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Test dvd

Caligula

DVD - Région 2
Metropolitan
Parution : 24 / 4 / 2003

Image

La copie d’origine est bien plus belle que l'édition Prestige. Bel étalonnage. Mastérisation numérique supérieure à tous points de vue. La gestion des noirs, des couleurs, du contraste, de la définition : le tout est assez somptueux et largement un cran au-dessus de l’édition ”prestige”. Le grain existe encore mais n’est pas aussi sensible. On aurait aimé un lissage parfait : mais enfin ne nous plaignons pas. Pratiquement aucun défaut physique (poussières blanches, griffures de l’édition ”prestige”) ne demeure.

Son

Version anglaise sous-titrée français ou version française, toutes deux remastérisées en DD5.1. Résultat identique à l'édition Prestige à tous points de vue.

Suppléments

Making of intégral (56’30). Par rapport à la version de l'édition prestige, on trouve des plans de torture (16’57’’ à 17’35’’), d’inserts sur des actrices nues dont une répétant une scène amorçant une fellation (37’30’’ à 37’53’’), de fragments d’orgies d’interviews de deux « Penthouse girls » ayant hardé sur le film, l’anglaise Jane Hargrave et l’américaine Lori Wagner entrecoupés d’un ou deux plans identiques d’interviews de journalistes présents dans la version coupée (39’45’’ à 46’03’’).

Ce Making Of mélange interviews de créateurs du film et de journalistes et images parfois impressionnantes du tournage et des « sets » en 1.33 standard (4/3), images du film provenant d’une copie 1.85 d’époque, d’une remastérisée 1999 (USA) ou 2003 (France) flambante. Il est inoubliable en raison d’une voix d’outre-tombe « off » conçue pour effrayer encore plus – et appâter tout autant– le spectateur que l’avertissement de mise en garde qui l’ouvre : incroyable et authentique voix de bande-annonce classique qui débite les liaisons entre les interviews sur le ton de l’horreur sous-jacente ! Bel effet commercial ! La dégaine du co-producteur Bob Guccione – on ne voit pas une fois Franco Rossellini, incroyable tout de même !! - chemise ouverte jusqu’au nombril sur 5 médaillons et chaînes en or, parlant à table en marbre où sont artistiquement posées des grappes de raisin et autres signes connotant le film, est, elle aussi, hallucinante en raison de son aspect vulgaire et agressivement « nouveau riche ». Mais la surprise provient de l’intelligence et de la sincérité absolue de Guccione : sous cet aspect physique caricatural, il s’est voulu producteur d’un nouveau genre de cinéma offrant un mélange inédit. Il le dit, défend son film et cela sonne absolument juste du début à la fin. Il est évident qu’il ne s’agissait pas seulement à ses yeux d’un emballage pour « Pets of the month ». De la conception au résultat, force est d’avouer que Guccione est un producteur important, tout comme Franco Rossellini, de l’histoire du cinéma. La « frime » insupportable de Gore Vidal, pourtant scénariste intelligent - il a écrit pour Wyler Ben-Hur [Ben-Hur] (USA 1959), Arthur Penn, Mankiewicz, et bien d’autres - est aussi très pénible mais comme pour Guccione, certains de ses propos se révèlent très pertinents et intelligents et nous le rendent bien plus sympathiques que ce que son attitude filmée et filmique laissait présager : il voulait que Caligula fût un film « moderne » conçu comme un rêve (« a kind of a dream ») que nous rêvons tous secrètement la nuit. Brass pour sa part insiste sur l’idée classique du pouvoir absolu engendrant la folie en raison de sa nature ontologiquement mauvaise mais fascinante par l’énergie qu’elle dégage et qu’il veut restituer. Bob Guccione voudrait bien réconcilier les « contributeurs » à cette « grandiose œuvre d’art foncièrement collective » dont l’auteur premier est le scénariste et non le réalisateur. On le sent très tendu à ce stade. Malcolm McDowell a pour sa part une interprétation politique amusante, car bien anachronique, d’un empereur Caligula comme anarchiste luttant contre la bureaucratie.

On sent que ce genre de propos vise une cible bien précise (la cible de l’époque : l’intelligentsia « de gauche » rompue au commentaire de Marx par Trotski) et sa finalité sonne plus « pornographique » au sens commercial que tout le reste de ce qui est dit ! On n’y croit pas un instant et le renseignement fourni au sujet de l’acteur dans le bonus suivant (cf. : « b » infra) par Guccione nous confirme dans cette impression.
Moment drôle : Victor Vramant (qui est-ce ?!! Style Unifrance BCBG en costard cravate, d’ailleurs pas bête du tout et assez sympathique) évoque la controverse entre Vidal et Brass et une voix féminine américaine recouvre la v.f. par une traduction tandis que des sous-titres français traduisent ce qu’on aurait pu entendre tranquillement : tyrannie de la piste sonore unique ! Même chose lorsqu’il intervient une seconde fois pour dire qu’à son avis le film, d’après la scène à laquelle il a pu assister, sera original et intéressant ! Autres interviewés : Helen Mirren, jolie et énigmatique, simple et qui résume d’une phrase laconique avec un petit sourire ce qui constitue la raison d’être du film dont le tournage est interdit aux journalistes mais pas à tous. Certains y ont été et en parlent : une américaine y a passé une journée. Elle est simple et gentille mais n’apporte pas grand chose…
Quelques détails matériels utiles : le film a nécessité la construction de 64 décors, 13 Penthouse girls ont été mises à contribution… etc. Guccione synthétise son point de vue encore une fois : il a voulu, pour la première fois dans l’histoire du cinéma selon lui – et c’est vrai - unir le cinéma underground, le cinéma X et le cinéma traditionnel en donnant au mélange toutes les chances artistiques et financières de réussite. Son film, dit-il fièrement, est donc bien plus « paganographique » que pornographique.

Interview inédite de Tinto Brass (en 4/3, plans fixes échelonnés, 8’50’’) divisée en 6 sections : Premier émoi érotique – Du bordel au cinéma - érotisme ou pornographie ? – Les fesses, message érotique – le casting – cinéma érotique d’aujourd’hui.
Très intéressant. Brass s’exprime dans un très bon français et donne plusieurs indications importantes. Pour lui la pornographie est un érotisme sans langage. Il cite Roland Barthes, évoque la perfection du cercle comme possible idéalisation des fesses, insiste sur le moment du casting comme mesure de la pudeur. Il explique que l’émotion érotique est selon lui engendrée par une conquête de l’interdit. Cette « morbosita » de l’érotisme existe en Italie à cause de la prégnance culturelle et de la notion de péché. Celles-là qui manquent selon lui aux actrices des pays de l’Est pour pouvoir s’élever de la pornographie à l’érotisme. L’idée de réalité de l’acte sexuel comme argument de qualité d’un film érotique lui semble aussi absurde que l’idée d’un film de gangster supérieur aux autres du même genre parce qu’on y tuerait « pour de bon » les acteurs ! Savoureux aspects biographiques : la ville de sa jeunesse, Venise, comportait le même nombre de bordels que de salles de cinéma (30 ou 38 ?) et le passage de l’une à l’autre au cours de la même soirée était quasi-rituel pour les jeunes italiens de son époque.

Les secrets d’un tournage mouvementé.
Extraits d’un entretien avec le producteur Bob Guccione paru dans Penthouse de mai 1980 sur l’histoire générale du tournage décomposé en 4 parties : la saga Caligula - le choix du réalisateur - les décors - les acteurs.
Ce sont des extraits de textes fixes sur fond noir dont la présentation est lisible et bien aérée. Ils établissent le jugement du producteur sur ses collaborateurs et sont donc subjectifs mais bien entendu passionnants en raison de leur franc-parler et de leur virulence. Guccione avait rencontré Brass alors qu’il montait Salon Kitty [Salon Kitty] (Italie, 1976) et avait apprécié son talent « brut mais qu’on pouvait affiner. » mais conclut qu’à ses yeux « Brass a saboté le film » après avoir semblé « coopérer » au début. En fait, il décrit un rapport de forces entre son clan (lui et ses filles de Penthouse) et « Brass et son gang ».
On y apprend des précisions matérielles très importantes sur l’incroyable odyssée du négatif entre Rome, Londres, Paris (où furent tirées les premières copies positives !) et New York, les procès que le film déclencha entre ses collaborateurs en raison de leur désaccord, les noms (John Huston notamment !) des réalisateurs qui avaient été contactés par la production avant Brass et les raisons pour lesquelles on leur préféra Brass, sans parler des raisons pour lesquelles on le renvoya.
Mais on regrette qu’un tel témoignage n’ait pas été disponible pour l’autre producteur du film, Franco Rossellini. Guccione précise à un moment leur communauté de point de vue sur un point fondamental : ils étaient tous deux mécontents du travail de Brass qui avait filmé 200km de pellicule (« assez pour faire 50 Ben-Hur » : peut-être cette estimation est-elle légèrement exagérée) mais avait « ignoré la moitié des décors et des accessoires créés par Danilo Donati » la « vraie star » du film selon Guccione. Donati avait été le directeur artistique du Fellini-Satyricon [Satyricon] (Italie, 1970) de Federico Fellini et sa collaboration au film est en effet magnifique. Sur les acteurs, Guccione n’est pas moins indépendant et sincère : Malcolm McDowell ? Un excellent acteur mais d’une pingrerie rarissime : il n’a jamais payé un café à personne ! Peter O’Toole a détesté Brass au premier regard et usait un peu trop de drogues telles que l’alcool au point qu’il finit par devenir source de dépenses et de retards, pour finir par être « ingérable ». Grands éloges de Gielgud et Helen Mirren : le premier a fait son travail « sans murmure, sans intrigues et sans problèmes » et la seconde « est de la même veine ».
Par rapport au même bonus présenté dans l'édition prestige, on trouve des ajouts importants de Guccione dans la partie La saga Caligula et l’adjonction d’une section Caligula, un film porno ? Les adjonctions à la première section contiennent des éléments inédits - analysée d’ailleurs par Cognard dans son commentaire audio du diaporama - complétant la question du tournage quasi-clandestin de certaines séquences pornographiques par le producteur contre son metteur en scène, certaines anecdotes relatives à Anneka Di Lorenzo et Lori Wagner et aux séquences d’orgies, etc. On apprend que Guccione a refusé de soumettre le film monté à la Motion Picture Association of America : il n’a pas de visa ! Il confirme avec classe sa position : « Nous avons fait par le biais de l’image ce que font les auteurs et les historiens avec des mots. »

Les filmographies
Utiles et très soignées dans lesquelles on n’a relevé qu’une erreur que nous pardonnons bien volontiers tant le travail est sérieux. Il faut les consulter pour avoir une idée exacte de la qualité et de la variété des comédiens prestigieux qui furent de l’aventure.
- Malcolm McDowell
- Helen Mirren
- Peter O’Toole
- Sir John Gielgud : ici l’unique erreur gênante relevée. Il joue bien dans The Human Factor (GB 1980) qui est d’ailleurs le dernier – et mauvais hélas ! - film d’Otto Preminger mais celui-ci n’a rien à voir avec le The Human Factor [La guerre des otages] (USA 1975) d’Edward Dmytryk avec lequel il est confondu et dans lesquels jouent George Kennedy, Raf Vallone, Arthur Franz, Haydée Politoff, Barry Sullivan, Rita Tushingham mais pas Sir Gielgud ! La date tardive de sortie parisienne (10 juin 1981) du Dmytryk rendait possible une confusion avec le Preminger qui n’a pour sa part jamais été distribué en France et fut exhumé il y a quelques années à peine par le Cinéma de Minuit avec près de 20 ans de retard.
- Tinto Brass
- Gore Vidal : on rajoutera le titre « explicite » français de Myra Breckinridge : [Hermaphrodite] (USA 1970) de Michael Sarne ave Raquel Welch et John Huston même s’il est aujourd’hui oublié par l’usage qui lui préfère le titre original.
On aurait pu y rajouter celles d’Adriana Asti, de Mirella D’Angelo et John Steiner. On aurait pu mentionner aussi que les deux protagonistes de la célèbre scène lesbienne, Anneka Di Lorenzo et Lori Wagner, avaient été ré-embauchées par Bruno Corbucci à l’issue du tournage pour reprendre exactement leurs mêmes rôles dans Messalina ! Messalina ! [Messaline, impératrice et putain] (Ital. 1977, sorti en France en 1981) produit par Franco Rossellini début 1977 afin de rentabiliser les décors toujours debout de Caligula. À tel point que certains éléments de décors construits par Donati sont davantage visibles dans le Corbucci – voire même visibles pour la première fois - que dans le film initial.

Diaporama commenté par François Cognard
Formats divers pour des plans, des photos de tournage ou d’exploitation de qualité technique variable, sur lesquelles on zoome pour détailler une expression, un détail matériel. 12’ François commente à un haut débit (contrainte de l’exercice qu’il a rédigé préalablement avec soin) les divers matériels en analysant justement certains points négligés par les autres bonus. On apprend ainsi que Silvano Ippoliti était le directeur de la photo attitré de Brass – il était déjà sur Salon Kitty – que Danilo Donati est décédé il y a peu, que le consultant gastronomique du film était celui employé par Marco Ferreri sur La grande bouffe (France, 1973)– savoureux détail que seul un passionné pointu du film comme François pouvait nous apporter !- etc. François a le sens de la formule et de la synthèse : il n’a pas été journaliste à Starfix pour rien : il pose une exacte et intéressante opposition entre l’érotisme Brassien et l’érotisme Penthousien, évoque une évidente « tentation fellinienne » qui nous semble juste mais qu’il nuance d’une intéressante hypothèse : celle d’un « tombeau » de cette tentative qui s’érige au fur et à mesure que le film se déploie. Parfois, la bande son originale française ou originale recouvre un peu ses paroles mais elles restent toujours audibles.

Lien vers les sites internets
Liens avec le site de Tinto Brass et celui de Metropolitan Filmexport si on insère le DVD dans un lecteur DVDRom d’un ordinateur équipé d’Internet.

Par Francis Moury - le 1 janvier 2004