
Réalisateur
: Jean-Pierre Melville
Avec : Nicole Stéphane, Edouard
Dermithe, René Cosima, Jacques Bernard, Melvyn Martin, Roger
Guillard
Scénario : Jean Cocteau d’après
son roman
Musique : Concerto en la mineur pour
orchestre à cordes de Vivaldi et Concerto pour pianos en la
mineur de Jean-Sébastien Bach
Directeur de la photo : Henri Decae
France – 1950 – 100’ |

Opening
Zone 2
Noir et Blanc
Format cinéma : 1.37
Format vidéo : 4/3
Langues : français en mono 2.0
Sous-titres : aucun |


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Chroniqués
par DvdClassik :
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Paul
et Elisabeth, deux adolescents vivants chez leur
mère mourante, sont frère et sœur et entretiennent
des rapports singuliers. Inséparables, ils vivent dans
la même chambre et passent leur temps à s’invectiver
et à jouer à des jeux insolites et provocateurs.
Après une blessure occasionnée lors d’une
bataille de boules de neige dans son lycée, Paul doit
rester alité sous la protection de sa sœur. Cette
cohabitation troublante se poursuit après le decès
de leur mère et le mariage de Elisabeth avec un jeune
et riche homme d’affaires au destin funeste. Viennent
les rejoindre dans la grande demeure héritée
de feu son mari, Gérard, le meilleur ami de Paul, et
Agathe, rencontrée dans une agence de mannequins. Quand
Elisabeth apprend que Agathe et Paul sont amoureux l’un
de l’autre et souffrent en silence, la relation fraternelle
vire au psychodrame. |
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Les
amateurs du cinéma de Jean-Pierre Melville
risquent fort d’être déstabilisés
à la vision de ce film étrange qui doit autant,
sinon plus, à Jean Cocteau qu’au réalisateur
du Samouraï. Il serait donc judicieux de mettre
un temps de côté les films policier de Melville,
qui ont fait sa renommée, avant de se pencher sur
ces Enfants terribles et de se livrer à
des comparaisons farfelues. C’est Jean Cocteau, pris
par la préparation de son Orphée
et admiratif du Silence de la mer (1948), premier
film du cinéaste, qui fit appel à ce dernier
pour adapter à l’écran son propre roman
paru en 1929. Cette collaboration ne se passa pas sans heurts,
comme semble le démontrer le résultat mitigé
de ce travail en commun. Cela dit, l’honnêteté
m’enjoint à avouer d’entrée ma
déception relative devant ce film, pourtant intéressant
à plus d’un titre, d’autant plus que
Jean-Pierre Melville reste l’un des mes cinéastes
favoris (de même que l’œuvre de Cocteau
est chère à mes yeux, notamment son chef-d’œuvre
La Belle et la Bête).
Les relations furent donc plutôt
tendues entre Jean Cocteau et Jean-Pierre Melville. Par
exemple, l’écrivain imposa l’acteur principal
au réalisateur qui le trouvait trop âgé
et physiquement inadapté pour le rôle de Paul.
De même, Melville dut se battre contre l’avis
de Cocteau pour confier le rôle de Elisabeth à
Nicole Stéphane. La musique fut aussi un point d’achoppement,
et Melville eut le dernier mot en optant pour deux compositions
classiques (les concertos de Bach et Vivaldi), un choix
qui se révéla d’abord fort judicieux
pour souligner le caractère obsessionnel du récit,
et surtout précurseur en la matière. Le tournage
lui-même fut également mouvementé. Il
est probable que l’une des conséquences malheureuses
de ce conflit larvé soit le jeu passablement figé
et légèrement caricatural des comédiens
en général. Les dialogues très écrits
et un rien sentencieux de Cocteau entrent également
en ligne de compte et risquent aujourd’hui de faire
sortir plus d’un spectateur du film. Car il faut aimer
la voix et le phrasé de Cocteau (c’est bien
lui qui interprète la voix off) et l’emphase
qui la caractérise souvent pour goûter à
la poésie de l’écrivain.
"Le
meilleur roman de Jean Cocteau est devenu le meilleur film
de Jean-Pierre Melville". Cette citation de François
Truffaut a beaucoup fait pour la reconnaissance critique
des Enfants terribles. Melville fut justement célébré
par les jeunes trublions de la Nouvelle Vague qui en firent
avec raison l’un de leurs influences majeures. Mais
il est permis de ne pas être d’accord avec Truffaut,
même si l’on comprend bien la résonance
qu’a pu avoir ce film pour l’auteur des 400
coups. A ce titre, l’utilisation de la musique
classique couplée à la voix off élégante
et révélatrice des sentiments intérieurs
des personnages a du fortement marquer son esprit puisqu’on
la retrouvera plus tard dans ses propres œuvres. La
bataille de boules de neige se déroulant au lycée,
scène qui ouvre Les enfants terribles, et
son traitement (musique et montage) ont également,
et sans aucun doute, influencé François Truffaut.
Mais avec le recul, et au vu de la carrière de Melville,
on peut se demander en quoi ce film serait supérieur
au Deuxième souffle (1966), au Samouraï
(1967), à L’armée des ombres
(1969) ou au Cercle rouge (1970). Jean-Pierre Melville
restera avant tout comme un créateur de formes, secret
et méticuleux, dont l’art touche finement à
l’abstraction, et dont la mise en scène révolutionna
totalement le traitement du film policier et ses personnages.
Il
n’en reste pas moins que Les enfants terribles
apporte son lot de surprises et de richesses. Cocteau et
Melville livrent une œuvre hallucinatoire mettant en
opposition deux êtres qui se livrent à des
jeux obsessionnels et pervers, et parviennent à établir
par ce biais une relation d’amour/haine. Une relation
étrange et licencieuse qui, progressivement, contamine
tous les personnages qui gravitent autour d’eux. Jusqu’à
un final destructeur dont on ressent l’inéluctabilité
dès qu’on commence à entrevoir les ressorts
psychologiques de ces deux êtres. Melville met en
scène un dérangeant spectacle de l’intimité,
par moment sulfureux, dans la chambre à coucher qui
sert de repaire pour Elisabeth et Paul, en ayant souvent
recours à des cadrages rendant compte de l’isolement
et de la promiscuité entre le frère et la
sœur. Un spectacle souligné aussi par la voix
off déclamatoire, compassée et un brin tautologique
de Jean Cocteau. Les deux personnages que sont Gérard
et Agathe, dès qu’ils pénètrent
dans cet antre maudit, sont à la merci des du couple
et sont la proie de leur petits manèges. Pour Paul
et surtout Elisabeth, tout se réduit à un
jeu. Ils jouent avec les conventions familiales et sociales,
mais dans un pur souci de gratuité, et se livrent
ainsi à un simulacre de vie qui inscrit l’œuvre
dans la tragédie.
La
réalisation de Jean-Pierre Melville a recours a des
angles parfois insolites, des recadrages signifiants et
quelques mouvements de caméra portée inquisiteurs
pour mettre en évidence l’intimité froide
et pathologique entre ces deux jeunes adultes, ainsi que
l’atmosphère glaciale qui baigne les décors.
La lumière de Henri Decae, un directeur de la photographie
qui joua un grand rôle dans les innovations amenées
par la Nouvelle Vague, participe de cette étrangeté
visuelle en jouant sur l’équilibre entre les
clairs-obscurs et la dureté de l’éclairage,
et sur la perspective des décors intérieurs.
Le revers de la médaille de ce système figé
dans cette description cauchemardesque d’une réalité
faussée par ses principaux protagonistes est une
certaine théâtralité qui peut devenir
pesante quand tous ses principaux éléments
caractéristiques (voix off, dialogues, interprétation)
fonctionnent à plein régime. Le travail de
Jean Cocteau est certainement à l’origine de
ce sentiment, mais on retrouve parfois la grâce et
la fantaisie qui dépeignent son œuvre comme
lors de la séquence du rêve de Elisabeth, ou
celle des dialogues s’effectuant par le truchement
de la pensée qui témoignent du lien étroit
et quasi "fusionnel" entre le frère et
la sœur. La blondeur lumineuse des deux personnages
ne laissent aucun doute sur la paternité réelle
des Enfants terribles.
Les accusations d’inceste proférées
par l’Eglise Catholique lors de la sortie du film
démontrent que le spectacle proposé reste
d’une audace sans pareille pour l’époque.
Le désordre psychique mis à l’œuvre
dans cette tragi-comédie aux accents baroques et
le jeu intense et parfois déstabilisant de Nicole
Stéphane finissent par emporter le morceau malgré
les réserves qu’on peut émettre devant
l’artificialité de ce spectacle à la
fois tourmenté et empesé, audacieux et monocorde.
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Image
: Malgré l’appréhension qui nous saisit
à la vison du logo sale et bruité de la compagnie
de production de Jean-Pierre Melville, le master proposé
est propre (on notera quelques rayures et de rares points
blancs). Un grain cinéma appréciable et des
contrastes bien gérés sont également
à mettre au crédit de ce transfert. Cependant,
la définition n’est pas optimale et se révèle
aléatoire. Mais c’est du côté
de la compression que le bât blesse. Un léger
voile granuleux est présent pendant toute la durée
du film, dû à une compression numérique
qui reste donc visible (la gêne occasionnée
varie selon les scènes).
Son : La piste sonore mono 2.0 est plutôt
claire, les voix et les quelques ambiances sont bien rendues.
Elle présente cependant un souffle continu, et a
tendance à saturer légèrement quand
la musique s’emballe.
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La
villa Santo Sospir (66’45 - N&B
et couleurs)
Documentaire assez particulier et orginal signé Jean
Cocteau (on remarquera le nom de Frédéric
Rossif au générique) en 16mm. Nous voici devant
un petit OVNI de 36’ où Cocteau filme la villa
de Mme Weisweiller, décorée par ses soins
à St-Jean-Cap-Ferat. Bercé par une musique
de Vivaldi et la voix-off du cinéaste-poête,
ce petit film nous dévoile et nous fait découvrir
avec minutie l’œuvre murale de Cocteau "décorateur",
et ce non sans poésie. Peut-être un peu long
et lancinant pour les profanes, mais un document qui plaira
indéniablement aux amateurs par sa richesse picturale.
Sans oublier cette très belle phrase d’ouverture
: "Etre poête c’est confier publiquement
ses secrets". A noter un son assez sourd sur tout
le film.
Autoportrait de Jean Cocteau
(66’45 - N&B et couleurs)
La belle époque de la culture à la télévision.
Une époque où France 2 s’appelait
Antenne 2 et osait encore programmer à 20.30 des
documentaires tels que celui-ci : un portrait de Cocteau
par lui-même. Revers de la médaille, cette
forme de documentaire a pris un peu la poussière,
et accuse aujourd’hui sérieusement le coup
face aux bonus de notre époque. C’est en
même temps tout ce qui fait le charme de ce petit
film d’une bonne heure, où Cocteau s’adresse
à la caméra d’un ton docte, mais passionnant
pour tout fan qui se respecte. Multipliant les anecdotes
sur ses fréquentations (Satie, Nijinkinski, Stravinski,
Renoir…), le poête revient longuement et précisément
sur ses influences - notamment la rencontre capitale de
sa vie : Picasso. Cocteau dit d’ailleurs joliment
de lui "il m’a appris à courir plus
vite que la beauté". Enchaînant
sur sa propre carrière, Cocteau revient ensuite
longuement sur les scandales qui ont émaillé
sa carrière, sur sa manière de travailler
et ses plus grandes collaborations, avec notamment Daniel
Gélin et évidemment Jean Marais. Daté,
mais merveilleusement suranné (même si l’image
accuse elle aussi les ans) et surtout très exhaustif,
ce document vaut largement le coup d’œil. Ne
serait-ce que pour le plaisir d’entendre ce grand
artiste disserter avec tant de plaisir.
Autour de Jean Cocteau
(16’40)
Interview récente de Diminique Païni sur la
relation de travail entre Melville et Cocteau, et ce film
"mystérieux" qu’est Les Enfants
Terribles. Dialoguant de la paternité du film
(Cocteau ? Melville ?), l’historien du cinéma
et le journaliste ouvrent de nouvelles perspectives quant
au film, lui trouvant des filiations chez Ruiz ou Lynch
et cherchent à faire la part des choses quant aux
relations de Melville avec l’auteur du Testament
d’Orphée. S’ensuit une interview
de Jean Narboni, qui s’attaque au même sujet
dans le même décor et avec la même
réponse que Païni. Alors, Les Enfants
Terribles, film de Cocteau ou de Melville ? La réponse
dans ce bonus, très intéressant bien qu’assez
bavard.
Autour du film
(14’15)
Carole Weisweiller, Jacques Bernard (acteur) et Claude
Pinoteau (alors assistant réalisateur) reviennent
sur la genêse des Enfants Terribles via
moult détails. La relation Melville/Cocteau est
à nouveau au centre de ce documentaire qui enquête
lui aussi sur la paternité du film (avec une conclusion
sensiblement identique à celle du précédent
bonus, même si le propos est ici plus nuancé
et ce par des personnes qui furent au cœur même
du tournage). Là encore, un petit module riche
en anecdotes de plateau et très instructif.
Interview Nicole Stéphane
(12’31)
Interview plateau (tirée des archives récentes
de TV5) de Nicole Stéphane, interprète principale
des Enfants Terribles. 50 ans plus tard, l’actrice
revient sur la carrière de Jean Cocteau (plus que
sur la sienne : le sujet de l’interview est bel
et bien Cocteau, alors sujet d’une exposition à
Beaubourg, que l’on aperçoit d’ailleurs
dans le bonus de Dominique Païni, d’ailleurs
directeur de la dite exposition). D’une dizaine
de minutes, l’entretien ne révèle
rien de transcendant, surtout après les bonus précédents,
mais il a le bonus de distiller lui aussi quelques informations
savoureuses entre deux extraits (trop longs) du film.
Film-annonce
(2’50)
Interview d’époque, où une voix-off
légérement aprêtée et didactique
encourage le public à retrouver le célèbre
roman de Cocteau transposé à l’écran.
Le genre de bande-annonce redondante qui fait sourire
aujourd’hui, mais c’est ce qui fait son charme.
Filmographie déroulante
de Jean-Pierre Melville.
Margo Channing pour les bonus.
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