Embrasse-moi Chérie
(Kiss me Kate)
Réalisé par George Sidney
Avec Howard Keel, Ava Gardner, Kathryn Grayson, Ann Miller
Scénario : Dorothy Kingsley d’après une comédie musicale de Cole Porter, Samuel et Bella Spewack tirée de La mégère apprivoisée de Shakespeare
Musique : Cole Porter
Photographie : Charles Rosher (Ansco color)
Metro Goldwin Mayer
USA - 109 mn - 1953



Warner Home Video
109 mn
Zone 1
Format cinéma : 1.33
Format vidéo : 4/3
Langues : Anglais DD 5.1
Sous titres : Français / Anglais / Espagnol


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Scaramouche (Z1)

 

 



Fred Graham (Howard Keel) met en scène une adaptation par Cole Porter de La mégère apprivoisée de William Shakespeare sous forme d’un spectacle musical intitulé Kiss me Kate. Lui-même jouera Petruchio. Pour le rôle féminin principal, Lilli Vanessi (Kathryn Grayson), son ex-femme, accepte la proposition quand elle apprend que sinon le personnage échouera à sa rivale, la maîtresse actuelle de Fred. Malgré les jalousies qui couvent alors au sein du casting, le spectacle se met en place et se déroule au début sans anicroches, les deux ex-époux s’avouant même qu’ils s’aiment encore. Mais après être tombée sur un billet doux de Fred adressé à Loïs, Lilli, sur un coup de tête, décide d’abandonner la représentation en cours de route. Suite à un quiproquo, deux gangsters viennent réclamer à Fred des dettes de jeu signées de son nom ; dettes de jeu en fait contractées par Bill Calhoun (Tommy Rall), joueur invétéré, autre petit ami de Loïs et faisant partie de la distribution. Fred Graham va alors profiter de l’opportunité et inventer un stratagème afin que les deux truands, Lippy (Keenan Wynn) et Slug (James Withmore) retiennent Lilli en scène jusqu’au final. Sur les planches, les deux ex-conjoints vont dès lors utiliser toutes les ressources de leur rôles respectifs pour s’envoyer coups et insultes à la figure. La réalité et le théâtre vont alors s’entremêler pour le plus grand plaisir du public. Comme dans toute bonne comédie musicale qui se respecte, tout finira dans la joie et la bonne humeur !

Ann Miller nous a quitté ce 22 janvier 2004. Quel plus bel hommage pourrait-on rendre aujourd’hui à cette pétillante actrice, danseuse et chanteuse que de la redécouvrir dans ce sommet de la comédie musicale de la MGM ? Ann Miller, ce nom ne vous dit peut-être plus grand chose ? Souvenez-vous pourtant de la jeune Essie Carmichael venant danser sous les yeux éberlués de James Stewart dans le délicieux Vous ne l’emporterez pas avec vous de Frank Capra : c’était elle à 15 ans ! Plus récemment, elle fut aussi inoubliable dans ce diamant noir, étrange et vénéneux qu’était Mulholland Drive de David Lynch. Entre ces quelques 60 années d’écarts, elle joua presque exclusivement dans des comédies musicales, la plus célèbre étant Un jour à New York de Stanley Donen. Mais surtout elle illumina de son sourire, de son dynamisme et de sa bonne humeur ce splendide Kiss me Kate de George Sidney. Si elle n’y tient pas le rôle principal, elle n’en emporte pas moins l’adhésion à chacune de ses rayonnantes apparitions. Sexy comme jamais dans Too darn hot, sublime et athlétique dans ses duos de claquettes et chantés Why can’t you behave et Always True To You In My Fashion avec Tommy Rall, sans oublier le magnifique Tom, Dick or Harry, entourée en plus de Bob Fosse et Bobby Van ; dans tous ces numéros, son sourire éblouissant nous va droit au cœur et nous poursuit encore quelques temps après le The End. Ne serait-ce que pour sa présence inoubliable, ce film mériterait de rester dans les annales mais il ne saurait se limiter au seul talent de l’actrice, bien au contraire.

Après avoir collaboré dix ans auparavant pour Leave It To Me !, Cole Porter et les époux Spewack écrivent Kiss Me, Kate dont la première à Broadway a lieu le 30 décembre 1948. Le spectacle va tenir pas moins de 1070 représentations. C’est un producteur qui en avait eu l’idée dès 1935 en voyant ses vedettes, qui interprétaient La mégère apprivoisée, se disputer autant en privé que les personnages qu’ils incarnaient sur scène tous les soirs. Kiss Me, Kate (qui est en fait la dernière réplique de Petruchio dans la pièce de Shakespeare) avait pour vedettes Alfred Drake et Patricia Morison, après que Mary Martin, Lily Pons et Jeanette MacDonald eurent chacune leur tour refusé le rôle de Lilli. Alors que dans les années 50, Arthur Freed truste quasiment tous les succès du genre en tant que producteur à la MGM, bizarrement, ce n’est pas lui qui sera en charge de l’adaptation cinématographique du spectacle de Broadway mais Jack Cummings qui récidivera l’année suivante avec un autre triomphe, le tonique Les 7 femmes de Barberousse de Stanley Donen, toujours avec Howard Keel. Kiss me Kate sera tourné en Technicolor et en 3-D, mais l’idée de sortir le film en relief fut vite abandonnée. Il en reste pourtant des séquelles, par exemple lorsque Kathryn Grayson, dans son numéro I hate men, lance divers objets face à la caméra ou encore quand Tommy Rall, suspendu à une corde, se dirige directement sur le spectateur dans le numéro Why can’t you behave ? Ces quelques idées de mise en scène, purement pensées dans cet optique de relief, ne nous dérangent aujourd’hui en rien tellement elles sont utilisées sans abus mais au contraire avec une grande parcimonie.

Car n’oublions pas qui se trouve derrière la caméra ! Si le nom de George Sidney est de nos jours moins célébré que ceux de Stanley Donen, George Cukor ou Vincente Minnelli (pour retenir les noms des réalisateurs les plus réputés dans le musical), et si sa filmographie ne peut évidemment pas rivaliser avec les leurs, il mérite néanmoins d’occuper une place de choix dans le panthéon hollywoodien. En effet, il est le metteur en scène de deux des plus beaux films d’aventure de l’histoire du cinéma : Les trois mousquetaires en 1948 avec Gene Kelly, l’adaptation dont Dumas aurait certainement été le plus fier, et Scaramouche en 1952 avec Stewart Granger, pure merveille du genre, film jouissif qui n’a pas fini de faire rêver les futures générations de cinéphiles (voir le test de George Kaplan). D’ailleurs les scènes de combats de ces deux chefs-d’œuvre sont chorégraphiés comme des numéros musicaux d’où notre faible surprise de voir Sidney diriger aussi de nombreux films musicaux dont les plus réussies pourraient être Show Boat (1951) et ce réjouissant Kiss me Kate en 1953. Il serait temps de les hisser au rang qu’ils méritent car bizarrement, même Positif n’en a pas fait cas dans son récent gros dossier consacré à la comédie musicale !

1953, c’est aussi l’année d’une autre pièce maîtresse du genre, The band wagon (Tous en scène) de Vincente Minnelli, film qui possède un point commun avec le film de George Sidney, celui de se conformer à la forme la plus scénique du genre, leurs intrigues tournant toutes deux autour de la préparation puis de la représentation d’un spectacle (spectacle moins présent dans Tous en scène cependant). La comparaison entre les deux œuvres s’avère passionnante. Alors que les "musicals" de Minnelli sont suprêmement élégants, gracieux, raffinés, racés, virtuoses au point que parfois l’on peut parler de fabuleux exercices de style (souvenons nous par exemple du ballet final inégalable de Un américain à Paris, les mouvements de caméra atteignant une perfection qui nous laissaient le souffle coupé), ceux de George Sidney sont au contraire bien plus classiques dans leur forme, malgré un sens du rythme certain, d’une douceur reconnaissable si l’on visionne simultanément Show Boat et Kiss me Kate. Dès la première séquence dans l’appartement de Fred, c’est la sobriété des décors et la délicatesse des costumes qui attire l’œil, ceux de Howard Keel et Kathryn Grayson ; si le technicolor est bien présent et chatoyant à souhait, il se fait moins agressif que dans beaucoup de films de l’époque. La superbe ballade So in love renforce cette ambiance duvetée du début malgré les dialogues piquants qui s’échangent déjà entre les deux ex-époux. L’arrivée de Ann Miller dans son habit de scène rose nous fait l’effet d’une tornade par ce frappant contraste ; une tache de couleur vive fait irruption et c’est le déchaînement de Too darn hot, numéro charnel, piquant et sexy dans lequel la chanteuse nous dévoile sans retenue sa plastique de rêve, bien éloignée des canons actuels de la beauté, Miss Miller étant loin d’être maigrelette mais au contraire bien en chair, ce qui fait aussi tout le charme de cette séquence à fort potentiel érotique. Mais l’entrain de cette scène tient davantage à la chanteuse qu’à George Sidney qui décide de rester en retrait.

Cette scène, comme d’ailleurs le reste du film, se déroule en un espace très restreint et le réalisateur n’opère pas de circonvolutions savantes avec sa caméra, sa seule coquetterie étant certains travellings ascendants se terminant en plongée sur ses danseurs. Pour le reste, il se "contente" de filmer de face, s’occupant de suivre horizontalement le plus élégamment possible ces interprètes. Point de virtuosité mais une perfection dans la mise en place des numéros afin que les seules vedettes soient l’intrigue et les acteurs. Si les mouvements de caméra chez Minnelli sont voyants (mais attention, pas gratuits, sublimes au contraire), ceux de Sidney peuvent passer inaperçu mais pas question ici de critiquer l’un ou l’autre mais au contraire d’admirer deux conceptions totalement opposées de la mise en scène. Pour en revenir à Kiss me Kate et après 35 minutes de mise en place au cours desquelles nous aurons eu le temps d’admirer Ann Miler et Tommy Rall dans l’étonnant et acrobatique numéro de claquette et de danse sur les toits avec Why can’t you behave et le couple vedette Grayson-Keel dans l’entraînant Wunderbar qui voit nos deux tourtereaux tournoyer dans les loges et couloirs étroits du théâtre, "the show must go on" et nous ne quitterons presque plus le théâtre. Ce qui est en soi un tour de force car il ne me semble pas que cela eut été fait aussi longuement dans le genre de la comédie musicale, la représentation théâtrale constituant dans Kiss me Kate à peu près la moitié de l’action du film. Mais grâce à un scénario parfaitement huilée, jouant astucieusement sur la théâtralité, les interactions théâtre/réalité étant parfaitement équilibrées, tout passe comme une lettre à la poste et rien ne vient nous distraire ou nous ennuyer une seule seconde. Nous continuons à suivre le film avec le même intérêt, l’allégresse étant toujours de la partie et ce jeu de miroir étant de plus en plus passionnant au fur et à mesure de son avancé.

Après avoir suivi un bon moment La mégère apprivoisée de l’intérieur afin que nous y soyons complètement immergés au point de ne plus nous rappeler qu’il s’agit déjà du théâtre dans le film, Sidney se met à filmer de plus en plus sur les côtés de la scène ou carrément derrière, nous dévoilant alors les coulisses et la salle remplie de spectateurs : la mise en abîme devient alors encore plus grisante car derrière notre écran c’est nous qui nous sentons interpeller ; nous ne savons plus vraiment où nous nous trouvons, où se situe la réalité et le théâtre surtout que Howard Keel s’adresse à plusieurs reprises, en tant que narrateur de la pièce, à la caméra et donc à nous spectateurs. Et n’oublions pas que dès la première scène la construction en abîme était déjà en place avec le personnage de Cole Porter venant présenter son idée de spectacle et sa musique aux futurs interprètes. Bref, sous ce divertissement allègre, sans presque aucun artifice (si ce ne sont les artifices purement théâtraux du style maquillage ou jeu d’acteur) ni sophistication excessive, se dévoile une ironie et une distanciation qui viennent pour notre plus grand bonheur enrichir cette enthousiasmante et brillante variation pirandellienne

Pour renchérir sur notre plaisir et le décupler, avec l’arrivée des deux gangsters qui correspond à peu près au moment où le spectacle s’enraye suite à la découverte par Lilli du mot doux ne lui étant pas destiné, Kiss me Kate prend même un tournant comique qui culminera dans cet inénarrable séquence, peut-être le numéro musical le plus franchement drôle de l’histoire du cinéma, l’hilarant Brush up your Shakespeare au cours duquel nos deux gangsters entament des pas de danse qui ne pourront que vous mettre dans un état de joie intense. Keenan Wyn et surtout James Whitmore sont les deux héros de cette séquence anthologique dont je ne me lasse pas. Un peu auparavant, ils nous avaient déjà fait hurler de rire dans leur accoutrement shakespearien qui leur allait aussi bien que le costume à Johnny Weissmuller dans Tarzan à New York. L’humour était déjà bien présent dans les situations, les dialogues ("Je n’oublie jamais un visage riche" ou "He’s merely culturing me", répliques lancées avec une naïveté confondante par Loïs Lane) et même les chorégraphies (surtout Why can’t you behave) mais le déferlement comique ne s’arrêtera alors plus, se mélangeant harmonieusement avec les numéros musicaux . Kiss me Kate finira en apothéose avec From this moment on qui avait été éliminé lors de la première à Broadway, et réintroduit pour fournir le clou chorégraphique du film, première chorégraphie de Bob Fosse pour le cinéma "Ma grande chance et le tournant de ma carrière" ; numéro dans lequel nous retrouvons Bob Fosse himself, entouré de la superbe Carol Haney, Tommy Rall et Bobby Van : un pur enchantement.

Chef-d’œuvre de Cole Porter et l’un des sommets du musical de Broadway, Kiss me Kate est une collection d’éblouissants numéros musicaux chorégraphiés par Hermes Pan dans des décors stylisés à l’extrême sans que jamais (ou si peu) l’action n’ait eu besoin d’être aérée ; on ne sort quasiment pas du théâtre. Toutes les superbes mélodies composées par Porter pour Broadway sont utilisées pour notre plus grand bonheur. Quant à Kathryn Grayson et Howard Keel, ils n’ont jamais été aussi bons ; la soprano du musical nous gratifie même d’un superbe numéro I hate men et nous prouve à l’occasion que sa voix pouvait prendre d’autres intonations que ses habituelles airs très proches de l’opéra : en harpie elle est ici très convaincante. Son partenaire, après sa prestation émouvante dans Show Boat, a rarement été aussi à l’aise et décontracté et bénéficie à son tour d’un moment privilégié qui nous montre toute l’étendue de ses possibilités vocales avec Where is the life that late I led. Osons le dire, ce Kiss me Kate, élégant et brillant, n’aurait pas à rougir si on l’élevait dès maintenant au même niveau que ces autres sommets de la comédie musicale, reconnus eux, que sont Chantons sous la pluie ou Tous en scène. Pour finir, il est nécessaire de rappeler que la seconde vision d’une comédie musicale peut procurer encore plus de plaisir que la première, une fois familiarisé avec les mélodies qui sont ici toutes inoubliables.

Rappelons tout d’abord que Warner a eu la bonne idée pour le chapitrage de toutes ses comédies musicales de consacrer un chapitre par chanson, les chapitres concernés étant écrits en italique à l’intérieur du boîtier : superbe idée qui permet aux inconditionnels de pouvoir se passer uniquement les numéros musicaux les uns à la suite des autres sans avoir à faire de fastidieuses recherches.

Du point de vue de l’image, pas grand chose à redire ! Nous sommes aux anges de pouvoir bénéficier d’une copie aussi somptueuse qui fourmille parfois mais si faiblement que ça devient du chipotage d’en parler plus longuement. Le technicolor resplendit et la photographie à la fois chaude et discrète de Charles Rosher ressort à la perfection. Le grain est celui du film et la compression s’avère quasi exempts de défauts ainsi d’ailleurs que le master d’une très grande propreté. Est-ce la peine de s’étendre davantage si ce n’est pour déplorer l’absence de sous titres, qu’ils soient anglais ou français, sur toutes les chansons ? Il est vrai que ce fait pourra en gêner quelques-uns mais je vous assure qu’il n’y a pas vraiment besoin de comprendre les chansons pour suivre parfaitement l’intrigue.

Une seule piste sonore est offerte, celle de la version originale remastérisée et remixée en 5.1. Warner ne nous propose pas la version mono originale, ce qui risque de faire grincer quelques dents. Ceci dit ce remix est de qualité et ne dénature en rien les arrangements troussés par Chaplin et Prévin autour des mélodies de Cole Porter. N’attendez pas d’ailleurs de grandes plongées dans les basses relayées par votre caisson ni d’effets particuliers sur vos enceintes surrounds. Les enceintes arrières ne sont d’ailleurs véritablement mises à contribution que pour la musique du générique. Mais l’ouverture de la scène à l’avant est généreuse et les voix restent idéalement positionnées sur la centrale. Certains pourront regretter quelques légers déséquilibres dans le mixage des lyrics, une petite tendance au sifflement dans les aigus (lors des envolées de Kathryn Grayson) mais rien qui ne vienne gâcher la jubilation procurée à l’écoute de tous ces merveilleux standards.

Comme les trois autres comédies musicales de la collection montées autour de standards de Cole Porter (Broadway Melody of 1940, Les Girls et Silk Stockings) les suppléments s’articulent autour de cinq principaux segments. Les non anglophiles peuvent se lamenter, aucun sous-titre ne leur sera proposé pour cette section.

Ann Miller hosts Cole Porter in Hollywood : Too Darn Hot s’avère une courte featurette (9’34) présentée par la toujours pétulante Ann Miller, interprète de Lois Lane à l’écran, et qui malheureusement nous a quittés depuis. Ponctué par des interventions de Kathryn Grayson, Howard Keel, James Whitmore ou de l’éblouissant danseur Tommy Rall (Bill Calloun), le document revient sur la genèse du film, depuis les conditions de son casting jusqu’à celles de sa distribution en salles en novembre 1953. Où l’on y apprend que bien que le film fut conçu pour être projeté en 3D les copies furent en fait le plus souvent tirées pour une projection à plat, la mode de la 3D ayant déjà fait long feu. Il est assez regrettable que les conditions d’adaptation du show de Broadway restent trop elliptiques (mais plus de détails nous sont offerts par les notes de production) mais l’éclairage porté sur la chorégraphie et les nombreuses anecdotes y afférant est quant à lui très appréciable. Particulièrement savoureuse est l’intervention de James Whitmore (le gangster Slug) qui nous confie que son compère Keenan Wynn (Lippy) et lui-même, qui n’avaient jamais ni dansé ni chanté –ce qui toutefois est inexact dans le cas de Wynn- firent enrager le chorégraphe Hermes Pan en rivalisant de mauvaise volonté durant tout le mois dévolu à la répétition de leur merveilleux numéro Brush up your Shakespeare. Et pourtant au jour venu de leur grand oral, largement improvisé, devant le producteur Jack Cummings, ce sont ses plus sincères félicitations qu’ils reçurent, au motif que "avant de pouvoir faire le clown il faut connaître son art sur le bout des doigts, condition exclusive pour pouvoir se permettre de se montrer excentrique et drôle"!

Tout aussi intéressante est la confidence d’Ann Miller qui permet de comprendre que sans son intervention Bob Fosse ne serait peut-être pas devenu ce chorégraphe révéré de Broadway, en tout cas pas de sitôt. C’est elle qui, impressionnée par une routine qu’il répétait avec Carol Haney (répétitrice de Gene Kelly et future vedette de The Pajama Game), attira l’attention de George Sidney et Hermes Pan, lesquels lui permirent d’intégrer sa création au merveilleux ballet From this moment on : son premier travail de chorégraphe dûment reconnu qui allait lui ouvrir les portes de Broadway et, bientôt, la gloire avec Pique-nique en pyjama.

Cast and crew vous offre la possibilité de visualiser en un coup d’œil la distribution du film, quelque peu expurgée puisque Bob Fosse n’y figure pas, et la fiche technique elle aussi réduite à sa plus simple expression.

Bien plus fastidieux est le court-métrage Mighty Manhattan New York’s wonder city (20'14). Il s’agit d’un documentaire d’époque, hagiographique à souhait, réalisé par James H. Smith à la gloire de la mégapole américaine, et qui ne nous épargne même pas la célébration du maire de l’époque, seconde personnalité "la plus importante des Etats-Unis". A croire que la municipalité new yorkaise était partie prenante dans le financement de ce film MGM ! A moins de vouloir absolument tout connaître des bords de l’Hudson River et de ses ponts, des origines des différents districts et de leur évolution, de tous ses monuments symboliques de "liberté et de l’esprit d’entreprise" américain, il est recommandé d’éviter cet interminable travelogue touristique que la voix off commémorative et sentencieuse de James Fitzpatrick (la voix de l’Amérique – et du globe au générique !), par ailleurs producteur de la chose, rend encore plus éprouvant.

Au hasard d’une visite au Waldorf Astoria, on y croisera la sémillante Ann Miller, encore elle. Peut-être est-ce à ce titre que ce document s’est retrouvé glissé dans les suppléments...

Le segment Behind the scenes ne constitue pas un making of supplémentaire comme sa dénomination peut laisser à penser. Il s’agit en fait de quelques pages de notes de production qui synthétisent la plupart des informations distillées par la featurette Too darn hot. Elles bénéficient d’une présentation claire et aérée au fil de plusieurs pages. En bonus toutefois, nous y apprenons que ce sont deux chansons du spectacle original qui n’ont pas été retenues dans le montage définitif (Another openin’, another show et Bianca) mais que l’une et l’autre sont néanmoins présentes sur la bande originale du film.

Passage obligé des suppléments, la Bande-annonce originale (3’30) s’affiche dans des couleurs vacillantes et un peu flétries qui permettent de mesurer l’excellent travail de restauration entrepris.

Reste que le disque de Kiss Me Kate se distingue des autres titres de la collection en ce qu’il propose en plus une option de choix : la piste musicale isolée, dans son remix 5.1. Au regard du bonheur que constituent les quinze chansons de Cole Porter, le supplément le plus intéressant n’est peut-être pas à chercher plus loin !