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Test dvd

L'Horloger de Saint-Paul

DVD - Région 2
Studio Canal
Parution : 19 / 9 / 2001

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Cette édition est sortie en septembre 2001, soit aujourd'hui la préhistoire du support, et est désormais épuisée, même si le film a été réédité, à intervalles réguliers et avec des jaquettes différentes, par exemple dans la collection Acteur et actrices de légende de l'éditeur, avec un master similaire.

Fort convenable (en tout cas très propre) pour l'époque, elle pâtit des faiblesses que l'on peut attendre d'une édition aussi ancienne, notamment dans la finesse de la définition, dans la stabilité d'ensemble ou dans une compression parfois insuffisante, en tout cas avec une tendance aux macro-blocs dans les parties sombres. A noter également un assez curieux élargissement du cadre, sur un plan (l'entrée de Descombes dans le parc où il rejoint Guilboud et son chien), le décalage des bandes latérales faisant passer subitement le 1.67:1 du film à un très bref 1.75:1.

Pourquoi l'évoquer aujourd'hui, si longtemps après (si l'on exclut un argument, éventuellement recevable, qui consisterait à affirmer aimer se plonger dans les éditions anciennes pour constater de visu les évolutions les plus manifestes du support numérique) ? En réalité, pour s'offrir ici une forme de tribune sur le sort réservé aux films de Bertrand Tavernier à l'heure de la haute-définition... Dans l'entretien que le cinéaste nous avait accordé en janvier 2013, c'est avec une amertume retenue mais palpable qu'il évoquait cette question. Depuis, si on annonce enfin un coffret HD pour la fin de l'année, il semblerait qu'il ne s'agisse pas de titres issus de son début de carrière, à nos yeux résolument exemplaire (de source bien informée, il s'agirait de Capitaine Conan et La Vie et rien d'autre, films par ailleurs plus que fort estimables). Nous trompons-nous lorsque nous affirmons que ces oeuvres, exigeantes et populaires à la fois, combleraient sans nul doute un public varié si jamais une édition HD venait enfin rendre justice à leurs qualités, notamment formelles ? A qui de droit - et à qui voudra l'entendre - nous affirmons donc aujourd'hui qu'il est grand temps que L'Horloger de Saint-Paul, mais aussi Que la fête commence, Le Juge et l'assassin, La Mort en direct, Coup de torchon ou encore Un dimanche à la campagne bénéficient d'une réédition digne de leurs noms.

Son

La bande-son mono est assez limpide, en tout cas assez dépourvue de souffle pour alterner convenablement les atmosphères, entre le bouillonnement des bouchons aux conversations animées et le silence des appartements vides au parquet craquant. La très belle partition de Philippe Sarde y trouve également sa place, malgré quelques oscillations.

A noter une version allemande (propre) et une version italienne (plus voilée), mais pas de sous-titres.

Suppléments

Cette édition était assez conséquente, en terme de suppléments :

Un entretien avec Bertrand Tavernier et Philippe Noiret (40 minutes), réalisé en mars 2001 par Michel Boujut, permettait aux deux hommes de montrer leur belle complicité, en remettant dans leur contexte la genèse du film, leur rencontre et les conditions du tournage. On y apprend notamment que la séquence de la poursuite le long des bords de Saône, avec la bagarre et la discussion qui s'ensuit entre Philippe Noiret et Jacques Denis, aura été très improvisée, Tavernier insistant à l'occasion sur la disponibilité et le professionnalisme de Pierre-William Glenn. On se délecte des anecdotes proposées par ces deux narrateurs hors pair, tout juste peut-on peut-être déplorer l'intégration maladroite, étonnamment tardive et plutôt balbutiante, des extraits du film.

Un autre protagoniste majeur du film, Jean Rochefort, figure lui dans un entretien de 15 minutes (également réalisé en mars 2001, par Jean-Luc Cambier), où il évoque le personnage singulier de Guiboud, au départ dévolu à François Périer. C'est sans objectivité aucune qu'on avouera s'être régalé, la seule diction de Jean Rochefort suffisant de toute façon à nous combler.

On retrouve également quelques images d'archives du tournage (4 minutes 10) : issu du journal télévisé régional du 24 juillet 1973 (Tavernier y est présenté comme « un jeune réalisateur lyonnais débutant »), on y voit le cinéaste et ses comédiens principaux évoquer le film sans trop en dire, Tavernier donner quelques directives sur le plateau ou Philippe Noiret discuter avec des passantes.

Plus habituels, une bande-annonce d'époque (3'09''), une galerie d'une trentaine de photos (d'assez moyenne qualité), les filmographies partielles de Bertrand Tavernier, de Philippe Noiret, de Jean Rochefort mais aussi de Christine Pascal, et enfin la remise du Prix Louis Delluc, couronnant le "réalisateur le plus prometteur de l'année", archive extraite du JT du 12 janvier 1974. On peut y constater qu'à 31 ans, Bertrand Tavernier possédait déjà un côté bretteur (« ça fait plaisir d'avoir le Delluc quand on voit comment nous avons été traités par certaines personnes », dit-il ainsi à France Roche qui l'interroge) qu'il n'a ensuite eu de cesse de confirmer, dans ses réalisations comme dans ses combats publics.

Par Antoine Royer - le 26 septembre 2014

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