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Test blu-ray

Texasville

BLU-RAY - Région B
Carlotta
Parution : 5 / 7 / 2022

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Texasville poursuit la démarche entreprise, depuis quelques années déjà, par l'éditeur français Carlotta pour rendre honneur à la filmographie de Peter Bogdanovich, avec un travail éditorial qui force bien souvent l'admiration. Comme Daisy Miller, sorti dans la même salve durant l'été 2022, le film bénéficie ainsi - et à moins que nous disions une grosse ânerie - de sa toute première édition haute-définition au monde. Pour autant, et là encore comme pour Daisy Miller, il s'agit d'une édition basée sur un master HD préexistant, en l'occurrence assez ancien (2002 pour le DVD MGM américain). Le résultat demeure toutefois honorable - pour tout dire, nous aurions peut-être été plus sévères si la facture visuelle du film avait été plus flamboyante...

Quelques éléments contribuent certes à dater ce master aux standards un peu obsolètes (des scories résiduelles, une stabilité hétérogène, un manque de piqué dans les détails, un grain parfois épais et au rendu parfois artificiel, etc.), mais dans l'ensemble, le rendu semble tout à fait cohérent avec l'atmosphère "eighties" du film (on parle moins ici des coiffures ou des tenues que d'une norme esthétique, notamment dans le traitement assez direct de la lumière ou dans le rendu des couleurs) et ne semble ainsi pas dépourvu d'une forme de naturel.

Des plans plus ou moins définis de-ci de-là, d'autres au rendu un peu trop sombre, on pourrait pinailler et insister sur ce qu'une nouvelle restauration basée sur un scan plus précis apporterait de nuances ou de finesse (c'est un fait) ; mais avec le matériau disponible, il semblait difficile de faire beaucoup mieux (à titre d'illustration, signalons la place accordée au film sur le disque, au-delà des 36 gigabytes, qui explique aussi en partie le soin accordé à la compression).

Son

Pour faire dans la litote, disons que l'intérêt du film ne réside pas spécialement dans son travail sur le son. A cet égard, les deux pistes proposées font leur job en laissant entendre les dialogues et les morceaux musicaux sympathiques, mais l'ensemble est un peu plat, sans dynamisme franc, avec un spectre assez réduit (et mixé plutôt bas). On privilégiera la version originale pour le charme des accents texans traînants...

Suppléments

Qui d'autre que Jean-Baptiste Thoret, spécialiste national ès-Bogdanovich (auquel il a consacré, pour Carlotta, un passionnant livre d'entretiens, Le Cinéma comme élégie), pour analyser cette suite de La Dernière séance ? Dans Imprimer la légende (26 min - HD), l'historien offre une analyse très tenue et extrêmement convaincante. Pour tout dire, on trouverait presque le film plus intéressant après avoir écouté Thoret qu'après l'avoir vu...

Partant de la situation de Bogdanovich dans les années 80 (un homme "perdu au niveau existentiel", "quasi ruiné", "pas sous les radars" des studios), Jean-Baptiste Thoret décrit comment l'idée d'une suite à La Dernière séance, son film le plus connu aux Etats-Unis (pas un monument de culture populaire mais presque), avait au départ vocation à remettre en selle le cinéaste. Celui-ci tenait à tourner en noir et blanc, et Jean-Baptiste Thoret souligne en effet à quel point la couleur tend à "rendre triviales les situations" et à les rapprocher de la forme télévisuelle, en particulier de la série Dallas, très en vogue à l'époque.

Après avoir resitué la genèse du projet (Jeff Bridges n'acceptant de reprendre le rôle qu'à condition que tous les acteurs du film original soient de nouveau engagés), Thoret insiste sur la difficulté de "déconnecter Texasville de l'original", précisant que l'idéal, pour bien saisir tous les liens, serait de les voir l'un après l'autre.

Puis Thoret entre dans le fond de l'analyse, et cela devient vraiment passionnant : mettant en évidence l'une des marottes de Bogdanovich, sur la "présence du cinéma" dans le réel, il exhibe comment Texasville acte une certaine "mort du cinéma", à travers notamment le personnage de Sonny, cet "espace commun" étant alors "remplacé par le sport et la télé" (le film ne s'ouvre-t-il pas sur l'image d'une antenne parabolique ?). "Film sur les désillusions", Texasville est alors analysé à travers la "présence fordienne", particulièrement limpide telle qu'elle est ici décrite. Thoret précise alors le rapport de Bogdanovich à la nostalgie : pour lui, "les morts sont avec nous", puis fixe son attention sur le personnage de Duane, à la fois "acteur et spectateur". La relation entre Duane et Jacy est alors passée au filtre de la "légende", et c'est toute une vision (y compris géométrique) des relations hommes/femmes que Thoret décrit alors. Jean-Baptiste Thoret établit ensuite un lien entre le parcours de Jacy et celui de la comédienne qui l'incarne, Cybill Shepherd, puis termine en décrivant comme le film - dans un processus qu'il décrit comme "beau et élégant" - s'éloigne de la "comédie du remariage" qu'il semble être dans un premier temps pour devenir autre chose, une "conversation à trois" qui opère "la mise en commun de douleurs collectives". 

Sur le disque figure également une bande-annonce originale, qui entremêle des images issues de La Dernière séance avec celles de Texasville, comme pour insister sur la continuité s'opérant entre les deux films.

En savoir plus

Taille du Disque : 43 603 130 368 bytes
Taille du Film : 36 835 485 696 bytes
Durée : 2:05:29.396
Total Bitrate: 39,14 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 34904 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: English / DTS-HD Master Audio / 1.0 / 48 kHz / 1076 kbps / 24-bit (DTS Core: 1.0 / 48 kHz / 768 kbps / 24-bit)
Audio: French / DTS-HD Master Audio / 1.0 / 48 kHz / 1105 kbps / 24-bit (DTS Core: 1.0 / 48 kHz / 768 kbps / 24-bit)
Subtitle: French 

Par Antoine Royer - le 8 septembre 2022