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Test dvd

Embrasse-moi, chérie

DVD - Région 1
Warner
Parution : 26 / 11 / 2003

Image

Rappelons tout d’abord que Warner a eu la bonne idée pour le chapitrage de toutes ses comédies musicales de consacrer un chapitre par chanson, les chapitres concernés étant écrits en italique à l’intérieur du boîtier : superbe idée qui permet aux inconditionnels de pouvoir se passer uniquement les numéros musicaux les uns à la suite des autres sans avoir à faire de fastidieuses recherches.

Du point de vue de l’image, pas grand chose à redire ! Nous sommes aux anges de pouvoir bénéficier d’une copie aussi somptueuse qui fourmille parfois mais si faiblement que ça devient du chipotage d’en parler plus longuement. Le technicolor resplendit et la photographie à la fois chaude et discrète de Charles Rosher ressort à la perfection. Le grain est celui du film et la compression s’avère quasi exempts de défauts ainsi d’ailleurs que le master d’une très grande propreté. Est-ce la peine de s’étendre davantage si ce n’est pour déplorer l’absence de sous titres, qu’ils soient anglais ou français, sur toutes les chansons ? Il est vrai que ce fait pourra en gêner quelques-uns mais je vous assure qu’il n’y a pas vraiment besoin de comprendre les chansons pour suivre parfaitement l’intrigue.

Son

Une seule piste sonore est offerte, celle de la version originale remastérisée et remixée en 5.1. Warner ne nous propose pas la version mono originale, ce qui risque de faire grincer quelques dents. Ceci dit ce remix est de qualité et ne dénature en rien les arrangements troussés par Chaplin et Prévin autour des mélodies de Cole Porter. N’attendez pas d’ailleurs de grandes plongées dans les basses relayées par votre caisson ni d’effets particuliers sur vos enceintes surrounds. Les enceintes arrières ne sont d’ailleurs véritablement mises à contribution que pour la musique du générique. Mais l’ouverture de la scène à l’avant est généreuse et les voix restent idéalement positionnées sur la centrale. Certains pourront regretter quelques légers déséquilibres dans le mixage des lyrics, une petite tendance au sifflement dans les aigus (lors des envolées de Kathryn Grayson) mais rien qui ne vienne gâcher la jubilation procurée à l’écoute de tous ces merveilleux standards.

Suppléments

Comme les trois autres comédies musicales de la collection montées autour de standards de Cole Porter (Broadway Melody of 1940, Les Girls et Silk Stockings) les suppléments s’articulent autour de cinq principaux segments. Les non anglophiles peuvent se lamenter, aucun sous-titre ne leur sera proposé pour cette section.

Ann Miller hosts Cole Porter in Hollywood : Too Darn Hot s’avère une courte featurette (9’34) présentée par la toujours pétulante Ann Miller, interprète de Lois Lane à l’écran, et qui malheureusement nous a quittés depuis. Ponctué par des interventions de Kathryn Grayson, Howard Keel, James Whitmore ou de l’éblouissant danseur Tommy Rall (Bill Calloun), le document revient sur la genèse du film, depuis les conditions de son casting jusqu’à celles de sa distribution en salles en novembre 1953. Où l’on y apprend que bien que le film fut conçu pour être projeté en 3D les copies furent en fait le plus souvent tirées pour une projection à plat, la mode de la 3D ayant déjà fait long feu. Il est assez regrettable que les conditions d’adaptation du show de Broadway restent trop elliptiques (mais plus de détails nous sont offerts par les notes de production) mais l’éclairage porté sur la chorégraphie et les nombreuses anecdotes y afférant est quant à lui très appréciable. Particulièrement savoureuse est l’intervention de James Whitmore (le gangster Slug) qui nous confie que son compère Keenan Wynn (Lippy) et lui-même, qui n’avaient jamais ni dansé ni chanté –ce qui toutefois est inexact dans le cas de Wynn- firent enrager le chorégraphe Hermes Pan en rivalisant de mauvaise volonté durant tout le mois dévolu à la répétition de leur merveilleux numéro Brush up your Shakespeare. Et pourtant au jour venu de leur grand oral, largement improvisé, devant le producteur Jack Cummings, ce sont ses plus sincères félicitations qu’ils reçurent, au motif que "avant de pouvoir faire le clown il faut connaître son art sur le bout des doigts, condition exclusive pour pouvoir se permettre de se montrer excentrique et drôle"!

Tout aussi intéressante est la confidence d’Ann Miller qui permet de comprendre que sans son intervention Bob Fosse ne serait peut-être pas devenu ce chorégraphe révéré de Broadway, en tout cas pas de sitôt. C’est elle qui, impressionnée par une routine qu’il répétait avec Carol Haney (répétitrice de Gene Kelly et future vedette de The Pajama Game), attira l’attention de George Sidney et Hermes Pan, lesquels lui permirent d’intégrer sa création au merveilleux ballet From this moment on : son premier travail de chorégraphe dûment reconnu qui allait lui ouvrir les portes de Broadway et, bientôt, la gloire avec Pique-nique en pyjama.

Cast and crew vous offre la possibilité de visualiser en un coup d’œil la distribution du film, quelque peu expurgée puisque Bob Fosse n’y figure pas, et la fiche technique elle aussi réduite à sa plus simple expression.

Bien plus fastidieux est le court-métrage Mighty Manhattan New York’s wonder city (20'14). Il s’agit d’un documentaire d’époque, hagiographique à souhait, réalisé par James H. Smith à la gloire de la mégapole américaine, et qui ne nous épargne même pas la célébration du maire de l’époque, seconde personnalité "la plus importante des Etats-Unis". A croire que la municipalité new yorkaise était partie prenante dans le financement de ce film MGM ! A moins de vouloir absolument tout connaître des bords de l’Hudson River et de ses ponts, des origines des différents districts et de leur évolution, de tous ses monuments symboliques de "liberté et de l’esprit d’entreprise" américain, il est recommandé d’éviter cet interminable travelogue touristique que la voix off commémorative et sentencieuse de James Fitzpatrick (la voix de l’Amérique – et du globe au générique !), par ailleurs producteur de la chose, rend encore plus éprouvant.

Au hasard d’une visite au Waldorf Astoria, on y croisera la sémillante Ann Miller, encore elle. Peut-être est-ce à ce titre que ce document s’est retrouvé glissé dans les suppléments...

Le segment Behind the scenes ne constitue pas un making of supplémentaire comme sa dénomination peut laisser à penser. Il s’agit en fait de quelques pages de notes de production qui synthétisent la plupart des informations distillées par la featurette Too darn hot. Elles bénéficient d’une présentation claire et aérée au fil de plusieurs pages. En bonus toutefois, nous y apprenons que ce sont deux chansons du spectacle original qui n’ont pas été retenues dans le montage définitif (Another openin’, another show et Bianca) mais que l’une et l’autre sont néanmoins présentes sur la bande originale du film.

Passage obligé des suppléments, la Bande-annonce originale (3’30) s’affiche dans des couleurs vacillantes et un peu flétries qui permettent de mesurer l’excellent travail de restauration entrepris.

Reste que le disque de Kiss Me Kate se distingue des autres titres de la collection en ce qu’il propose en plus une option de choix : la piste musicale isolée, dans son remix 5.1. Au regard du bonheur que constituent les quinze chansons de Cole Porter, le supplément le plus intéressant n’est peut-être pas à chercher plus loin !

Par Otis B. Driftwood - le 25 février 2004