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Alice
Hyatt est une femme au foyer menant une existence tranquille mais ennuyeuse
dans sa petite ville de Soccoro, au Nouveau-Mexique. Le drame survient
dans sa vie quand son mari meurt dans un accident de la circulation. Seule
avec son fils Tommy, elle se retrouve dans l’obligation de vendre
sa maison. Alice décide alors de changer de vie et prend la route
en direction de Monterey en Californie afin de concrétiser un rêve
d’enfance qui n’a jamais quitté son esprit : chanter.
Elle croit d’abord trouver son petit bonheur après avoir
été engagée dans un club. Mais une liaison courte
et orageuse avec un homme violent l’oblige à repartir sur
les routes. La mère et l’enfant échouent à
Tucson. En dernier recours, et pour nourrir sa famille, Alice trouve un
emploi de serveuse qu’elle estime temporaire. Elle se prend alors
d’affection pour un rancher divorcé qui fréquente
régulièrement le restaurant où elle travaille, pendant
que Tommy commence à s’habituer malgré lui à
sa nouvelle vie. Entre la réalisation d’un rêve et
la promesse d’une nouvelle vie en couple, quelle direction Alice
va-t-elle prendre cette fois ? |
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1973,
le jeune et bouillonnant Martin Scorsese vient de réaliser son
troisième long métrage, Mean
Streets, qui connaît un grand succès critique,
et commence à se faire un nom au sein de la profession. Au même
moment à Hollywood, John Calley, le patron des studios Warner prépare
un film pour l’actrice Ellen Burstyn qui vient de triompher dans
L’Exorciste de
William Friedkin. Burstyn, désireuse d’interpréter
un rôle de femme libre et déterminée, en phase avec
les idées féministes de l’époque, tombe sous
le charme d’un scénario de Robert Getchell contant l’histoire
d’Alice, un petit bout de femme dynamique qui décide de changer
radicalement de vie après un drame personnel. Sur les conseils
de Francis Ford Coppola, elle se tourne vers Martin Scorsese qu’elle
fait engager par la Warner après avoir été impressionnée
par l’énergie émanant de Mean
Streets. Le cinéaste est séduit par le projet
et la possibilité de travailler sur un personnage féminin,
expérience inédite pour lui et qui ne se reproduira pas
de sitôt dans sa carrière (il lui faudra attendre 1993 et
sa magnifique fresque intime et historique, le bouleversant Temps
de l’innocence). Il obtient aussi la possibilité
de modifier le script à sa convenance et de recourir à des
improvisations sur le tournage, en restant ainsi fidèle à
une technique de travail avec les comédiens qui a largement porté
ses fruits.A priori, le script de Alice n’est plus ici paraît fort éloigné de l’univers urbain et frénétique de Martin Scorsese, peuplé de personnages masculins violents et névrosés, et de son cinéma foncièrement influencé par les films européens et l’œuvre de John Cassavetes. Mais ce serait oublier la forte dualité qui préside à ses goûts cinématographiques. Scorsese est également passionné par le cinéma hollywoodien et son imagerie classique qui accompagne sa cinéphilie depuis son enfance. Après trois films indépendants, dont Boxcar Bertha film d’exploitation réalisé pour Roger Corman, le voilà appelé à tourner son premier film de studio. Qui plus est, pour mettre en scène un "Woman’s Picture", un type de mélodrame dont la Warner s’était fait une spécialité dans les années 1940 et 1950. En outre, Alice n’est plus ici présente quelques points communs avec le road movie, genre américain par excellence pour un jeune cinéaste en quête de reconnaissance. Enfin, Ellen Burstyn, l’actrice principale du film, est une figure emblématique du célèbre Actor’s Studio. Toutes les conditions sont donc réunies pour que le cinéaste entre de plein pied dans la légende hollywoodienne. D’autant que les années 1970 sont propices à l’épanouissement personnel des jeunes réalisateurs, travaillant avec un minimum de contraintes, à la différence de leurs aînés… et de leurs successeurs. Les
premières images du film, le générique suivi du prologue,
témoignent de la faculté que possède Martin Scorsese
d’utiliser l’imagerie de l’âge d’or hollywoodien
pour s’emparer de sa force évocatrice. Il fait construire
un décor éclairé d’un rouge flamboyant rappelant
les classiques MGM en Technicolor, dont principalement Le Magicien
d’Oz puisque il s’agit de filmer un flashback dans
un Monterey onirique présentant la jeune Alice rêvant d’un
avenir merveilleux. La transition avec la scène suivante est brutale,
le cinéaste nous ramenant au réel et au présent en
raccordant sur des plans larges des habitations de Soccoro qu’il
filme avec des travellings arrières et latéraux sur la chanson
All The Way from Memphis de Mott The Hoople.
Ces quelques plans opérant le passage du rêve à la
réalité définissent la personnalité d’Alice
avant même que celle-ci n’apparaisse à l’écran,
la jeune femme ne pouvant se résoudre à choisir entre l’illusion
d’un rêve de chanteuse et une vie banale, réglée
comme du papier à musique. Le style visuel et sonore de Scorsese
s’affirme immédiatement dans les scènes suivantes
: panoramiques rapides, travellings avants furtifs, mouvements de grue
descendants, décadrages, et bien entendu l’utilisation de
standards musicaux qui viennent souligner l’état d’esprit
de son personnage principal et inscrire parfaitement les personnages dans
leur époque.L’énergie du cinéaste est mise au service d’un personnage en perpétuel mouvement, et qui cherche à trouver la place qui lui convient dans une société contrariant ses désirs (et dans l’espace filmique aménagé par le réalisateur). Les scènes d’intérieur sont le plus souvent filmées en caméra portée et en courte focale pour exprimer un malaise existentiel : les scènes de ménage au début du film entre Alice et son époux, les relations à la fois ludiques et passionnées entre la mère et l’enfant, et la violence inattendue manifestée par le premier amant
d’Alice interprété par Harvey Keitel. Lorsque le personnage
du gentil cow-boy entre en scène, la caméra de Scorsese
se fait moins agitée, les plans gagnent progressivement en stabilité,
le style est plus apaisé. Si ce choix artistique trouve une justification
évidente, il nous sera permis de remarquer que la tranquillité
sied plus ou moins bien au cinéaste - même si certains plans
sont d’une beauté fulgurante - et encore moins le bonheur
de vivre. Nous sommes sûrement trop habitués à le
voir exprimer une rage intérieure, à insuffler de l’intensité
et du dynamisme dans sa mise en scène, ou à propulser ses
personnages dans une course effrénée à l’échec
puis à la Rédemption par la souffrance. Martin Scorsese
aura l’occasion d’opter à nouveau pour une réalisation
moins vigoureuse et plus posée dans La Valse des pantins,
mais ce dernier film développera une thématique bien plus
dérangeante et originale. Dans ses moments de calme, la relative
modestie du scénario de Alice n’est plus ici
apparaît malheureusement au grand jour, même si celui-ci conserve
sa fraîcheur et bénéficie de dialogues intelligents
car témoignant d’une grande profondeur derrière une
apparente simplicité. Scorsese se repose donc parfois sur les performances
de ses comédiens. Mais lorsque l’on est en présence
d’une artiste aussi impressionnante que Ellen Burstyn, le jeu en
vaut largemet la chandelle. Agée
d’une quarantaine d’année, Ellen Burstyn irradie et
vampirise l’écran. Les spectateurs réfractaires à
l’enseignement de Lee Strasberg et Elia Kazan pourront parfois faire
la fine bouche devant son interprétation, les autres seront émus
par sa vitalité et sa sensibilité. En jouant sur différentes
gammes d‘émotion, Burstyn fait passer alternativement Alice
pour une mère courage, une femme enfant, une femme mature blessée
par la vie et une femme amoureuse retrouvant la beauté de sa jeunesse.
Ellen Burstyn obtiendra justement l’Oscar de la meilleure actrice
pour ce rôle. Lors d’une belle séquence qui la montre
chanter en jouant du piano bar, Martin Scorsese choisit de la filmer avec
sensualité, utilisant une succession de travellings circulaires
qui confère un certain lyrisme à la scène tout en
l’isolant au centre d’un bar quasi déserté,
puis peuplé de clients lors d'un récital en soirée.
Le temps semble s’arrêter. Une nouvelle fois, grâce
à la performance de Burstyn et au mouvement scorsesien, Alice vit
entre deux niveaux d’existence : celle d’une chanteuse et
celle d’une personne anonyme confrontée aux dures lois de
la réalité dont elle essaie difficilement de s’affranchir.
A bien y réfléchir, ce personnage n’est pas si différent
des protagonistes habituels des films de Scorsese, écartelés
entre leur condition sociale qui les maintient prisonniers de leur existence
misérable et leurs aspirations à une vie meilleure. A une
différence près : une fin ouverte et optimiste est ici de
rigueur. Le dernier plan à Monterey agit comme la fin d’une
quête mais aussi comme le début d’une nouvelle vie
dont les détails ne nous seront pas donnés. La mère
et l’enfant, tournant le dos aux spectateurs, avancent vers un futur
indécis mais vraisemblablement enrichissant. Alice
Doesn’t Live Here Anymore n’est certes pas une œuvre
essentielle dans la carrière de Martin Scorsese, bien qu’elle
représenta pour lui une occasion de se confronter à la psychologie
féminine, comme il l’avoua par la suite. Ce film lui ouvrit
également les portes des grands studios avec lesquels il put composer
en signant un film de commande qu’il sut pourtant investir avec
sa personnalité artistique, sa culture cinéphile et son
style visuel affirmé, avant que le paysage hollywoodien ne change
de nature à l’orée des années 1980. Pour ceux
qui n’auraient que faire de ces considérations historiques,
il ne reste pas moins que Alice n’est plus ici
propose un émouvant portrait de femme moderne, oscillant entre
tendresse, drame et humour, et servi par une comédienne d’exception
entourée d’acteurs débutants comme Kris Kristofferson,
révélé dans Pat
Garrett et Billy le Kid (1973) de Sam Peckinpah idéal
en cow-boy au grand cœur, le jeune Alfred Lutter d’un naturel
confondant, et la pimpante Jodie Foster, onze ans et déjà
parfaitement à l’aise dans le registre du garçon manqué
impétueux et gouailleur. |
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Le DVD est orné d'une jaquette indigente qui
ne rend pas vraiment service à ce film fort sympathique.
Le menu principal est fixe et musical. Le chapitrage, fixe et muet, est composé de 33 chapitres répartis sur 6 pages. Commentaire
audio de Martin Scorsese, Ellen Burstyn, Kris Kristofferson et Diane Ladd.
Les quatre artistes, enregistrés séparément, ne s’expriment
pas sur la totalité du film. Le DVD sélectionne automatiquement
les scènes commentées. L'ensemble dure finalement une cinquantaine
de minutes. Martin Scorsese s'explique sur ses motivations, le casting,
et sur quelques choix de mise en scène. Son temps de parole est
plutôt limité et on aurait pu s'attendre à plus d'investissement
de sa part. Peut-être la confirmation que Alice n'est plus
ici se révèle donc ne pas être un film très
personnel, malgré l'attachement sincère que lui porte son
réalisateur. Les comédiens sont plus diserts, principalement
Ellen Burstyn et Diane Ladd (dont le nom est absent de la jaquette). Burstyn
s'exprime sur sa forte implication dans le film, aussi bien au niveau
de la production que du scénario. L'intervention de Kris Kristofferson
est réduite à une portion congrue. Les comédiens
parlent en général de leur personnage et de la direction
d'acteur de Martin Scorsese en s'appuyant le plus souvent sur les images
défilant à l'écran. De manière inattendue,
la plus émouvante reste Diane Ladd qui n'hésite pas à
s'épancher en mettant en relation sa vie personnelle et son interprétation
dans le film. En conclusion, ce commentaire s'avère moyennement
instructif si on se place du point de vue du cinéaste mais assez
intéressant si l'on épouse celui des comédiens. Second
Chances (19’52’’), 16/9 et mono 2.0. Il s’agit
d’un documentaire portant abusivement le nom de making of alors
qu’il est constitué d’interviews croisées de
Ellen Burstyn et de Kris Kristofferson enregistrées en 2003, et
illustrées par des photos et des extraits du film. Burstyn raconte
la genèse du film qui fut monté sur son nom et dont elle
choisit elle-même le réalisateur, de l’importance du
scénario, des anecdotes de tournages habituelles, et de son implication
personnelle dans l’ensemble du projet. Elle revient également
sur son appréciation de la mise en scène. Kristofferson,
de son côté, insiste plus sur son rôle et ses hésitations
propres à son début de carrière, ainsi que sur sa
collaboration enrichissante avec Martin Scorsese (il a par exemple improvisé
son dialogue final). Ce court documentaire est un peu décousu et
manque de point de vue général sur le film. L’absence
de Scorsese est à ce titre pénalisante. Reste heureusement
le commentaire audio.Bande-annonce (2’29’’) 16/9 et mono 2.0. De bonne qualité technique malgré ses points blancs et ses rayures. |
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