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Test blu-ray

Nixon

BLU-RAY - Région A, B, C
Walt Disney Studios Home Entertainment
Parution : 19 / 8 / 2008

Image

Le Blu-ray américain que nous analysons ici est le disque collector appelé Election Year Edition sorti il y a plus de dix ans déjà par Buna Vista Home Entertainment (Walt Disney) et proposant uniquement la version dite extended director’s cut de Nixon, qui atteint 3 heures et 32 minutes (la version diffusée en salles durait une demi-heure de moins). Bien plus récemment, en 2019, un autre éditeur américain, Kino Lorber, a sorti un Blu-ray 3 disques du film d’Oliver Stone contenant pour la première fois la version d’origine en HD en plus de la version director’s cut. Celui-ci ayant repris le même master de cette version longue, le test que vous avez sous les yeux reste d’actualité. Nixon constitue un vrai défi pour un éditeur vidéo puisque le réalisateur et son chef opérateur Robert Richardson ont utilisé quantité de sources d’images différentes pour composer cette extraordinaire démonstration technique et artistique que représente Nixon. Pellicule 35mm, 16mm, images d’actualités, vidéo de type années 60 et 70 (retravaillée numériquement), traitements couleurs correspondants aux différentes décennies, traitement noir et blanc rappelant les films muets des années 20… N’en jetez plus, ce tourbillon visuel qu’affectionne Stone a de quoi donner le tournis mais le réalisateur montre toujours une maîtrise impressionnante de sa narration. Une maîtrise que l’on retrouve heureusement sur le plan technique sur ce Blu-ray, bien que ce dernier soit déjà plutôt ancien si l’on se réfère aux standards actuels. De plus, l’avantage des passages constants entre des sources de différente nature permet de dissimuler les éventuels défauts de ce master puisque plusieurs de ces sources sont volontairement trafiquées voire « altérées » dans un souci de réalisme. Il en va de même pour la granulosité qui, fort logiquement, varie fréquemment et dans de grandes proportions selon l’origine du média utilisé.

Les variations concernent également la photographie de Richardson, plus ou moins expressionniste avec des couleurs saturées, des noirs profonds et des hautes lumières très poussées. Enfin, il apparaît évident que parler de définition globale serait une aberration tant celle-ci subit d’importants changements au cours du film, voire au sein d’une même scène. En général, on peut affirmer que ce Blu-ray se révèle une réussite sur le plan de la fidélité à l’œuvre puisque tous les critères évoqués ci-dessus sont parfaitement retranscrits et rappellent l’expérience en salles. L’aspect argentique, si indispensable, est bel et bien respecté. Selon la dramaturgie, la colorimétrie peut être naturelle ou bien travaillée en fonction des ressorts dramatiques liés au changement de format, et son rendu impressionne. Stone et Richardson sont aussi adeptes de contrastes très prononcés avec des ombres étirées et des noirs charbonneux, ce qui peut affecter le rendu des détails dans les ombres mais le résultat reste probant. On ne remarque aucun traitement disgracieux de type accentuation des contours mais l’un des points faibles de ce disque concerne le réducteur de bruit : son emploi se justifie sur des images d’archives ou pour compenser le rendu d’une source extrêmement granuleuse mais on retrouve aussi son effet sur la plupart des séquences, ce qui rend l’aspect général du film souvent trop doux (la lumière parfois très tamisée n’en est pas responsable) comme l’atteste les visages des comédiens. Cela dit, on trouve de nombreuses séquences au piqué très séduisant avec un rendu des matières vraiment HD. On aimerait bien comparer ce master d’un autre âge à celui de la version salles proposé dernièrement par Kino Lorber, probablement plus pointu en raison d’un scan plus précis, mais en l’état il reste suffisamment efficace et reluisant pour être pleinement apprécié, notamment en vidéo-projection.

Son

Le Blu-ray ne propose que deux pistes sonores en anglais dans deux mixages multicanaux différents : PCM 5.1 non compressé et Dolby Digital 5.1. Pour un film mettant essentiellement en valeur les échanges de dialogues, seul un équipement audio d’excellente qualité permettra de ressentir les apports de la piste PCM qui, en effet, brille par sa définition, sa précision et sa profondeur. Le montage son et le mixage de Nixon pour les différents types de dialogues (les sons directs ou dupliqués par la télévision ou les écoutes, les chuchotements, les vociférations, etc.) sont un véritable chef-d’œuvre à eux tout seuls. Cependant, le film accorde aussi une grande importance à la musique de John Williams, qui bénéficie d’une bonne spatialisation, et à quelques effets sonores impressionnants lors des mouvements de foules ou des séquences d’action et à des ambiances plus feutrées comme les différents bruits et échos dans les séquences à l’intérieur de la Maison Blanche. Si les voies arrières sont peu sollicitées, l’immersion est néanmoins très efficace et le rendu global d’une grande minutie.

Suppléments


disc 1

Le premier disque nous accueille par une longue série (8 min 08 - DD 5.1) de bandes annonces pour des futures sorties vidéo : une publicité pour le support Blu-ray (1 min 43), Blindness (1 min 33), un montage se voulant percutant de productions Miramax Films qui ont fait sa renommée sur trois décennies (2 min 36) et The Nightmare Before Christmas (2 min)

Ce Blu-ray est dédié au film et aux deux commentaires audio assurés par Oliver Stone : Oliver Stone Discusses the Film’s Performances, Style & Script et Oliver Stone Discusses the Politics & History of the Era. Nous avouerons sans gêne que nous n’en avons suivi qu’un seul, le premier, parce qu’il n’est pas évident de caser plus de six heures de commentaires dans un emploi du temps...

Commentaire audio : Oliver Stone Discusses the Film’s Performances, Style & Script (VOSTA)
Très factuel devant la déroulé du film, Oliver Stone donne des indications sur ses choix artistiques et techniques d’écriture, de mise en scène et de montage image et son. Son commentaire est régulièrement entrecoupé d’anecdotes sur la vie et la personnalité de Richard Nixon, évoquées plus ou moins subtilement par le film et matérialisées par le jeu des comédiens. Bien sûr, les épisodes politiques et leurs retranscriptions minutieuses sont abordées, parfois avec maints détails, mais on imagine que l’autre commentaire audio insistera encore bien plus sur ces sujets. Oliver Stone souligne la nature du découpage induit par le point de vue adopté, celui de l’état d’esprit de Nixon. Ce qui se joue derrière les images, les sous-textes politique et psychologique, est également développé. Plusieurs fois, Stone commente l’écriture des dialogues dont il se montre fier, surtout pour un tel film où leur rôle est considérable. Le cinéaste justifie aussi ses choix pour le casting, rappelle les qualités de chaque acteur qui n’a pas forcément besoin de ressembler trait pour trait au personnage réel qu’il incarne, en premier lieu Anthony Hopkins. Il s’extasie souvent sur leur jeu et l’on sent à sa voix le plaisir qu’il a ressenti à les faire tourner. Le cinéphile devra néanmoins s’armer de patience car de nombreux silences émaillent ce commentaire même si celui-ci englobe la totalité du film. Autre écueil, compréhensible sur une telle durée, Stone paraphrase parfois l’image en de courtes phrases, ou distille quelques courtes informations çà et là, rendant l’exercice moins intéressant. Mais globalement, si le réalisateur ne se montre pas toujours aussi disert qu’on l’aurait souhaité, la leçon de cinéma se révèle souvent très instructive, accompagnée par l’émotion d’un artiste maître de son sujet.

 

disc 2

Ce deuxième disque est entièrement consacré aux suppléments. Ces derniers bénéficient tous d’un sous-titrage en anglais pour sourds et malentendants, ce qui peut aider à leur compréhension pour certains spectateurs. Mais les non anglophones passeront sans doute - et malheureusement - leur chemin par manque de sous-titres français.

Delete scenes (58 min 16 - 4/3 - DD 2.0 - SD)
Ce Blu-ray propose près d’une heure de scènes supprimées divisée en plusieurs segments, le premier étant une introduction d’Oliver Stone pour nous expliquer son ambition et son travail pour Nixon. Chacun de ces segments est introduit en quelques mots par le cinéaste sans nécessairement qu’il justifie la raison de leur suppression, bien qu’il en parle parfois avec des regrets, mais son propos reste toujours très instructif sur les enjeux politiques (toujours avec son point de vue orienté et ses postulats quelquefois audacieux) et personnels ses propres à ces séquences. Voici la liste des segments :

1. Introduction by Oliver Stone (8 min 11)
Le cinéaste commence par avouer la nécessité d’allouer une longue durée à son film (qui faisait au départ 4 heures et 15 minutes !) et donc les gros efforts qu’il a fallu fournir au montage pour le raccourcir. Stone évoque ses influences (Eisenstein, Griffith, Welles) et sa fascination pour Nixon (qui n’est évidemment pas liée à une affection ou un soutien), parle de son recours à diverses techniques de tournage (anciennes et modernes) pour composer son canevas visuel, et dévoile un peu ses techniques de montage (un travail long et ardu qui a duré quatre mois). Il se défend d’avoir tourné un biopic conventionnel puisqu’il se plaçait « dans l’esprit de Nixon » et parle des deux parties composant son film : la première orientée par les divagations de l’esprit de ce dernier et la deuxième plus linéaire. Selon le réalisateur, « le montage devait refléter l’état d’esprit » du président. Stone termine son laïus avec le travail fourni par John Williams, qui a composé pour Nixon une partition plus complexe et moins immédiatement accessible, et par sa dédicace à son père républicain obstiné et partisan de Nixon, qui revint sur un certain nombre de ses idées avec l’âge.

2. Nixon’s Limousine through Protesters (1 min 54)
3. CIA Building : Richard Helms & Nixon (11 min 52)
4. Hoover & Nixon (second meeting) / Tricia’s Wedding (expanded) (8 min 24)
5. Cabinet Meeting (2 min 56)
6. Air Force One (expanded) (3 min 57)
7. Jones Ranch Bull Ring (1 min 42)
8. Oval Office : Nixon, Dean, Haldeman & Ehrlichman (expanded) (4 min 59)
9. Haldeman : Ehrlichman Walk (expanded) (3 min 36)
10. The Rockefeller Party (expanded) (5 min 42)
11. The Jones Ranch Barbecue (expanded) (1min 56)
12. The Director’s Cut (3 min 03)
Ici le cinéaste conclut sa présentation en affirmant l’importance de Nixon à ses yeux, une œuvre qu’il a portée en lui pendant de longues années, ainsi que son rapport ambivalent à Richard Nixon (il n’élude pas ses réussites en politique étrangère) et à la période historique que le film couverte et les interrogations qu’il a voulu susciter chez les spectateurs.

Beyond Nixon (35 min 19 - 16/9 - DD 2.0 - VOSTA - 2008 - HD/1080i)
Ce documentaire réalisé par Sean Stone, fils du cinéaste, convie plusieurs personnalités afin de décrypter un peu plus le personnage de Richard Nixon et son action politique, le tout en relation avec ce que montre le film d’Oliver Stone et son impact sur l’idée que les spectateurs se font aujourd’hui de l’ancien président américain. Il est intéressant de constater que les intervenants ne sont pas tous d’accord à la fois sur le film et sur la présidence Nixon. Ceux-ci sont, dans l’ordre d’apparition, Sanford Levinson (professeur de loi constitutionnelle), Peter J. Kuznick (professeur d’histoire américaine), John Dean (conseilleur à la Maison Blanche, 1970-1973), Robert Novak (journaliste, auteur de The Prince of Darkness), le Dr. Michael Maccoby (auteur de The Leaders We Need), Gore Vidal (écrivain, dramaturge, auteur de An Evening with Richard Nixon), Richard J. Whalen (auteur des speechs de Nixon entre 1967 et 1969), Leonard Garment (conseiller spécial à la Maison Blanche, 1972-1974), Elizabeth Holtzman (membre du Congrès, 1973-1981), Marcus Raskin (cofondateur de l’Institute for Policy Studies), Howard Zinn (historien, dramaturge et activiste social, auteur de A People’s History of the United States) et Jim Hougan (Auteur de Secret Agenda : Watergate, Deep Throat and the CIA).



Entrecoupé par nombre d’extraits de Nixon et d’images d’archives, le documentaire aborde la figure tutélaire d’Abraham Lincoln, le difficile rapport qu’entretient la fiction avec la vérité historique (et donc l’interprétation personnelle de Stone), la personnalité complexe de Richard Nixon, sa vie remplie de tragédies, ses états de santé fragiles, sa haine de soi et sa quête de grandeur, le contexte sociopolitique des USA en pleine guerre du Vietnam et de violente contestation sociale, sa diplomatie triangulaire (les négociation séparées avec la Chine et l’URSS), les bombardements du Cambodge, les abus de pouvoir du président, l’affaire du Watergate et la procédure d’impeachment, son héritage politique (négatif mais aussi positif). Parfaitement complémentaire à l’œuvre d’Oliver Stone, très classique dans sa forme américaine traditionnelle, mais redoutablement efficace, Beyond Nixon, même si l’on aurait aimé voir approfondir certains sujets, possède comme qualité première de nous amener à réfléchir par nous-mêmes sur cette période complexe et agitée de l’histoire américaine au milieu de ces propos qui apparaissent forcément contradictoires. Si les intervenants pour la plupart sont sûrs de leurs positions, on observe que la grande histoire continue toujours à se dérober face à nos plus profondes certitudes.



The Charlie Rose Show (55 min 09 – DD 2.0 – VOSTA - 4/3 - 1995- SD)
The Charlie Rose Show est un célèbre talk-show américain diffusé de 1991 à 2017 sur les chaînes CBS puis PBS. Charlie Rose, journaliste, producteur et intervieweur, a accueilli un grand nombre de personnalités du monde politique et économique, des sciences, du sport et du spectacle au cours de ses longues années de diffusion. Il reçoit ici Oliver Stone à l’occasion de la sortie de Nixon et le présente d’entrée comme un cinéaste engagé, rageur et polémique. Ils parlent de la complexité du personnage Nixon, un « idéaliste corrompu » selon Stone, de ses qualités et défauts, d’un « homme obsédé par la grandeur » mais qui ne l’a pas atteinte, du choix d’Anthony Hopkins pour interpréter un homme agité « par des secrets et des émotions réprimées » et victime d’un « dégoût de soi ». Stone aborde les raisons pour lesquelles il a entrepris ce projet, évoque son père qui affectionnait Nixon et avec qui il partageait des points communs (avant de changer d’opinions dans les années 70). Rose lit un article de presse très bien tourné qui compare Stone à Nixon, ce que le cinéaste admet du bout des lèvres. Le journaliste cherche à titiller Oliver Stone sur sa quête de vérité, lui qui parle au sujet de Nixon « d’auto-trahison ».

Au-delà de la dramaturgie et des faits historiques, Stone avoue chercher l’émotion chez le spectateur, une émotion guérisseuse, explique son choix d’achever le film par des images des vraies funérailles du président pour marquer le respect que celui-ci a finalement trouvé après sa présidence. Le cinéaste livre ses interprétations sur de nombreux faits - le rapport de Nixon à la mort, aux Kennedy, à Cuba et aux opérations secrètes auxquelles il était mêlé, son degré d’implication dans l’affaire du Watergate - et avoue sa méfiance envers des médias trop souvent complaisants. Rose précise la réaction officielle de la famille Nixon qui condamne le film, mais Stone se défend d’avoir été manichéen. Il considère sa carrière comme des « quartiers de Lune » qui dévoilent peu à peu sa personnalité, et évoque son propre apprentissage travers ses films. Rose lui présente enfin un extrait d’un entretien avec l’historien Richard Reeves, qui compare la personnalité de Stone à celle de Nixon et remet en question son point de vue ;  le cinéaste réagit en défendant ses positions « anti-establishment ». Malgré son énorme travail de recherche et sa volonté d’approcher la vérité des faits et des hommes, Stone admet sa vision personnelle d’un Nixon. Quoi qu’on pense d’Oliver Stone, il n’est jamais meilleur que quand il affronte un contradicteur de talent, c’est l’intérêt principal de ce document même si l’on en apprendra bien sur le processus de fabrication du film dans les autres suppléments.

Original theatrical trailer (4 min 30 - 4/3 - DD 2.0 - SD)
A très long film, très longue bande-annonce. Avec plus de quatre minutes au compteur, voici un trailer dans le plus pur style des biopics élégiaques mais destiné à raconter la vie d’un personnage considéré comme une figure politique négative et honteuse de l’histoire américaine récente. C’est ce contraste frappant qui lui donne toute sa valeur d’autant que, évidemment, un film d’Oliver Stone se reçoit plus comme un direct au cœur accompagné d’un kaléidoscope d’images signifiantes que comme un hymne doucereux et patriotique. Il est seulement dommage que ce film-annonce nous soit proposé en définition standard et surtout recadré

Par Ronny Chester - le 28 janvier 2021