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Test dvd

Häxan, la sorcellerie à travers les ages

DVD - Région 2
Potemkine
Parution : 3 / 5 / 2011

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Les éditions Potemkine / agnès b. proposent trois versions de Häxan. Deux d’entre elles restituent le film dans son intégralité. La première, présentée dans le DVD n°1, permet de voir le film dans les conditions se rapprochant a priori le plus de celles de la projection originale. Häxan est en effet montré dans une copie teintée - alternant le bleu, le rouge et l’ambré - avec un tempo de 18 images par seconde, c’est-à-dire celui en vigueur en 1922. Au risque de choquer les puristes, nous avouons humblement ne pas avoir perçu de différence notable par rapport à la version à 24 images par seconde incluse dans le second DVD si ce n’est sa durée logiquement plus longue de 17 minutes.

Le master restauré semble être identique pour l’une et l’autre des versions et présente les mêmes qualités - certaines - et défauts - relatifs. La restauration est globalement remarquable, gommant massivement les outrages du temps. Si en la matière cette édition française de Häxan n’a rien à envier à celle réalisée par Criterion en zone 1, elle souffre en revanche - légèrement - de la comparaison en ce qui concerne la lumière et la netteté. Les séquences nocturnes du Häxan de Potemkine / agnès b. sont ainsi plus sombres que celles du DVD de Criterion et offrent donc une lisibilité qui nous semble un peu moins prononcée. On ne verra cependant là rien de rédhibitoire quant au plaisir pris au visionnage de l’une ou l’autre de ces versions de Häxan. La troisième version du film, présentée dans une copie non teintée et globalement propre, est en fait une version abrégée et remontée de Häxan. Elle futréalisée en 1968 par le cinéaste britannique Anthony Balch en collaboration avec l’écrivain William S. Burroughs. Les deux hommes avaient déjà travaillé ensemble auparavant à propos de courts métrages expérimentaux tels que Towers Open Fire (1963) et The Cut Ups (1966). La principale différence par rapport à la version d’origine est la disparition de la plupart des intertitres, leur texte - traduit en anglais - constituant l’essentiel du commentaire lu par William S. Burroughs d’une voix monocorde. Celle-ci ne nous semble pas apporter grand-chose à la puissance esthétique d’un film conçu au temps du cinéma muet. Et on verra là plutôt une curiosité à destination de ceux qu’intéressent les expérimentations artistiques des années 1960. C’est sans doute la raison pour laquelle l’éditeur la propose en bonus.

Son

Alors que Criterion propose Häxan accompagné de la musique jouée lors de la première danoise du film en 1922, les éditions Potemkine / agnès b. ont fait le choix de partitions contemporaines. Celle de la version "87 minutes" a été composée en 2006 par l’islandais Barði Jóhannsson, surtout connu en France pour son appartenance au groupe Bang Gang. Mais on lui doit aussi de nombreuses musiques pour des films et des séries télévisées islandais ainsi que des documentaires. Barði Jóhannsson n’est donc pas un néophyte en matière de bande originale. Rien d’étonnant donc à ce que sa partition ait toutes les caractéristiques d’une musique de film classique : une orchestration d’inspiration symphonique, des mélodies clairement identifiables et évocatrices. Les uns en apprécieront la beauté, les autres regretteront - peut-être - que la musique de Barði Jóhannsson insiste essentiellement sur la dimension fantastique de Häxan, participant de son atmosphère angoissante, et occulte ainsi un peu les autres aspects du film. La partition de Matti Bye pour la version "104 minutes", un compositeur suédois de musiques de film ayant aussi travaillé sur La Charrette fantôme (1921) de Victor Sjöström, développe un univers aux tonalités a priori différentes de celles de Barði Jóhannsson. Parfois atonale, mêlant chants choraux et bruitages, la musique de Matti Bye est plus complexe. Elle souligne cependant aussi essentiellement la dimension étrange de Häxan, invitant nous semble-t-il à une lecture un peu réductrice du film. Ces deux partitions contemporaines sont présentées dans une belle stéréo Dolby Digital, comme celle de Daniel Humair accompagnant la version "1968" de Häxan. On avouera notre préférence pour cette bande originale composée par ce musicien de jazz réputé accompagné notamment de Jean-Luc Ponty et Martial Solal. Celle-ci, ne jouant pas uniquement la carte de l’étrange et de l’angoisse en s’échappant notamment vers l’ironique, reflète de manière plus fidèle la complexité du propos de Benjamin Christensen.

Suppléments

Mise à part la version de 1968 de Häxan, Potemkine / agnès b. ne propose qu’un seul autre supplément. Il s’agit d’une présentation de 8 minutes de Häxan par Benjamin Christensen lui-même, filmée à l’occasion d’une ressortie en 1941 au Danemark. Celle-ci pourra apparaître de prime abord comme redondante par rapport au film puisque le cinéaste y résume la problématique et les principales parties de Häxan. On conseillera cependant de visionner ce document en préambule au film. Vêtu d’une blouse blanche comme en portaient alors les enseignants, s’exprimant assis derrière un bureau sur lequel reposent quelques livres, le nez chaussé d’épaisses lunettes, Benjamin Christensen y campe un personnage professoral au discours docte et rigoureux. Et cette brève conférence vient ainsi renforcer la dimension pédagogique et documentaire de Häxan, un film qu’il ne s’agit définitivement pas - on l’aura compris - de réduire au statut d’œuvre fondatrice du cinéma fantastique et d’horreur européen.

Par Pierre Charrel - le 24 juin 2011