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Test dvd

Bela Lugosi immortel

DVD - Région 2
Artus
Parution : 5 / 7 / 2011

Image

Profiter de Bela Lugosi en DVD est souvent délicat. Concernant ses films tournés pour des studios importants (la Universal en tête), les DVD disponibles aux USA sont appréciables. Ses plus grands films sont ainsi la plupart du temps diffusés au travers d’éditions DVD de qualité, puisque préparés par les studios eux-mêmes. Belles copies et efforts techniques sont en général très satisfaisants, sans oublier la présence de sous-titres français. Cependant, pour tous les films tombés dans le domaine public (les films de la Monogram, de la PRC…), c’est une autre paire de manches. Les éditions DVD pullulent et il est bien souvent presque impossible de voir ces nombreux petits films dans des conditions techniques acceptables. En France, parmi les éditions scandaleuses existantes, il reste heureusement l’éditeur Aventi qui a sorti six films libres de droit avec l’acteur (Bowery at Midnight, The Devil Bat, Invisible Ghost, The Corpse Vanishes, Ghosts on the Loose et Scared to Death) dans des conditions correctes : image certes bruitée, parasites en pagaille, définition aléatoire, surexposition de certaines scènes… mais avec néanmoins des copies relativement honorables compte tenu de l’âge des films et de l’absence d’intérêt dont ils font l’objet dans l’univers de la restauration et de la conservation (chose malheureusement compréhensible quant à l’importance quasi nulle de ces productions au regard de l’histoire du cinéma). Voir ces œuvrettes dans les conditions proposées par Aventi (avec également des sous-titres français) demeure probablement la meilleure alternative.

Récemment, de façon complémentaire, l’éditeur Artus a sorti Le Tueur aveugle (toujours avec Lugosi) dans le même état d’esprit, offrant un confort visuel acceptable au spectateur. Or, cet éditeur indépendant à qui l’on doit quelques raretés intéressantes a décidé de ne pas s’arrêter en si bon chemin. Voici donc un Coffret Bela Lugosi comprenant trois films libres de droit. Qu’en est-il alors de la qualité de l’objet ?

Trois films issus du domaine public, et curieusement trois efforts à saluer. Le film le plus important du coffret est sans l’ombre d’un doute White Zombie. Diffusé au travers de nombreuses éditions DVD bâclées et irregardables (notamment en France), le film était devenu difficile à apprécier à sa juste valeur. Ici, Artus se fend d’un travail vraiment louable. Alors oui, le master est abimé et bien sûr, l’ensemble n’est pas exempt de défauts, loin de là. On note un manque de contrastes, des visages parfois un peu trop blancs et une facture générale très fragile (l’effet d’image un peu floue n’a pas disparu non plus). En contrepartie, White Zombie est enfin disponible dans un vrai noir et blanc, permettant d’apprécier un peu mieux sa photographie, et les acteurs sont enfin reconnaissables d’un plan à l’autre. Il ne faut pas oublier que ce film de près de 80 ans est à la base une petite production, qui n’a en outre jamais subi de véritable restauration. La stabilité de l’image est par ailleurs étonnante et la lisibilité de l’ensemble s’en ressent. C’est bien simple, l’édition Artus enterre sans problème l’édition Ciné-club Hollywood qui était jusqu’ici certainement la meilleure en France (c’est dire l’étendue du désastre auquel nous avons assisté jusqu’à maintenant). En deux mots, il faudra donc être indulgent avec la qualité offerte, mais pour les amateurs du film cette ressortie constitue une jolie surprise grâce à un effort technique bien visible. Il est fort peu probable qu’un autre éditeur puisse nous offrir mieux. The Mysterious Mr. Wong a droit ici à sa première sortie française. Les DVD américains étaient bien sûr totalement indigents (et privés de sous-titres). Artus ne fait bien sûr pas de miracle. La copie est correcte, malgré un grand nombre de scènes surexposées (les visages des acteurs en souffrent pas mal), et les contrastes passables. Le gros souci vient surtout de la stabilité de la copie, régulièrement tremblotante, ainsi que de la numérisation parfois hasardeuse. La compression est de ce fait aléatoire, avec pas mal de bruit vidéo. Cela dit, l’ensemble demeure convenable et permet, mine de rien, de découvrir ce film sans se faire mal aux yeux. Il s’agit en tout cas de la moins bonne copie du coffret. Enfin, lui aussi proposé pour la première fois dans l’Hexagone, Voodoo Man complète un travail soigneux. Malgré de très nombreuses griffures de bas en haut de l'image, la copie est bien conservée, offrant des contrastes qui n’ont rien à voir avec ses mauvais homologues américains. Il reste toujours ce problème de numérisation, mais moins qu’avec The Mysterious Mr. Wong. Quelques effets de trames, du bruit vidéo… mais un confort de visionnage appréciable. L’état général est honorable, voire inattendu compte tenu du matériau existant pour ce film.

Son

Les trois films sont proposés dans leur VO d’origine. White Zombie offre un ensemble clair, sans trop de souffle, avec bien entendu les limites que l’on connaît. Là encore, le travail au niveau du son renvoie toutes les autres éditions DVD du film à la poubelle. Les voix sont audibles et les dialogues compréhensibles. Cependant, le son de The Mysterious Mr. Wong est à peine convenable, avec une ambiance étouffée. Les dialogues sont en revanche audibles, c’est l’essentiel. Pour finir, Voodoo Man s’en sort bien, avec une tenue générale sans accroc. Du souffle et de la saturation parfois, mais rien de très grave. Sous-titres français pour les trois films.

Suppléments

Deux disques, les menus sont soignés, la navigation limpide. L’entrée en matière est enthousiasmante. Des bandes-annonces (les quatre films de Lugosi sortis par Artus) et des diaporamas font office d’amuse-gueules. Le gros morceau, c’est bien le documentaire sur Bela Lugosi intitulé Bela Lugosi : Hollywood’s Dracula. Issu d’un DVD américain désormais épuisé, ce très bon documentaire est enfin sous-titré en français. 52 minutes bien remplies où sont distillées des informations très intéressantes. Une excellente manière de s’informer sur l’acteur sans non plus trop rentrer dans les détails. Les puristes, eux, pourront se tourner vers les deux excellents livres de Gary Don Rhodes sur l’acteur : Bela Lugosi et Bela Lugosi, Dreams and Nightmares, deux bibles absolues pour en savoir le plus possible sur cette légende hongroise unique en son genre (y compris des informations inédites et des révélations passionnantes). Pour les autres, ce documentaire suffira amplement. On y voit pas mal d’images assez rares, surtout durant les débuts de Bela en Allemagne, mais aussi des extraits d’interviews tout à fait appropriés. Sa filmographie est balayée de façon rapide mais claire, ainsi que ses relations amoureuses orageuses. Sa vie professionnelle et sa vie privée (parfois intimement liées) sont parcourues avec intérêt. Quelques défauts viennent cependant nuancer la qualité de cette source d’informations. Tout d’abord, l’acteur n’a pas refusé le rôle de la créature de Frankenstein en 1931, comme cela a souvent été communément admis (en fait, il a été viré du projet par Carl Laemmle). Cette fausse anecdote qui a la vie dure a notamment été propagée par l’acteur lui-même, sans doute blessé dans son orgueil. Ensuite, de superbes films comme The Black Cat et The Raven (ses plus grands rôles) sont trop succinctement abordés. Dommage, ceux-ci méritaient bien qu’on s’y arrête au moins deux minutes. Dans le même ordre d’idées, le documentaire ne met pas suffisamment en avant sa carrière durant les années 1930, c'est-à-dire quand il travaillait régulièrement à la Universal. Au bout du compte, tout cela n’est pas rédhibitoire, et ce documentaire de référence conserve une grande part de son intérêt. Un bonus de choix que l’on est heureux de pouvoir découvrir intégralement chez nous.

Quatre cartes postales (reproductions de lobby-cards) et un livret de 32 pages (fac-similé du magazine Horror Pictures intitulé Le retour de Bela Lugosi) comprenant un certain nombre de photographies, complètent un ensemble décidemment soigné et respectueux du cinéphile. Ce coffret devrait contenter les fans de l’acteur, mais aussi permettre de découvrir White Zombie de manière plus appropriée.

Par Julien Léonard - le 1 septembre 2011

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