Menu
Test dvd

Caligula

DVD - Région 2
Metropolitan
Parution : 24 / 4 / 2003

Image

1.85 – 16/9 compatible 4/3. Copie ayant servie à la mastérisation un peu moins contrastée et définie que celle présentée sur la ”collector” Les noirs ne le sont pas autant et les couleurs sont un peu délavées par rapport à la version ”collector”. On relève quelques poussières blanches, quelques griffures, et un certain grain qui n’est d’ailleurs pas grave. Le coupes engendrées par la censure provoquent quelques ruptures de plan rattrapées du mieux possible au montage mais parfois sensibles. Cela dit, l’encodage 16/9 magnifie ce qui reste du film au mieux. En soi, globalement satisfaisant.

Son

Version anglaise sous-titrée français ou version française, toutes deux remastérisées en DD5.1. Excellent doublage français mais arrière-plans sonores, effets, etc. un peu atténués par rapport à la v.o.s.t.f. mieux équilibrée. La musique ou certains effets sonores sont parfois volontairement accrocheurs et semblent sortir de leurs gonds, ce qui correspond à la copie cinéma d’origine. Ce film étant tout sauf « réaliste », cet aspect « théâtrale » du jeu avec ces deux éléments fait partie intégrante du film. Détail amusant : étant donné la connotation négative de ce phonème lorsqu’il est entendu par une oreille française, le général des prétoriens Macro change de nom et devient dans la v.f. «Macron» !

Suppléments

Note sur l’aspect physique du coffret : très bel objet avec un travail des illustrations aux couleurs remarquables et une belle pièce de monnaie en relief cartonné à l’effigie de l’empereur qui en fait un objet à part esthétiquement, correspondant pleinement aux affiches originales du film, tant française qu’étrangères. Belles sérigraphies à dominantes bleues et rouges des DVD eux-mêmes.

Le Making-of (48’, 4/3, v.o.s.t.f.)
Il s’agit de A documentary on the making of Gore Vidal’s Caligula produit et réalisé par Giancarlo Lui et présenté en 1981.
Il mélange interviews de créateurs du film et de journalistes et images parfois impressionnantes du tournage et des « sets » en 1.33 standard (4/3), images du film provenant d’une copie 1.85 d’époque, d’une remastérisée 1999 (USA) ou 2003 (France) flambante. Il est inoubliable en raison d’une voix d’outre-tombe « off » conçue pour effrayer encore plus – et appâter tout autant– le spectateur que l’avertissement de mise en garde qui l’ouvre : incroyable et authentique voix de bande-annonce classique qui débite les liaisons entre les interviews sur le ton de l’horreur sous-jacente ! Bel effet commercial ! La dégaine du co-producteur Bob Guccione – on ne voit pas une fois Franco Rossellini, incroyable tout de même !! - chemise ouverte jusqu’au nombril sur 5 médaillons et chaînes en or, parlant à table en marbre où sont artistiquement posées des grappes de raisin et autres signes connotant le film, est, elle aussi, hallucinante en raison de son aspect vulgaire et agressivement « nouveau riche ». Mais la surprise provient de l’intelligence et de la sincérité absolue de Guccione : sous cet aspect physique caricatural, il s’est voulu producteur d’un nouveau genre de cinéma offrant un mélange inédit. Il le dit, défend son film et cela sonne absolument juste du début à la fin. Il est évident qu’il ne s’agissait pas seulement à ses yeux d’un emballage pour « Pets of the month ». De la conception au résultat, force est d’avouer que Guccione est un producteur important, tout comme Franco Rossellini, de l’histoire du cinéma. La « frime » insupportable de Gore Vidal, pourtant scénariste intelligent - il a écrit pour Wyler Ben-Hur [Ben-Hur] (USA 1959), Arthur Penn, Mankiewicz, et bien d’autres - est aussi très pénible mais comme pour Guccione, certains de ses propos se révèlent très pertinents et intelligents et nous le rendent bien plus sympathiques que ce que son attitude filmée et filmique laissait présager : il voulait que Caligula fût un film « moderne » conçu comme un rêve (« a kind of a dream ») que nous rêvons tous secrètement la nuit. Brass pour sa part insiste sur l’idée classique du pouvoir absolu engendrant la folie en raison de sa nature ontologiquement mauvaise mais fascinante par l’énergie qu’elle dégage et qu’il veut restituer. Bob Guccione voudrait bien réconcilier les « contributeurs » à cette « grandiose œuvre d’art foncièrement collective » dont l’auteur premier est le scénariste et non le réalisateur. On le sent très tendu à ce stade. Malcolm McDowell a pour sa part une interprétation politique amusante, car bien anachronique, d’un empereur Caligula comme anarchiste luttant contre la bureaucratie.

On sent que ce genre de propos vise une cible bien précise (la cible de l’époque : l’intelligentsia « de gauche » rompue au commentaire de Marx par Trotski) et sa finalité sonne plus « pornographique » au sens commercial que tout le reste de ce qui est dit ! On n’y croit pas un instant et le renseignement fourni au sujet de l’acteur dans le bonus suivant (cf. : « b » infra) par Guccione nous confirme dans cette impression.
Moment drôle : Victor Vramant (qui est-ce ?!! Style Unifrance BCBG en costard cravate, d’ailleurs pas bête du tout et assez sympathique) évoque la controverse entre Vidal et Brass et une voix féminine américaine recouvre la v.f. par une traduction tandis que des sous-titres français traduisent ce qu’on aurait pu entendre tranquillement : tyrannie de la piste sonore unique ! Même chose lorsqu’il intervient une seconde fois pour dire qu’à son avis le film, d’après la scène à laquelle il a pu assister, sera original et intéressant ! Autres interviewés : Helen Mirren, jolie et énigmatique, simple et qui résume d’une phrase laconique avec un petit sourire ce qui constitue la raison d’être du film dont le tournage est interdit aux journalistes mais pas à tous. Certains y ont été et en parlent : une américaine y a passé une journée. Elle est simple et gentille mais n’apporte pas grand chose…
Quelques détails matériels utiles : le film a nécessité la construction de 64 décors, 13 Penthouse girls ont été mises à contribution… etc. Guccione synthétise son point de vue encore une fois : il a voulu, pour la première fois dans l’histoire du cinéma selon lui – et c’est vrai - unir le cinéma underground, le cinéma X et le cinéma traditionnel en donnant au mélange toutes les chances artistiques et financières de réussite. Son film, dit-il fièrement, est donc bien plus « paganographique » que pornographique.

Les secrets d’un tournage mouvementé
Extraits d’un entretien avec le producteur Bob Guccione paru dans Penthouse de mai 1980 sur l’histoire générale du tournage décomposé en 4 parties : la saga Caligula - le choix du réalisateur - les décors - les acteurs.
Ce sont des extraits de textes fixes sur fond noir dont la présentation est lisible et bien aérée. Ils établissent le jugement du producteur sur ses collaborateurs et sont donc subjectifs mais bien entendu passionnants en raison de leur franc-parler et de leur virulence. Guccione avait rencontré Brass alors qu’il montait Salon Kitty [Salon Kitty] (Italie, 1976) et avait apprécié son talent « brut mais qu’on pouvait affiner. » mais conclut qu’à ses yeux « Brass a saboté le film » après avoir semblé « coopérer » au début. En fait, il décrit un rapport de forces entre son clan (lui et ses filles de Penthouse) et « Brass et son gang ».
On y apprend des précisions matérielles très importantes sur l’incroyable odyssée du négatif entre Rome, Londres, Paris (où furent tirées les premières copies positives !) et New York, les procès que le film déclencha entre ses collaborateurs en raison de leur désaccord, les noms (John Huston notamment !) des réalisateurs qui avaient été contactés par la production avant Brass et les raisons pour lesquelles on leur préféra Brass, sans parler des raisons pour lesquelles on le renvoya.
Mais on regrette qu’un tel témoignage n’ait pas été disponible pour l’autre producteur du film, Franco Rossellini. Guccione précise à un moment leur communauté de point de vue sur un point fondamental : ils étaient tous deux mécontents du travail de Brass qui avait filmé 200km de pellicule (« assez pour faire 50 Ben-Hur » : peut-être cette estimation est-elle légèrement exagérée) mais avait « ignoré la moitié des décors et des accessoires créés par Danilo Donati » la « vraie star » du film selon Guccione. Donati avait été le directeur artistique du Fellini-Satyricon [Satyricon] (Italie, 1970) de Federico Fellini et sa collaboration au film est en effet magnifique. Sur les acteurs, Guccione n’est pas moins indépendant et sincère : Malcolm McDowell ? Un excellent acteur mais d’une pingrerie rarissime : il n’a jamais payé un café à personne ! Peter O’Toole a détesté Brass au premier regard et usait un peu trop de drogues telles que l’alcool au point qu’il finit par devenir source de dépenses et de retards, pour finir par être « ingérable ». Grands éloges de Gielgud et Helen Mirren : le premier a fait son travail « sans murmure, sans intrigues et sans problèmes » et la seconde « est de la même veine ».

Filmographies
Utiles et très soignées dans lesquelles on n’a relevé qu’une erreur que nous pardonnons bien volontiers tant le travail est sérieux. Il faut les consulter pour avoir une idée exacte de la qualité et de la variété des comédiens prestigieux qui furent de l’aventure.
- Malcolm McDowell
- Helen Mirren
- Peter O’Toole
- Sir John Gielgud : ici l’unique erreur gênante relevée. Il joue bien dans The Human Factor (GB 1980) qui est d’ailleurs le dernier – et mauvais hélas ! - film d’Otto Preminger mais celui-ci n’a rien à voir avec le The Human Factor [La guerre des otages] (USA 1975) d’Edward Dmytryk avec lequel il est confondu et dans lesquels jouent George Kennedy, Raf Vallone, Arthur Franz, Haydée Politoff, Barry Sullivan, Rita Tushingham mais pas Sir Gielgud ! La date tardive de sortie parisienne (10 juin 1981) du Dmytryk rendait possible une confusion avec le Preminger qui n’a pour sa part jamais été distribué en France et fut exhumé il y a quelques années à peine par le Cinéma de Minuit avec près de 20 ans de retard.
- Tinto Brass
- Gore Vidal : on rajoutera le titre « explicite » français de Myra Breckinridge : [Hermaphrodite] (USA 1970) de Michael Sarne ave Raquel Welch et John Huston même s’il est aujourd’hui oublié par l’usage qui lui préfère le titre original.
On aurait pu y rajouter celles d’Adriana Asti, de Mirella D’Angelo et John Steiner. On aurait pu mentionner aussi que les deux protagonistes de la célèbre scène lesbienne, Anneka Di Lorenzo et Lori Wagner, avaient été ré-embauchées par Bruno Corbucci à l’issue du tournage pour reprendre exactement leurs mêmes rôles dans Messalina ! Messalina ! [Messaline, impératrice et putain] (Ital. 1977, sorti en France en 1981) produit par Franco Rossellini début 1977 afin de rentabiliser les décors toujours debout de Caligula. À tel point que certains éléments de décors construits par Donati sont davantage visibles dans le Corbucci – voire même visibles pour la première fois - que dans le film initial.

Lien Internet avec le site de Tinto Brass et celui de Metropolitan Filmexport si on insère le DVD dans un lecteur DVDRom d’un ordinateur équipé d’Internet.

Par Francis Moury - le 13 mars 2004