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La poursuite infernale
My darling Clementine
Réalisé par John Ford
Ecrit par Samuel G. Engel et Winston
Miller, d’après l’histoire de Sam Hellman et
Stuart N. Lake
Avec Henry Fonda, Victor mature, Linda
Darnell, Ward Bond
Musique Cyril Mockridge, David Buttolph
Photographie Joe MacDonald
Une production Samuel G. Engel (20th
Century Fox)
USA
96 minutes
20th Century Fox
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96
minutes
Zone 1
Format cinématographique d’origine
respecté
Langues : anglais, espagnol, français
Sous-titres : anglais, espagnol
Chapitrage et menu
fixes |


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Après
le meurtre de son frère cadet, Wyatt Earp (Henry Fonda),
anciennement shérif de Dodge City, endosse à
nouveau cette fonction à Tombstone. Si l’identité
des coupables ne fait pas de doute (les sinistres Clanton),
le défaut de preuves oblige à la passivité
et les frères Earp s’intègrent dans la
communauté. Doc Holliday (Victor Mature), régnant
jusque là en maître sur la ville, et la charmante
Clementine Carter (Cathy Downs) font leur apparition tandis
que l’inéluctable affrontement d’O.K. Corral
se prépare… |
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Tourné sept années après
la Chevauchée fantastique, le premier western
de son réalisateur tourné dans la Monument
Valley, La Poursuite infernale marque un approfondissement
conséquent du langage de John Ford, qui entre certainement
dans sa pleine maturité stylistique avec ce film.
Il faudra attendre La Prisonnière du désert,
près de dix années plus tard, pour que Ford
se surpasse encore et livre son sommet esthétique.
Approfondissement ne signifie pas renoncement et l’univers
que le réalisateur avait dessiné dès
ses premières œuvres se retrouve pleinement.
Wyatt Earp ressemble beaucoup au Lincon que composait déjà
Henry Fonda dans Vers sa destinée (1939)
: un personnage solitaire s’intègre dans une
communauté afin de lui apporter les bases nécessaires
à sa construction, bases constituées dans
les deux cas par l’instauration d’une véritable
Justice écartant la totale anarchie propre à
l’homme livré à lui même.
Henry Fonda retrouve d’ailleurs dans son interprétation
toute la sereine distance nécessaire à caractériser
la hauteur de vue du shérif par rapport aux divers
événements auquel il assiste. Et comme Lincoln,
il se montre maladroit dans les actes élémentaires
de la vie sociale, en l’occurrence lorsqu’il
doit faire danser une jeune femme lors de quelque solennité.
La communauté "fordienne" est composée
comme à l’accoutumée de personnages
hauts en couleur se complétant plus ou moins harmonieusement.
La description de ces caractères demeure ici à
l’état d’esquisse là où
dans d’autres œuvres le réalisateur n’hésitera
pas à pousser le burlesque jusqu’à la
caricature nuisant à la cohérence interne
de l’œuvre (le convoi des braves, par exemple).
Ici,
l’humour n’est apposé que par touches
: le cri que pousse la femme lorsque Wyatt Earp entre dans
sa chambre d’hôtel afin de déloger l’indien
saoul, l’hystérie collective des mêmes
femmes lors de la représentation théâtrale
tant attendue…
Les personnages féminins principaux sont d’ailleurs
d’une densité moindre que celle de leurs partenaires
masculins. Tant l’effacée Clementine que la
plus affirmée Chihuahua ne constituent au premier
chef que des prétextes pour valoriser les hommes
qu’elles côtoient.
Cette sobriété bienvenue se retrouve dans
l’usage fait de la musique dont l’emploi abusif
constitue l’autre grand péché mignon
de Ford, qui n’hésite que rarement à
plaquer une pure musique de compositeur de studio sur des
images qui seraient tout à fait capables de mener
une existence individuelle sans cet ajout.
Dans La Poursuite infernale, Ford privilégie
au contraire les sons naturels comme moteur de l’action.
Lors de la séquence d’introduction, Walter
Brennan propose vainement de racheter son troupeau à
Fonda. Excédé il donne un coup de fouet aux
chevaux menant sa carriole et c’est à cet instant
précis qu’une coupe franche mène au
plan suivant montrant Fonda de dos s’éloignant
rejoindre ses frères. De la même manière
au moment où l’affrontement final est sur le
point de se déclencher à OK Corral, Fonda
s’avance lentement vers les Clanton qui sont présentés
de face, une diligence traverse la scène à
toute allure au moment où le héros émet
sa laconique sentence "And I’m gonna kill
you". C’est précisément lors
de ces propos que la scène est présentée
d’un point de vue opposé, un des frères
Clanton étant présenté de dos tandis
que Fonda apparaît à l’arrière
plan par l’entremise de la profondeur de champ. Le
procédé peut paraître élémentaire
mais il demeure très efficace dans l’optique
du mythe dans laquelle se place le réalisateur. Ce
sont les actions les plus simples (faire avancer sa carriole,
énoncer une phrase) qui dictent la grammaire cinématographique.
Dans les deux exemples cités, Fonda sort grandi puisqu’il
se trouve cadré par un plan d’ensemble et apparaît
au fond du décor comme la figure légendaire
qu’il est.
Ces
exemples tirés de l’usage fait de la musique
doivent être étendus à ce qui constitue
la qualité première de l’œuvre
entière. Le réalisateur n’a en effet
de cesse de marquer le film sous le sceau de la contemplation,
qui touche au premier chef, et de manière apparemment
paradoxale, les moments de pure action. Ainsi par exemple
les deux scènes de course-poursuite les plus significatives
du film.
La première montre Doc Holliday quitter précipitamment
Tombstone, dans laquelle le shérif s’emploie
de l’y ramener au plus vite. Nous voyons ce dernier
quitter un relais avec de fraîches montures en un
beau plan d’ensemble laissant se profiler au loin
Monument Valley surplombé par un ciel serein rempli
de nuages pommelés. La course à proprement
parler est immédiatement représentée
par deux plans plus rapprochés. Dans les deux cas,
Fonda entre dans le champ de dos tandis que la caméra
demeure fixe et imperturbable : l’acteur s’éloigne
tel un bolide pour s’enfoncer dans le toujours superbe
paysage.
Ford refuse tout mouvement d’appareil et ne privilégie
par conséquent pas la sensation physique procurée
par la vitesse du cavalier. Il préfère annoncer
son sujet (la course) par un plan de grand ensemble (le
relais, Fonda et un panorama de Monument Valley) avant d’effectuer
deux petites variations sur ce paysage et le cavalier s’y
trouvant (les deux plans successifs de Fonda rentrant en
amorce du plan). Seule l’idée du mouvement
est figurée car la caméra ne fait que se placer
à deux endroits successifs afin de cadrer le personnage
alors que rien n’est vu du déplacement du dispositif
filmique. La beauté intrinsèque du sujet est
préférée à l’action immédiate
qui n’est figurée que par la fuite du cheval
de l’avant vers l’arrière plan grâce
à la profondeur de champ. Le même paysage vu
sous plusieurs angles afin d’en épuiser la
riche variété, une figure dont l’échelle
s’amenuise poétiquement au fil de sa course
constituent autant d’idées aussi poétiques
qu’efficaces sur un pur plan dramatique. La présentation
du paysage en lui même crée des échos
singuliers dans la conscience du spectateur : majesté
dépouillée, loin de toutes préoccupations
métaphysiques que nous trouverons dans La Prisonnière
du désert.
Le lyrisme paisible présent par exemple dans les
westerns d’Anthony Mann est par contre également
absent de ces images en raison peut-être de l’ajout
d’une aura mystérieuse intimidant davantage
le spectateur que ne le voulait Mann, qui ne cherchait qu’à
créer un pur bonheur plastique.
La seconde scène comparable à la présente
est celle de la poursuite de Billy Clanton par un des frères
Earp après le meurtre de Chihuahua. Il n’y
a cette fois pas d’effet d’annonce de variations
par un plan général de la scène. Nous
sommes directement en plein désert et un montage
alterne entre plans large pris d’un point de vue opposé.
En premier lieu, Earp, tout d’abord figure lointaine,
galope en direction de la caméra pour prendre plus
de consistance au fur et à mesure de son approche.
Au moment où il sort du champ, Ford effectue une
coupe franche et use à nouveau du personnage comme
amorce du plan : Earp fuie vers le lointain. Nouvelle coupe
franche avec cette fois Clanton en amorce du plan.
Nous conservons l’idée de variation sur un
thème avec cette nuance que cette fois Ford use dès
le départ de majestueux plans de grand ensemble comme
base poétique. Le réalisateur conjugue beauté
intrinsèque des lieux et intensité de l’action,
cette dernière s’imposant comme d’elle
même sans recours à force artifices de mise
en scène.
Ford cherche systématiquement non pas à transcender
la réalité quotidienne mais au contraire à
servir sa véritable nature qui n’est que noblesse.
Il n’est dès lors pas étonnant que son
langage prenne pour appui des petits riens de l’action
pour construire sa mise en images.
L’aboutissement de ces recherches plastiques est peut-être
constitué par ce plan de Walter Brennan à
OK Corral au lever du soleil. En quelques secondes nous
voyons un gros plan de visage encore dans la pénombre
s’animer doucement. Le père Clanton émerge
du sommeil et redresse lentement la tête. Cette action,
qui en est à peine une par sa banalité, est
accompagnée par le lever du soleil. En quelques secondes
Ford nous montre un lever du jour en soulignant la symbiose
unissant l’homme et la nature. Utiliser
un tel plan pour annoncer le duel relève d’une
grande audace tout en participant pleinement du monde "fordien"
caractérisé par un refus de l’effet
au bénéfice du dépouillement formel.
L’impact d’une telle image est d’autant
plus fort que sa teneur dramatique est quasiment nulle.
Ford abolit l’espace/ temps de l’action au profit
d’un espace/ temps de la contemplation.
Le dépouillement de cette image se retrouve par ailleurs
dans d’autres moments où un seul objet, relégué
au rang de signe quasiment abstrait, se pare néanmoins
d’une pointe de mélancolie. Ainsi de ce mouchoir
abandonné par Doc Holliday sur la barricade avant
de joncher le sol, mortellement blessé, la caméra
s’attardant quelques instants sur le tissu virevoltant
au gré du vent. Tels moments possèdent une
double signification esthétique et morale. Ce mouchoir
blanc, c’est la pureté qui demeurera à
jamais hors de portée de Doc. Médecin capable
de réciter Hamlet, il n’en est pas moins un
assassin ayant revêtu l’habit de la civilisation,
lui dont la trace peut être suivie de cimetière
en cimetière, Tombstone, sa dernière ville
de séjour, contenant d’ailleurs le plus vaste
de tout l’ouest. De la même manière au
début du film la curieuse insistance de la caméra
sur James Earp, au moment du départ de ses frères
pour la ville, revêt d’autant plus d’importance
qu’il ne sera plus jamais visible, les Clanton étant
sur le point de le supprimer. Dans les deux cas de figure,
ces longues images apparaissent comme de délicats
et touchants adieux à la vie.
(4) Autre type de manifestation formelle contribuant à
instaurer l’atmosphère solennelle du film,
la gestion des cadrages. Il y a bien entendu la contre-plongée
grandissant le héros : Wyatt Earp lors du duel de
Tombstone, venant de loin pour emplir finalement tout le
champ de la caméra. Mais Ford sait également
user de l’angle plat pour figurer les duels purement
psychologiques entre les personnages antagonistes du film.
Après avoir accepté la place de shérif,
Wyatt Earp pénètre dans le saloon où
se trouvent les Clanton. S’ensuit une série
de gros plans alternant entre les différents membres
du clan et le shérif, tout seul mais dont l’invulnérabilité
ne fait pas de doute lorsqu’il décline son
identité en voix off à un Clanton quelque
peu décomposé. La plongée enfin sert
à décrire comme souvent l’écrasement
par les forces du destin mais également la résolution
implacable naissante : plan des trois frères Earp
sous la pluie battante autour de leur frère cadet
assassiné. Leurs
visages demeurent dans l’obscurité, seuls leurs
chapeaux coiffant des têtes immobiles sont visibles.
Par l’emploi de ces différentes figures de
style (longs plans fixes, paysages filmés pour eux
même avant qu’y soient intégrés
les personnages, montage privilégié par rapport
aux mouvements d’appareil, angles de cadrage), Ford
sait conférer la dimension "bigger than life"
à son récit et atteint pleinement ce qui était
de toute évidence le premier but recherché.
Une réussite que John Sturges ne pourra prétendre
renouveler avec pareil bonheur dans son célèbre
remake réalisé en 1957, Règlement
de comptes à O.K. Corral.
Cette chronique de l’Ouest
est dédiée à James, éternel
cow-boy.
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 L’ image
présentée dans cette édition constitue
peut-être une sorte d’idéal prisée
par les puristes. Les défauts de pellicule sont quasiment
absents, l’image est précise, les noirs sont
profonds, la granulation, certes présente, ne se
fait guère remarquer. Les éclairages ciselés
par le réalisateur et son chef opérateur ressortent
magnifiquement, ce dont témoigne le fameux plan du
père Clanton s’éveillant avec les premiers
rayons solaires. Et ce résultat est obtenue sans
violer l’intégrité du matériau
utilisé puisqu’il n’y a pas aseptisation
de l’image à force d’expurger tous les
éventuels petits défauts. En somme une copie
qui satisfera le plus grand nombre, une controverse semblable
à celle qu’a fait naître le seconde édition
de Casablanca n’ayant pas lieu d’être.
La version alternative (cf. bonus) présente les mêmes
qualités.
Côté son, nous avons le choix
entre une piste anglaise monophonique ou stéréophonique
tandis que la piste française est uniquement disponible
en mono. Compte tenu de l’âge du film, saluons
là aussi la clarté et la précision
du son sans qu’un souffle se fasse entendre.
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Le
bonus le plus conséquent est la présentation
du film dans le premier montage envisagé.
Certes les différences ne sont pas innombrables
mais il est intéressant de noter les options finalement
retenues pour améliorer le résultat. Ainsi
du comportement de Wyatt Earp lors de ses adieux à
Clementine : il lui serre maladroitement la main dans
la première version alors qu’il ose lui donner
un baiser sur le front dans la version qui s’est
imposée.
Les deux autres bonus sont constitués par un commentaire
audio de Wyatt Earp III et d’un documentaire
comparant les deux versions existantes du film.
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