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Test dvd

La Peau douce

DVD - Région 2
Mk2 / Carlotta
Parution : 8 / 9 / 2020

Image

La deuxième partie de l’année 2020 est à marquer du sceau de François Truffaut, qui se voit honorer par les rééditions des titres MK2 récupérés par Carlotta puis par la sortie en ce mois de novembre par les éditeurs Arte et l’Atelier d’Images d’un superbe coffret Blu-ray réunissant enfin les titres autrefois massacrés par MGM en DVD - plus quelques inédits en haute définition. Pour le cas qui nous concerne ici, hélas, de HD il n’est point question en France. Peut-être que la faible renommée d’une œuvre (pourtant reconnue aujourd’hui comme majeure) telle que La Peau douce en est la raison, ainsi l’édition à nouveau disponible aujourd’hui est celle que l’éditeur MK2 avait proposée au début des années 2000, soit un simple DVD. Un DVD dont les qualités techniques pouvaient peut-être nous satisfaire il y a plus de quinze ans, mais qui de nos jours montrent leurs grandes limites. Cela est d’autant plus rageant que La Peau douce existe en Blu-ray chez les éditeurs Artificial Eye et Criterion... En effet, ce DVD d’un autre âge, à la stabilité bien relative, déçoit tout d’abord par son aspect « laiteux » dû à une gestion des contrastes problématique. L’image est globalement grisâtre, les noirs sont très peu profonds ; la luminosité uniforme, les hautes lumières souvent mal calibrées et une légère dominante verdâtre associée à ce triste rendu des contrastes confèrent un aspect cafardeux au film. A cela il faut ajouter l’usage disgracieux d’un filtre d’accentuation des contours censé pallier une définition peu probante, ainsi qu’un master insuffisamment nettoyé (on note la présence de nombreux points blancs, de quelques rayures et de taches). Par moment le piqué de l’image est complètement à la rue (on ne parle pas ici des « filés » dus aux brusques mouvements de la caméra), même si quelques beaux plans subsistent. Enfin, l’encodage tient plus ou moins la route si l’on s’abstient de regarder La Peau douce sur un trop grand diffuseur, mais lui aussi montre ses limites par son irrégularité et l’apparition d’artefacts. Bref, il est bien dommage que ce magnifique film ne bénéficie pas du tout de l’événement vidéo organisé autour de Truffaut. Pour profiter pleinement de ses qualités formelles, il faudra donc se tourner vers l’étranger...

Son

La seule piste disponible est la version française dans son mixage mono d’époque.  Cette bande-son postsynchronisée se montre assez claire et propre. En revanche, on relèvera un peu de réverbération, un réel manque de basses fréquences et quelques sifflantes. Mais l’écoute reste tout à fait confortable et la musique de Georges Delerue est à son avantage.

Suppléments

Présentation du film par Serge Toubiana (4 min 16 - 1.66 4/3)
Ancien critique aux Cahiers du Cinéma et Directeur de la Cinémathèque française de 2003 à 2015, Serge Toubiana a collaboré aux suppléments des éditions MK2 des films de François Truffaut. Dans cette courte présentation en voix off sur des photos, il revient rapidement sur le contexte de la production de La Peau douce dans lequel Françoise Dorléac trouve selon lui son plus beau rôle. Alors que le cinéaste français peine à monter son adaptation de Fahrenheit 451, il marque l’histoire du cinéma et de la cinéphilie en enregistrant des entretiens avec Alfred Hitchcock  pour la rédaction d’un futur ouvrage, ce qui influera directement la mise en scène de La Peau douce écrit et tourné rapidement. Parti d’une image d’un couple dans un taxi et du son d’un baiser, Truffaut s’inspire alors de plusieurs faits divers mêlés à des éléments autobiographiques. Toubiana aborde le thème de l’adultère, évoque le sujet du film ainsi que les personnages dans un « scénario construit sur le thème des amours contrariées. » Puis il termine par le très mauvais accueil du film à Cannes en 1964 et son échec commercial.


Jean-Louis Richard, scénariste, commente le film (113 min)
Il s’agit d’un commentaire audio enregistré en juin 2000 dans lequel le scénariste est interviewé par Serge Toubiana, mais cet entretien prend plutôt la forme d’une discussion informelle autour de La Peau douce et de sa fabrication. Ce document est chapitré en 33 chapitres chronologiques et classés par thème, il peut ainsi s’apprécier dans la continuité du film ou bien par entrée thématique. Entre plusieurs anecdotes de tournage, Jean-Louis Richard évoque sa rencontre avec François Truffaut et ses rapports tant personnels que professionnels avec lui, l’écriture rapide mais intense du scénario à partir de bases réelles et d’impulsions, les quelques modifications sur le tournage, les décors, le casting et la caractérisation des comédiens, les passages autobiographiques, l’égalité de traitement des personnages, les thématiques développées autour de l’amour et de l’adultère, la nature du personnage de Lachenay (joué un Jean Desailly réhabilité par les deux commentateurs) qui a nui au film dans la perception qu’en avait le public, la modernité de la sublime et dynamique Françoise Dorléac, la tristesse profonde qui émane de La Peau douce. Toubiana et Richard analysent également la mise en scène (le film le plus découpé de Truffaut selon Richard, l’influence de son travail avec Hitchcock, l’importance de la pénombre, les nombreux jeux de regards). Somme toute, ce commentaire audio (sans aucune pause) se révèle vivant et surtout très instructif.

Compléments de programme :

1. Françoise Dorléac (4 min 29 - 4/3)
Ce court module entend mettre en valeur la comédienne. On y voit des Images (de qualité médiocre) de Françoise Dorléac qui danse, d’autres où on l’observe qui discute en pleine rue avec le scénariste Jean-Louis Richard lors du Festival de Cannes, ainsi que deux extraits de La Peau douce. Nous sont aussi montrés deux extraits d’une interview de Truffaut qui s’exprime sur les qualités physiques et dramatiques de l’actrice, sur sa direction d’acteurs (sa volonté de ralentir son jeu et son débit) et sur son approche du film.

2. François Truffaut commente quelques scènes du film (1965) (8 min 13 - 4/3)
Le cinéaste parle de ses inspirations pour La Peau douce. Il commente la séquence de l’ascenseur (la vraie rencontre entre les deux personnages principaux) avec une durée volontairement dilatée et une mise en scène des jeux de regards. Truffaut insiste beaucoup sur l’importance de la direction de regards dans ce film. Il aborde ensuite sa direction d’acteurs concernant Jean Desailly. Le cinéaste évoque succinctement les scènes d’amour qu’il n’apprécie guère de filmer, il préfère utiliser l’obscurité et les jeux d’ombre, puis le traitement du personnage de Jean Desailly, un peu « ingrat » et « coincé par ses fautes ». Enfin, on voit Truffaut justifier dramatiquement la double chute du personnage lors de sa mort. Il s’agit d’un module un peu décousu et trop superficiel, qui donne envie au lieu de satisfaire réellement car on imagine aisément ce qu’aurait pu être un commentaire audio analytique d’un réalisateur théoricien comme Truffaut tel qu’il se pratique de nos jours…

3. Bande-annonce (3 min 41)
Un film-annonce assez long et plutôt bien conservé, caractérisé par une voix off didactique à l’ancienne qui appuie sur le côté romanesque et tragique de l’histoire qui doit nous être contée.

La collection François Truffaut
Dans cette section se trouve 11 bandes-annonces et un extrait des films du cinéaste édités par MK2 en DVD : Les Quatre cents coups (3 min 47), Tirez sur le pianiste (2 min 17), Jules et Jim (3 min 09), La Peau douce (3 min 41), Fahrenheit 451 (3 min 41), Baisers volés (3 min 51), Domicile conjugal (3 min 07), Les Deux Anglaises et le continent (2 min 13), L’Amour en fuite (2 min 31), Le Dernier métro (2 min 37), La Femme d’à côté (1 min 40) et Vivement dimanche ! (1 min 21).

Par Ronny Chester - le 16 novembre 2020

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