective
d’un film signé d’un certain Mikhail
Kalatozov consacré à la vie de petites gens
dans le Cuba des années 50 a effectivement de quoi
faire fuir jusqu’à certains cinéphiles
reconnus. Tant pis pour eux. Ils passeront tout simplement
à côté d’un des films majeurs
de l’histoire du Cinéma, rien de moins.
Pur produit de propagande, Soy Cuba est une commande
de l’URSS de Kroutchev. Malgré quelques épisodes
douloureux dans sa relation avec le 7° art - on se souvient
qu’Ivan le Terrible fut charcuté par
les ciseaux de Staline, au point que le troisième
chapitre de cette fresque épique ne vit jamais le
jour - le pouvoir soviétique remet le couvert à
l’aune des années 60 : le cinéma, instrument
de pouvoir tant culturel que politique, ne peut être
mis de côté et se doit au contraire de porter
haut le drapeau de la cause communiste à travers
le monde. En 1957, Quand Volent les Cigognes prend
son envol au dessus du rideau de fer et témoigne
de la vitalité et du renouveau du cinéma Russe
jusque sur la Croisette cannoise. Avec ses mouvements de
caméra soyeux et son noir et blanc étudié,
la Palme d’Or cru 58 révèle alors aux
yeux du monde un cinéaste talentueux et dont l’éblouissante
maestria parvient même à faire oublier la chape
de plomb qui pèse sur les scénarios russes
de l’époque : Mikhail Kalatozov.
Epaulé
de son génial chef opérateur Sergei Urusevsky,
Kalatozov se voit confier cinq ans plus tard un scénario
de Yevgeni Yevtuchenko (les deux hommes se brouilleront
avant le tournage), soit quatre chroniques symboliques du
Cuba des années 50 regroupées en un film.
Les personnages, archétypes du film de propagande
russe, sont des symboles plus que des personnages en chair
et en os : une jeune et jolie femme obligée de se
prostituer pour survivre, un vieux paysan miséreux
exproprié au profit d’une compagnie américaine,
un étudiant martyr de la cause Castriste et enfin
un jeune Cubain rejoignant la guérilla et les troupes
de Fidel Castro. Edifiant, le scénario n’évite
forcément pas quelques lourdeurs symboliques et autres
banalités révolutionnaires : face à
un pouvoir corrompu et dictatorial, face à des soldats
américains (touristes, soldats, industriels) imbus
de leur propre richesse et bêtise crasse, le peuple
Cubain, fier et courageux représente l’idéal
révolutionnaire communiste jusqu’au cliché.
Scénario monolithique et édifiant donc, empreint
de quelques poncifs (la colombe blanche abattue par l’armée)
qui pourtant ne viennent jamais encombrer la vision du film.
Au point que l’on sente Kalatozov souvent gêné
par la caricature du script qui lui fut offert : ainsi,
censé railler la vie de débauche des touristes
américains dans le fameux plan de l’hôtel/piscine,
le cinéaste russe ne peut s’empêcher
de traduire toute la fascination exercée par l’hédonisme
américain sur cette île de soleil et de fête.
Dès les premières minutes du film, l’on
sait que le ver est dans le fruit, et que ce film de propagande
couve son propre anti-poison. Chez les besogneux de l’endoctrinement,
qu’il soit russe ou américain, français
ou allemand, le fond l’emporte toujours sur la forme.
Ici, tout comme chez Eisenstein ou chez Capra pendant la
seconde guerre mondiale (Why we are fighting),
nulle lame de fond… Mais bien une majesté de
la forme, une audace visuelle et graphique qui emporte tout
sur son passage, jusqu’aux clichés les plus
éculés sur la révolution cubaine. Avec,
cerise sur la gâteau, des acteurs amateurs extraordinaires
que Kalotozov souhaitait lancer dans le grand bain : "D’une
part nous cherchions à pénétrer l’esprit
du peuple cubain et d’autre part, nous voulions intégrer
sur le plateau des personnes inexpérimentées
afin de leur apprendre diverses notions techniques susceptibles
d’enrichir le cinéma cubain."
Aidés de ces débutants, et ce 15 ans avant
l’invention de la Steadicam, Kalatozov et Urusevsky
créent avec Soy Cuba un impressionnant
poème, véritable symphonie visuelle qui a
encore aujourd’hui peu d’équivalents.
Hormis
une référence à Eisenstein, comme un
passage obligé (les étudiants descendant les
escaliers de l’université, rime visuelle frappante
et hommage évident aux escaliers d’Odessa du
Cuirassé Potemkine), les deux artistes russes
offrent au monde un inédit et rare récital
cinématographique, caméra à l’épaule.
Scorsese lui-même, créateur des éblouissants
travellings des Affranchis, en reste bouche bée.
Dans les bonus du DVD, le réalisateur américain
balaie d’une main la propagande du scénario
pour s’attacher uniquement au génie visuel
des deux russes. Ainsi, le mythique plan de l’hôtel
qui voit une caméra de l’époque (plusieurs
dizaine de kilos au bas mot) littéralement léviter.
Où est le caméraman ? Comment fait-il ? Où
est le truc ? De truc, il n’y en a tout simplement
pas… Passant avec une rare fluidité d’un
étage à son rez-de-chaussée dans un
même mouvement, puis, toujours sans cut, plongeant
dans une piscine, Urusevsky anticipe avec 20 ans d’avance
les délires mouvementés d’un Sam Raimi
ou d’un Paul Thomas Anderson (référence
ouverte au plan susnommé dans Boogie Nights).
Plusieurs fois, la caméra fait ainsi preuve d’une
liberté ahurissante, tel ce travelling montant un
étage d’immeuble, traversant une rue puis une
usine à cigare pour mieux redescendre dans la rue
se frotter à la foule dans un même plan éblouissant.
Jouant du contre-jour et du clair obscur comme personne
(les gros plans de visages n’ont rien à envier
au génie portraitiste de Sergei Eisenstein), Urusevsky
compose pour Kalatozov des cadres d’une beauté
qui laisse pantois. Rarement les mots n’auront autant
fait défaut pour décrire l’éclat
brut de ce diamant qu’est Soy Cuba. Face
à de tels travellings, de telles audaces visuelles
(toute démesure écartée, le plan du
paysan besogneux errant dans ses champs en contre-plongée
et contre-jour mérite d’entrer au Panthéon
des plus beaux plans de l’histoire du cinéma),
même Coppola et Scorsese ne pouvaient que s’incliner
: ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’on
retrouve derrière la ressortie de ce film majeur
les deux compères barbus.
A la manière d’un Tarantino avec ses ressorties
coups de coeur, c’est la passion du cinéma
sans idées préconçues qui a poussé
ces deux grands cinéastes à ressortir ce film
sur grand écran, puis sur support numérique.
L’occasion inespérée de posséder
chez soi un des chefs d’œuvre du cinéma
Russe… un des plus grands films de l’histoire
du cinéma.
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Image
: Quel superbe écrin ! Grâce à une copie
restaurée de toute beâââââuté,
Soy Cuba bénéficie d’une sortie
numérique à la hauteur de l’événement.
Totalement nettoyé, le master est irréprochable
(les esprits chagrins remarqueront bien deux ou trois plans
un peu abîmés, mais ce serait chercher la petite
bête au milieu d’une si belle restauration)
et offre un contraste éblouissant qui rend parfaitement
hommage au travail d’Urusevsky. Noirs profonds, blancs
éclatants : rien à redire, c’est du
très bon boulot d’autant que ce DVD fait oublier
l’honorable Z1 édité par Image Entertainment,
à la surbrillance parfois gênante. Que ce soit
en matière de contraste, de copie, ou de compression,
victoire aux points incontestable du Z2 !
A noter toutefois un changement de couche dommageable, en
plein cœur de plan. Quant aux menus, la charte graphique
habituelle des DVDs Mk2 est à l’honneur : typos
imposantes sur extraits de films. L’on aime ou pas
(option 1 en ce qui me concerne), mais ces menus ont l’avantage
d’être simple et efficaces.
Son : Là encore, le Z2 MK2 Editions
remporte la palme haut la main. Fini le pénible chevauchement
des dialogues cubains traduits en russes à même
la bande-son que l’on retrouvait sur le DVD américain
(et sur les copies cinéma qui circulaient jusqu’ici
en France, à la Cinémathèque notamment)
: voici venir la vraie version originelle : dialogues espagnols
uniquement, et sous-titres français. Plus clair que
sur le Z1, le son mono est à l’image de la
copie : impeccable !
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Préface
par Samuel Blumenfeld (5'15"). Courte mais
très complète introduction de Samuel Blumenfeld,
qu’on retrouve sur le second DVD de bonus. Sur quelques
photogrammes fixes du film, le journaliste rend hommage
à l’équipe du film (Ievtouchenko,
scénariste ; Urusevsky, directeur photo ; Kalatozov,
réalisateur) et à cette œuvre épique
et libre dans le cadre engoncé du film de propagande.
Où l’on apprend que l’échec
du film ne sera pas sans influences sur la cinématographie
russe, mondiale et sur la vie de Kalatozov.
Analyse de séquences par Samuel
Blumenfeld (15'15"). Le mythique plan-séquence
de la fête, l’enterrement de l’étudiant
et la fin ("Soy Fidel") : trois séances
parmi les plus fameuses de Soy Cuba analysées par
Samuel Blumenfeld, l’auteur respecté du livre
d’entretiens avec Brian de Palma paru il y a deux
ans chez Calmann-Lévy. Multipliant les anecdotes,
le journaliste du Monde rend hommage au travail du chef
op’ (qu’il considère co-auteur du film
à quasi égalité avec Kalatozov),
aux acteurs et surtout au film lui-même. Le commentaire
convoque alors Eisenstein, Paul Thomas Anderson, Kubrick
et l’hédonisme pour rendre hommage à
un film et à un réalisateur qui transgressent
selon lui sans arrêt leur contrat initial de film
de propagande. D’une grande intelligence et lucidité
(Blumenfeld avoue ne pas trop aimer la fin du film), ces
riches minutes confirment le talent du journaliste…
et l’intelligence du film. Du tout bon, au point
que l’on n’en regretterait presque la trop
courte durée de cette analyse.
Interview
de Martin Scorsese (26') : Passionnante interview
de Martin Scorsese (par Richard Shickel) qui dit ici tout
son amour pour ce film découvert à l’époque
du tournage de Casino. Tout comme Blumenfeld, le réalisateur
de Taxi Driver balaie d’un revers de main
la veine propagandiste du film pour en louer ses qualités
cinématographiques propres avec toute l’érudition
dont il est capable. Toujours au coude à coude
dans le match de débit mitraillette qu’il
dispute à Quentin Tarantino, Scorsese raconte donc
sa découverte du film sur 26' passionnantes et
sans prompteur, juste à la passion.
Moins analytique que Blumenfeld, Scorsese lance quelques
pistes techniques (l’utilisation des fltres, du
plan séquence, du décor, de la caméra
portée par rapport à la Steadicam) tout
en pointant la beauté et la singularité
de Soy Cuba. Il multiplie par ailleurs les anecdotes
- l’on apprend ainsi que le chanteur cubain dans
la boite nuit n’est autre que l’ancien chanteur
des Platters - et réussit l’exploit de condenser
en 26' une masse d’informations impressionnante
qui nous console de l’absence de commentaire : comparaison
du style Kalatozov avec ceux de David Lean ou John Ford,
analyse de la politique cinématographique de l’URSS
de l’époque, étude des travellings
du film ("même moi me suis demandé
Mais comment ont-ils fait ?" - quel plus bel
hommage recevoir de la part du créateur de Casino
et Goodfellas ?) sans oublier le message du film.
Erudit, passionnant, passionné : un must !
Soy Cuba le Poème (5'20")
: Petit montage de toutes les séquences où
apparaît le très beau poême qui ponctue
le film. Rien d’éblouissant donc mais une
belle idée permettant d’écouter dans
son intégralité ce superbe texte.
Bande annonce (1'40") : Bande annonce
française du film (un défilant rend la paternité
de la redécouverte du film à Coppola et
Scorsese mais n’oublie pas de citer Marin Karmitz
pour la ressortie française), soit un petit extrait
de la scène du toit agrémenté d’une
citation de Scorsese.
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