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Test dvd

Coffret Paradjanov

DVD - Région 2
Editions Montparnasse
Parution : 2 / 4 / 2013

Image

Les Chevaux de feu
C'est le film techniquement parlant le plus beau du coffret. Le master est impeccable, nettoyé de toutes scories et la compression se révèle de très bonne tenue. Quelques passages présentent une définition moins solide (comme celui où Ivan et Marichka, enfants, se disputent au bord du lac) mais l'ensemble est là aussi très satisfaisant. C'est surtout la qualité des couleurs et la fidélité de leur restitution (comparable à celles de la copie 35mm récemment restaurée) qui nous émerveillent. Une édition splendide, éclatante, qui rend justice au travail d'orfèvre de Paradjanov et de son chef opérateur. La version proposée ici est de 91 minutes, soit six de moins que la durée de la version internationale répertoriée (2 660m pour 97 min). C'est cependant la même version que l'on retrouvait sur les DVD Films Sans Frontière, Kino ou RusCiCo (Russian Cinema Council), toutes ces éditions ayant visiblement la même source d'origine.

Sayat Nova
De très belles couleurs là encore, mais cette fois-ci le transfert est bien moins satisfaisant. L'image manque de définition et de piqué. Dès que l'on est en plan large, les visages sont brouillés, flous ; et si les plans serrés sont plus satisfaisants, on perd beaucoup de la finesse des compositions et du soin apporté par chaque détail par Paradjanov. Ce qui est fort dommage car autrement la compression ne présente pas de défaut rédhibitoire et la copie se révèle très propre. On retiendra surtout le beau rendu des couleurs, centrales dans le travail de Paradjanov sur ce film. La durée du film est de 71 minutes, soit encore inférieure à la version remontée par Serguei Youtkevitch (73 min) et qui a été distribuée en République Soviétique et à l'international. Il ne s'agit donc pas de version dite "arménienne" - celle d'origine et la plus proche des désirs de Paradjanov - qui a été retrouvée au début des années 1990 et qui était d'une durée de 78 minutes. 71 minutes, c'est également moins que la version éditée précédemment en Zone 2 par Films Sans Frontière (74 minutes). Pour l'heure, il faut donc se tourner vers le Zone 1 édité par Kino si l'on veut découvrir la version la plus complète du film, celle de 78 minutes.

La Légende de la forteresse de Souram
Même constat d'ensemble que pour Sayat Nova pour ce qui concerne le manque de définition, même si elle est un peu meilleure que sur ce précédent titre. Autre défaut ; la luminosité d'ensemble est trop poussée, ce qui fait que certaines séquences en extérieur perdent en lisibilité, les visages des acteurs, les silhouettes, les objets étant "avalés" par la lumière. En intérieur, le défaut est moins sensible même si là encore on note des blancs régulièrement cramés et des effets de pompage dans les noirs. Les couleurs ont un rendu correct, mais demanderaient peut-être à être un peu plus mises en avant. La copie est par contre très propre, ce qui rend, malgré les défauts énoncés plus haut, le film tout à fait visible.

Achik Kérib
On retrouve ici une qualité comparable à celle de Sayat Nova. Si l'ensemble manque de piqué, les blancs ne sont plus aussi poussés et l'image retrouve une clarté d'ensemble acceptable. Les couleurs semblent par contre un peu faibles et auraient mérité d'être un peu mises en avant. La copie est en revanche très propre et il n'y a pas, comme sur l'ensemble des titres, de problème particulier de compression à noter. Dans l'ensemble, si l'on regrette que tous les films ne soient pas de la qualité des Chevaux de feu, on a affaire à des éditions correctes, équivalentes à celles existantes en Zone 1 et donc très nettement supérieures au précédent travail effectué par Films sans frontières.

Son

Les quatre films sont proposés uniquement dans leurs versions originales en mono. La qualité d'ensemble est très satisfaisante. Il y a peu de défauts à signaler, si ce n'est un très léger souffle mais qui ne gâche en rien le confort d'écoute. Le mixage très satisfaisant rend les voix, la musique ou les ambiances (rappelons que tout est post-synchronisé chez Paradjanov) claires et précises.

Suppléments

Chacun des quatre DVD bénéficie de son supplément d'une trentaine de minutes (deux pour celui de La Légende de la forteresse de Souram). Il s'agit d'une série de documentaires réalisés pour la télévision russe par Levon Grigorian, réalisateur qui a été l'assistant de Paradjanov. Ces cinq films forment un corpus d'analyse riche et passionnant où l'on apprend à découvrir aussi bien l'homme que l'artiste. A noter que ces cinq films ont fait l'objet en 2005 d'une édition vidéo par RusCico sous le titre Le Code Paradjanov, mais ils n'étaient alors disponibles que sous-titrés en anglais.

Eros et Thanatos (33 min)
« Aujourd'hui, nous avons une occasion unique de lever le voile qui masque les mystères de son art. Même abîmées par le temps, les images d'archives ont beaucoup à livrer... » : ainsi s'ouvre ce documentaire dans lequel Grigorian propose une approche de l'oeuvre du cinéaste à travers la façon dont l'amour et la mort s'y imbriquent constamment. Il s'appuie sur de nombreux extraits de ses films jusqu'à La Légende de la forteresse de Souram, sur quelques images de tournages et surtout sur des fragments et des séquences tests des Fresques de Kiev. L'originalité de ce documentaire tient dans la poésie du commentaire et un intéressant travail sur la bande sonore. Sur le fond, c'est également passionnant, avec une analyse pertinente et constamment illustrée par l'image de l'évolution du style du cinéaste, de ses grandes thématiques ou encore de son rapport avec des cultures et des arts d'horizons divers.


Souvenirs de Sayat Nova (30 min)
« On dit de façon prophétique : "les manuscrits ne brûlent pas". cela s'applique aussi aux films. Quarante ans plus tard, des profondeurs de sombres caves, sont apparus des épisodes miraculeusement conservés... »
On retrouve Levon Grigorian qui revient sur la mutilation de Sayat Nova et qui, dénichant des séquences coupées du film dans les archives d'Armenfilms, tente de reconstituer le film tel que Paradjanov l'avait rêvé. Grigorian explique qu'il est impossible de restaurer la version d'origine, des éléments coupés étant irrémédiablement perdus. Il propose donc ici un assemblage des séquences coupées (avec des plans de qualité très diverses) qu'il a pu retrouver et qu'il monte avec les images déjà connues pour proposer un "souvenir" de l'oeuvre d'origine. Les plans coupés et retrouvés montrent que Youtkevitch a enlevé des images jugées trop érotiques (des femmes dénudées ou encore cette vision récurrente et fortement suggestive du lait coulant sur des corps nus), énormément de plans symboliques et a énormément édulcoré l'attaque du monastère, élément du film certainement jugé trop nationaliste et pro-religieux par le Goskino. Grigorian accompagne ces images d'un commentaire en voix off, très poétique, qui explique les intentions narratives et les idées de Paradjanov. Un très beau - et très émouvant - complément au film, mais aussi une aide précieuse pour comprendre les intentions de Paradjanov, Grigorian expliquant nombre de symboles, d'allégories et de références culturelles ou historiques qui peuvent très facilement nous échapper...


Andreï et Sergueï (39 min)
Levon Grigorian explore dans ce documentaire, qui repose sur de nombreux témoignages d'amis et de proches, l'amitié profonde qui relia Tarkovski et Paradjanov. Deux hommes très différents humainement (« l'un introverti, l'autre extraverti » dit l'un des intervenants) et dans leur travail de cinéaste et qui pourtant ont trouvé l'un chez l'autre une grande communion d'esprit. Une amitié qui naît d'abord d'une rencontre esthétique, Paradjanov découvrant L'Enfance d'Ivan et déclarant que dès lors il n'accepterait plus chez lui que des personnes ayant vu le film ! L'amitié suit et Paradjanov devient l'hôte régulier de Tarkovski et ils ne manquent pas une occasion de se voir. Tarkovski admire sa liberté, Paradjanov considère son cadet comme son maître... mais entre eux il y a bien plus que de l'admiration, il y a de l'amour. La disparition de Tarkovski est un énorme choc pour Paradjanov, qui rendra hommage à son ami en lui dédiant son dernier film, Achik Kerib.

Orphée descend aux enfers (37 min)
Après une courte introduction biographique, Levon Grigorian raconte dans ce nouveau documentaire la période d'emprisonnement du cinéaste à travers de nombreux extraits de son journal et de la correspondance qu'il a entretenu avec ses amis. On découvre son incompréhension, sa douleur, sa peur et, en regard, l'explosion de sa foi et de sa spiritualité qui l'ont aidé à traverser l'enfer. Le documentaire s'attache aussi beaucoup à sa passion pour Pasolini - pour qui il écrit un requiem lorsqu'il apprend sa mort alors qu'il est interné au camp de Goubnik - et à son amitié avec Tarkovski. La lecture d'une lettre que son ami cinéaste lui a envoyé alors qu'il était en détention est un des moments les plus bouleversants du film. Grigorian mêle des extraits de films de Paradjanov, de L'Evangile selon saint Matthieu, de Stalker avec de nombreux croquis et dessins que le cinéaste a réalisés depuis sa prison, un savant travail de montage qui traduit en images la descente aux enfers et la résurrection du cinéaste.


Moi, Sergueï Paradjanov (25 min)
Ce documentaire daté de 1990 a été terminé quelques mois après la mort du cinéaste. Il s'ouvre sur des cartes postales de Tbilissi dans les années 30 qui resituent l'atmosphère de la ville où a grandi le cinéaste. Paradjanov intervient ensuite en voix off, raconte son enfance, sa famille, sa jeunesse et son oeuvre. Il n'y a malheureusement pas beaucoup d'éléments biographiques ou esthétiques proposés, les interventions du cinéaste étant assez rares au cours ces vingt-cinq petites minutes illustrées par de très nombreuses photos de Paradjanov, des exemples de ses collages, photos et bricolages et des extraits de ses films. On retiendra surtout les scènes du tournage de La Légende de la forteresse de Souram où on le voit travailler avec Dodo Abachidzé et ses comédiens, séquence qui représente une dizaine de minutes montées sans commentaires. Le documentaire se termine sur une longue séquence de plusieurs minutes montrant des images de la maison de Tbilissi désertée.

Par Olivier Bitoun - le 9 avril 2013

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