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Critique de film
Le film

La Peau douce

Partenariat

L'histoire

Un écrivain à succès, directeur d'une revue littéraire et dont le mariage est miné par les petits mensonges, rencontre une hôtesse de l’air. Ils ont une liaison à Lisbonne qui perdure par la suite.

Analyse et critique

La Peau douce est avec le bien plus tardif La Femme d'à côté LE grand film de François Truffaut sur l'adultère. Malgré cette base commune, les deux œuvres sont antinomiques dans leur traitement comme dans leur influence. Oeuvre  fiévreuse et tumultueuse sur l'amour passion, La Femme d'à côté est un des films les plus célébrés de Truffaut, qui engendrera foule de descendants plus (le beau Les Sentiments de Noémie Lvovsky en 2003) ou moins (le catastrophique Les Regrets de Cédric Kahn, vrai film clone raté) convaincants. La Peau douce n'aura pas le même impact et sera un échec public cuisant à sa sortie après un accueil glacial à Cannes.


Les raisons se trouvent dans l'approche de Truffaut, cinéaste du romanesque littéraire qui dépeint l'adultère dans sa trivialité quotidienne la plus sordide. Cet aspect se manifeste d'emblée dans la nature du héros incarné par Jean Desailly, un intellectuel bourgeois un peu falot embarqué dans une histoire qu'il s'avère incapable d'assumer. Faisant constamment tous les mauvais choix par manque de courage ou par témérité déplacée, il snobera lamentablement Françoise Dorléac lors d'une longue et triste séquence de voyage à Reims puis ne saura ménager la sensibilité de sa femme une fois son écart découvert avec cet instant presque comique où il accepte sans ménagement la séparation qu'elle lui propose par dépit. Les rencontres des deux amants se font ainsi furtives, coupables et dans la crainte du regard d'autrui au point d'émousser toute passion lorsqu'un amour au grand jour sera enfin possible.


La facette charnelle du film est dont finalement à chercher à travers ses deux héroïnes, la femme et la maîtresse. Françoise Dorléac trouve peut-être là son meilleur rôle, Truffaut réfrénant ses ardeurs et son jeu pour jouer sur sa présence sensuelle, son élégance et le mystère qu'elle dégage pour Jean Desailly dans la première partie, renforçant ainsi l'extériorisation de ses émotions dans la seconde comme la très belle scène où elles fond en larmes à Reims suite au comportement de Lachenay. A l'inverse, Nelly Benedetti en épouse légitime affirme un charme beaucoup plus agressif et un bouillonnement bien plus manifeste qui crée d'ailleurs un déséquilibre inhabituel dans le film d'adultère puisque aucune des deux femmes n'est désavantagée dans le triangle amoureux, rendant ainsi plus fort le dilemme du mari. Malheureusement la conclusion passionnelle jure un peu avec le côté volontairement terne et retenu de l'ensemble du film (et pour le coup annonce La Femme d'à côté) et ne fonctionne pas complètement.


C'est également un des films les plus plastiquement réussis de François Truffaut, notamment dans toutes les scènes d'amour. Le jeu de regards fuyants dans l'ascenseur entre Desailly et Dorléac se révèle très réussi, de même et surtout les mouvements de caméra caressants, le jeu d'ombres et la gestuelle des acteurs lors de la première nuit où l'on sent l'influence du mentor Hitchcock sur Truffaut. Superbe moment également lorsque Jean Desailly caresse langoureusement les jambes de Françoise Dorléac endormie puis lui enlève ses bas, la délicatesse se mêle à la sensualité la plus prononcée portée par une musique envoûtante de George Delerue. Volontairement glacial et peu attrayant, voici un très beau film qui dissimule sous sa froideur une vraie force dans l'expression de ses amours quelconques.


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La fiche IMDb du film
Par Justin Kwedi - le 16 novembre 2020