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Test dvd

La Cible

DVD - Région 2
Paramount
Parution : 8 / 4 / 2004

Image

Le film est présenté au format 1:78, soit une léger recadrage par rapport au format d’origine (1:85). Hormis des griffures et points blancs fréquents, mais discrets et peu gênants, la copie proposée est de bonne qualité et présente dans l’ensemble une belle définition. La gamme chromatique du film est bien restituée et les plans de nuit toujours lisibles. Pour ne citer qu’un exemple, la scène où Bobby fume dans l’obscurité en attendant le retour de son épouse (avec sa cigarette qui rougeoie dans la pénombre) est d’une parfaite netteté. Si la séquence finale du drive-in présente quelques plans flous, ceux-ci sont vraisemblablement imputables aux conditions de tournage plus qu’à la copie elle-même : Bogdanovich a utilisé des plans-tests de lumière dans le montage final et il est probable que le chef-opérateur László Kovács a poussé la pellicule pour pouvoir tourner rapidement de nuit avec peu d’éclairage.

Son

Bonne version mono, d’une grande clarté. En revanche, la version française souffre d’une forte réverbération d’auditorium, source de distorsions dans les aigus, qui la rend assez crispante. Les voix seront familières aux spectateurs de séries télés américaines doublées de la même époque, ce qui peut gêner l’adhésion au récit. Enfin, la traduction atténue ou dénature les trois répliques les plus connues du film. Pour toutes ces raisons, on optera résolument pour la VO.

Suppléments

Introduction de Peter Bogdanovich : en 13’40, Bogdanovich raconte de manière précise la genèse, le tournage et la réception du film. Il insiste sur le plaisir immense éprouvé en travaillant avec Karloff, dont il salue le professionnalisme courtois. Il rend aussi hommage au talent de la monteuse son Verna Fields (qui sonorisa entièrement plusieurs séquences tournées en muet pour des raisons budgétaires), ainsi qu’à la générosité de Sam Fuller. Ce dernier passa une après-midi à récrire la première mouture du scénario avec lui en refusant d’être crédité pour sa collaboration : « Si mon nom apparaît au générique d’un premier film, les gens diront que j’ai tout fait. » Le nom du personnage du cinéaste de Targets, Sammy Michaels, est d’ailleurs un hommage à Fuller, dont les prénoms sont Samuel et Michael. Illustrée à bon escient de photos d’archives et d’extraits du film, cette introduction réalisée par Laurent Bouzereau est, dans son économie, un modèle du genre : un maximum d’infos dans un minimum de temps.

Commentaire audio (sous-titré) de Peter Bogdanovich : malgré des redites et la voix un peu éteinte du cinéaste, ce commentaire se révèle fort intéressant. Bogdanovich explique avec clarté ses options de mise en scène, la raison de tel angle de prise de vues ou l’absence de bande musicale (un choix inspiré par Fenêtre sur cour), en pointant au passage des détails signifiants qui passent inaperçus à une première vision mais contribuent sans que le spectateur en prenne nécessairement conscience au climat du film. Il rend constamment justice à l’apport de Fuller (aussi bien pour la construction du scénario que pour quantités de trouvailles visuelles), ainsi qu’au travail de ses comédiens et techniciens. Ses propos mettent notamment en valeur la cohérence formelle du film, en particulier dans le choix des couleurs (des tons chauds pour les séquences Orlok, des tons froids pour les séquences Thompson), l’élaboration de certains plans-séquences d’une relative complexité pour un film à si petit budget, le soin apporté aux transitions pour lier les deux intrigues parallèles du film, les trésors de ruse et de débrouillardise déployés pour boucler le tournage en vingt-trois jours. On apprend aussi que Bogdanovich a monté lui-même le film sur une vieille Moviola, et l’on mesure combien furent profitables ses conversations de jeune critique avec Howard Hawks, Fritz Lang et Alfred Hitchcock.

Par Bartlebooth - le 15 décembre 2004