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Test dvd

Providence

DVD - Région 2
Jupiter Films
Parution : 3 / 12 / 2013

Image

C’est une impression mitigée que suscite le visionnage de cette version restaurée de Providence. Si la copie proposée par Jupiter s’avère le plus souvent d’une indéniable propreté, elle n’est cependant pas encore totalement exempte de scories. L’on ne sait s’il était impossible d’y remédier, mais toujours est-il que le spectateur devra composer ici avec des taches, là avec des stries. Les luminosité, colorimétrie et netteté sont aussi de qualité fluctuante. Si les plus éclairées des séquences s’avèrent plutôt satisfaisantes, les moments nocturnes ou de pénombre se révèlent souvent très, voire trop sombres. Et certains détails de l’image se noient alors dans l’obscurité. Le plus souvent bien définie, l’image accuse parfois un flou rendant le visionnage pareillement décevant. Ces défauts tiennent-ils au report numérique ? Ou bien aux prises de vue initiales ? Dans l’un des suppléments du DVD, le directeur de la photographie Ricardo Aronovitch témoigne des conditions de tournage pas toujours satisfaisantes avec lesquelles Alain Resnais et lui ont dû composer...

Dans le même supplément, Ricardo Aronovitch explique en outre que la pellicule de Providence a fait l’objet d’un traitement particulier, déséquilibrant volontairement le spectre des couleurs, et expliquant peut-être les teintes singulières affichées par le DVD. La colorimétrie se signale en effet par une tendance à l’uniformité, découpant ainsi le film en une succession de moments à dominante bleue, blanche ou bien encore jaune. Dans l’ignorance de l’état initial des couleurs de Providence, on se gardera donc de déterminer si ce manque (relatif) de nuances colorimétriques tient à un choix artistique ou bien à une insuffisance de la numérisation. Cette dernière est en revanche indiscutablement en cause concernant des manques ponctuels de fluidité dans le rendu des mouvements de caméra ou des acteurs. Ces réserves ayant été faites, notons cependant que le visionnage s’avère globalement plaisant.

Son

Les pistes anglaise et française s’avèrent correctes même si elles manquent parfois un peu de netteté. Si le doublage français a été réalisé avec un soin tout particulier - les dialogues ont été traduits par Claude Roy et confiés à des comédiens tels que Claude Dauphin, Suzanne Flon, François Perrier ou encore Gérard Depardieu -, l’on ne saurait cependant trop recommander de voir (et d’écouter) Providence dans la langue de Shakespeare. Ainsi que le recommande Alain Resnais lui-même, estimant dans l’un des bonus du DVD que la version anglaise est la version (véritablement) originale de son film.

Suppléments

Trois suppléments originaux accompagnent Providence. Déconseillons la consultation des filmographies des principaux interprètes, médiocres copier-coller d’IMDB indiquant les films dans lesquels ils ont joué sans préciser les réalisateurs desdits films et n’en spécifiant que les titres anglais... Conseillons en revanche plus que vivement la trentaine de minutes de propos d’Alain Resnais détaillant lui-même la création de Providence, depuis la rencontre avec David Mercer jusqu’à la collaboration avec Miklós Rózsa, en passant par les repérages et la réunion du casting. L’ensemble est passionnant, révélant notamment la démarche collaborative du cinéaste, ne cessant d’interagir avec ses différents collaborateurs pour parvenir au résultat artistique majeur qu’est Providence. Cette évocation par Alain Resnais de la genèse du film fait apparaître celle-ci comme le résultat d’un processus de collage - par ailleurs au cœur du propos du film ainsi qu’on le démontre dans son analyse - entre les imaginaires du cinéaste et ceux du scénariste, des comédiens ou bien encore du compositeur.

Cette même démarche artistique placée sous le signe du collage transparaît dans À propos de Providence, un documentaire d’une cinquantaine de minutes réunissant Ricardo Aronovitch et Jacques Saulnier - respectivement directeur de la photographie et cher décorateur du film - ainsi que Pierre Arditi. Si ce dernier ne joua pas dans Providence, ses propos concernant ses diverses collaborations avec Alain Resnais sont cependant des plus intéressants. Le comédien évoque le sens du dialogue du cinéaste et sa capacité à nourrir ses choix de mise en scène des suggestions de ses interprètes, appliquant ainsi à la direction d’acteurs cette démarche du collage décidément au cœur de l’entreprise resnaisienne. Ricardo Aronovitch et Jacques Saulnier déroulent, quant à eux, des discours avant tout techniques et parfois un peu hermétiques pour les spectateurs peu versés dans les arcanes de la prise de vues ou de l’éclairage cinématographiques. Ils témoignent cependant eux aussi de l’attention que leur accorda Alain Resnais durant la mise en œuvre de Providence, n’hésitant pas à intégrer dans sa réalisation certaines de leurs remarques. Et se confirme ainsi qu’Alain Resnais fut, par excellence, le cinéaste de la « collure » pour reprendre un terme inventé par le réalisateur lui-même !

Par Pierre Charrel - le 19 mai 2014