Réalisé par John Ford
Avec John Wayne, Maureen O’Hara, Ben Johnson, Claude Jarman Jr
Scénario : James K. Mc Guiness d’après une nouvelle de James Warner Bellah
Musique : Victor Young
Photographie : Bert Glennon
Un film Republic
Usa – 101 mn - 1950


Editions Montparnasse / Atlas
101 mn
Zone 2
Format cinéma : 1.33
Format vidéo : 4/3
Noir et blanc
Langues : Anglais / Français
Sous titres : Français
Mono d’origine
Chapitrage animé


Article sur Imdb.com
Livre : John Ford par Patrick Brion


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1868. Le colonel Yorke
(John Wayne) commande un petit fort au Texas. Son régiment doit faire face aux raids incessants des Apaches qui, après leurs attaques se réfugient de l’autre côté du Rio Grande, au Mexique. La cavalerie nordiste ne pouvant intervenir par suite des traités intergouvernementaux qui interdisent toute poursuite au-delà des frontières, le colonel se trouve dans une impasse. D’autres complications d’ordre familiales et sentimentales vont lui tomber en même temps sur les épaules : l’arrivée de son fils décidé à s’enrôler dans son régiment et de son épouse, avec qui il s’est brouillé durant la guerre de Sécession, déterminée à obtenir la démobilisation de leur rejeton…


L’incontournable western
de Howard Hawks avec les personnages désormais célèbres de John T. Chance, Colorado, Feathers, Dude et Stumpy a bien failli ne jamais s’appeler Rio Bravo puisque ce fût longtemps le titre de tournage de ce troisième volet de la trilogie "cavalerie" de John Ford. En effet le Rio Bravo et le Rio Grande ne sont en fait qu’une seule et même rivière, celle séparant le Mexique du Texas et dont le nom est différent que l’on se trouve d’un côté ou de l’autre de cette frontière naturelle. Anecdote amusante tout comme celle qui est à l’origine de ce western et qui peut aider à faire comprendre pourquoi la réussite artistique des deux précédents volets n’est cette fois-ci pas aussi complète.

En effet, obsédé par ses projets futurs, Ford tente d’amadouer le producteur Herbert J.Yates. Il souhaite l’amener à accepter cette entreprise hasardeuse qui lui tient à cœur, l’adaptation d’un récit de Maurice Walsh intitulé The quiet man qui va donner cette merveilleuse comédie connue en France sous le titre de L’homme tranquille. Quand il reçoit la commande de Rio Grande, il donne son accord sans hésitation, assuré de faire des bénéfices avec ce film. En effet, le western est à cette époque le genre préféré des américains et se vend sans problèmes à travers le monde. Il espère par ce succès annoncé mettre le grand manitou de la Republic dans d’heureuses dispositions afin qu’il puisse le suivre les yeux fermés dans son "rêve irlandais". John Wayne accepte de l’aider en tournant pour seulement un quart du salaire qu’il aurait demandé pour un autre réalisateur. Ford se met donc au travail sans trop d’argent ni de temps, avec plaisir mais sans réelle conviction, ce qui peut expliquer la relative déception du spectateur après La charge héroïque, cette somptueuse merveille.

Imprégné de la même ambiance chaleureuse, rude et humaine que ses prédécesseurs, Rio Grande souffre d’un scénario un peu lâche pourtant inspiré du même James Warner Bellah, chroniqueur de la vie militaire sur les frontières du Sud des USA. Il ne s’agit pas d’une question d’intrigue puisque nous sommes prêts à nous embarquer le sourire aux lèvres pour une "flânerie militaire", mais là où le bat blesse c’est quand en 20 minutes de temps, Ford insère dans le cours du récit pas moins de trois chansons du groupe qu’il vient de découvrir "Sons of the pionner". Ce n’est pas qu’elles soient désagréables à écouter mais elles ont l’air d’être un peu plaquées là pour pallier un manque d’inspiration de Ford et du scénariste à ce moment du script. Il n’en est pas de même de la séquence regroupant Ben Johnson, Harry Carey Jr et Claude Jarman Jr, tous trois chantant sous leurs tentes avant de dormir, séquence magnifique par cette impression qu’on a à cet instant de surprendre les protagonistes hors plateau : une scène d’un naturel confondant qui prouve le bonheur qu’on du éprouver les acteurs sur le tournage, l’un de ses instants magiques que l’on doit au seul génie de Ford.

Génie de Ford qui est présent à de nombreuses autres reprises comme dans cette scène initiale, l’une des plus belles de sa filmographie, dans laquelle on voit la patrouille de retour au camp avec son contingent de soldats fourbus ou blessés. Rarement, nous avons ressenti avec autant de force et de compassion la douleur et l’épuisement qui suit une bataille dans cette séquence remarquablement filmée et photographiée, où la science du cadrage de Ford est toujours aussi perfectionniste. Dureté de la vie militaire que le cinéaste va ensuite se charger de prendre à contre-pied en dépeignant une atmosphère plus picaresque ou bon enfant pour que le spectateur de l’époque s’y retrouve. Les thèmes fordiens sont heureusement bien présents : le cinéaste exprime encore une fois avec sensibilité ses sentiments et ses croyances. Ce western raconte entre autre l’antagonisme que peut provoquer les choix à faire entre la famille et l’armée, la vie privée et le métier, l’amour et l’orgueil, en définitive le cœur et la tête. Evidemment, tout ceci finira en happy end alors que la fin initiale prévoyait la mutation à Londres du colonel pour indiscipline. La bravoure et l’héroïsme auront raison de toutes les rivalités et tout rentrera dans l’ordre. Un peu de sensiblerie mais relevée par toutes ces petites notations très émouvantes sur l‘amitié ou l’amour filial et qui passent la plupart du temps uniquement par les gestes et les regards : John Wayne s’était fait une spécialité de ce genre de scènes et il s’en donne à cœur joie sans cabotinage intempestif et pour notre plus grand plaisir.

Les autres acteurs qui composent cette galerie de soldats que dirige le Duke sont ceux que l’on a nommés "La compagnie du matériel roulant de Ford", à savoir en plus de Harry Carey Jr, Ben Johnson et Chill Wills, l’inénarrable Victor McLaglen dans le rôle du sergent "bourru au grand cœur". Le fils est interprété avec beaucoup de modestie et de sensibilité par le héros de Jody et le faon, Claude Jarman Jr. Mais, ce film tient une grande place dans nos souvenirs pour avoir été le premier à réunir le couple Maureen O’Hara / John Wayne. En parfaite osmose, les deux acteurs forment un magnifique duo et Ford les fera tourner ensemble à trois autres reprises toujours avec le même bonheur.

En dehors d’un scénario moyennement bien écrit, parmi les autres points négatifs qui plombent un peu le film, nous ne pouvons que constater le manque de moyens évident dans ces longues scènes de batailles filmées en une nuit américaine grisâtre qui nous empêche d’être vraiment concerné. Ces scènes censées se dérouler en pleine nuit, respirent le soleil torride qui devait régner à ce moment là et nous n’y croyons qu’à moitié ! Le final qui voit la charge pour délivrer les femmes et les enfants paraît complètement bâclée : elle a été réglée en une seule journée et l’on sent très bien le manque flagrant de motivation du réalisateur.

Un Ford mineur mais qui va maintenant nous permettre de tordre le coup à ce cliché tenace d’un John Ford réactionnaire et raciste. Ce film, tout comme La chevauché fantastique, a contribué pour beaucoup à cette réputation peu flatteuse. Bêtises ! A aucun moment dans le film qui nous concerne, nous voyons un indien sanguinaire ou grimaçant. De plus certains indiens font partie du régiment du colonel Yorke. Le raid final n’est pas lancé par esprit de vengeance mais pour délivrer femmes et enfants qu’une tribu de pillards indiens avait enlevés. En 1968, lors de sa reprise sur les écrans français, Bertrand Tavernier annonce : "Film raciste a-t-on dit, appliquant un peu hâtivement un jugement moral sur un état de fait historique. Cela étonnera quelques journalistes français mais il y eut aussi des indiens pillards et cruels. Montrer cela n’est pas faire œuvre de raciste." D’autre part John Ford est très clair et sincère sur le sujet, lui qui a été fait membre d’honneur de la tribu des Navajo : "Les Indiens ont toujours été près de mon cœur. Il est vrai que dans les westerns on ne leur a pas toujours rendu justice mais il ne faut pas généraliser. L’Indien n’aime pas l’homme blanc et il n’est pas diplomate. Nous étions ennemis et nous nous combattions. Ces combats sont la base même de l’histoire du far West. Il y a toujours eu entre eux et nous des préjugés et des malentendus et il y en aura toujours." Si dans le cours de Rio Grande, nous assistons à tant d’indiens décimés lors des différents combats, c’était dans un but purement prosaïque. La famine menaçant la tribu des Navajo, Ford se penche lui-même sur le scénario afin d’augmenter le nombre de scènes où ils devaient apparaître : plus on massacrait d’indiens, plus ceux-ci pouvaient comptabiliser de jours de tournage et être ainsi mieux payés. Il nous semblait utile de faire le point sur ces attaques injustifiées avant d’en terminer.

Même si ce film clôt la trilogie consacrée à la cavalerie, il retrouvera les "tuniques bleues" à la fin de la décennie suivante à travers deux films : l’intéressant mais à moitié réussie Le sergent noir et le très sympathique Les cavaliers dans lequel officie de nouveau John Wayne.

Image : Quelle belle copie que celle qui nous est offerte sur ce DVD. La photo très contrastée de Bert Glennon est admirablement restituée ici dans un master d’une propreté étonnante : il faut être vraiment très attentif pour repérer les points blancs et autres griffures. La définition est parfaite et le contour des personnages a l’air d’avoir fait preuve d’une attention toute particulière de la part d l’éditeur. Cependant, le film est parfois perturbé par un arrière fond granuleux, fourmillant et les véritables scènes de nuit, dont les noirs sont très profonds, souffrent d’une compression aléatoire et de quelques problèmes de brillance. On peut même constater dans la scène pugilat, un phénomène de rémanence des mouvements dûs à ces problèmes de compression. De petits détails qui ne peuvent altérer en rien le plaisir procuré par la beauté de la copie.

Son : Concernant le doublage, la version française est assez réussie mais la bande son souffre d’un souffle quasi constant assez pénible à la longue. Mais comme seule la version originale nous intéresse, nous sommes ravis pour celle-ci de bénéficier d’un son clair et sans heurts malgré le résonnement de certains dialogues dans des scènes extérieures certainement plus dû au film lui-même qu’au DVD. La musique entraînante de Victor Young ressort parfaitement et de beaux sous titres très discrets viennent ajouter un plus à l’une des plus belles réussites techniques des Editions Montparnasse.





A signaler
, comme souvent dans les DVD de cet éditeur, la bonne idée d’insérer sur le côté droit du menu une pellicule dévoilant des extraits du film mais aucuns bonus pas même la bande annonce.



En DVD zone 2, la trilogie "cavalerie" de John Ford bénéficie donc de deux réussites techniques exemplaires si on ajoute celle, splendide, de La charge héroïque. Dommage que l’éditeur nous propose aussi le premier volet Le massacre de Fort Apache dans une copie à peine regardable : le sans faute nous aurait fait bien plaisir !


Un film chroniqué par Jeremy Fox