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Test blu-ray

Ne vous retournez pas

BLU-RAY - Région B
Potemkine
Parution : 6 / 10 / 2015

Image

Potemkine n'a malheureusement pas eu accès au récent master 4K sorti en février dernier par Criterion puisqu'il a utilisé la même source parue chez les Anglais d'Optimum en 2011. La première chose qui frappe est la différence de colorimétries : l'image du Potemkine garde une certaine froideur, avec une teinte générale tirant vers le vert ou le bleu selon les plans, quand le disque Anglais est, lui, légèrement plus réchauffé. Criterion, on le sait, prend régulièrement de grandes libertés sur ce point. Son master encore plus chaud, qui s'éloigne radicalement des teintes froides que l'on a connues jusque-là, a l'avantage d'avoir été approuvé par le réalisateur lui-même... On notera également que l'image du master Criterion perd un peu d'informations sur les bords du cadre et que les contrastes sont moins appuyés chez Potemkine, bien que les noirs paraissent souvent bien profonds.







Pour le reste, d'un point de vue technique, le disque Potemkine reprend les mêmes qualités et défauts que l'on trouvait sur l'édition Optimum. Le scan HD est à la base de très bonne qualité : l'image est totalement nettoyée, le trait est précis, le niveau de détail est relativement confortable, le grain fin est abondant. Si l'on a sans doute un peu trop accentué la précision de l'image, celle-ci laissant régulièrement apparaître un léger bruit vidéo dans les aplats sombres, tous les paramètres sont a priori réunis pour proposer un rendu du film irréprochable, ou en tout cas solide. Et si le film possède régulièrement une belle patine argentique, un aspect organique soutenu par un taux de compression très confortable, certains défauts ne passent malheureusement pas inaperçus. Ainsi, pour limiter l'importante densité du grain, on a pratiqué un dégrainage souvent soutenu et de façon uniforme sur l'ensemble du film alors que la présence de ce grain n'était pas homogène d'une scène à l'autre, parfois d'un plan à l'autre, à cause du type de pellicule utilisée, de sa sensibilité et de son exposition à la lumière. Il aurait fallu mieux ajuster ce paramètre de réduction de bruit en fonction des scènes afin d'éviter que les plans moins granuleux à l'origine aient désormais cet aspect plus ou moins lissé. De nombreux plans sont heureusement épargnés mais, à cause de ce filtre mal exploité et trop poussé, on constate régulièrement au cours du film un manque de détail dans les textures, les peaux, les cheveux. Et quand s'ajoutent des problèmes de mise au point au tournage, l'effet n'en est que plus accentué, comme vous le constaterez dans la galerie d'images de ce test.

Son

La piste originale aurait bien besoin, elle aussi, d'une sérieuse remise aux normes. Le rendu mono est en effet bien modeste, avec une amplitude très limitée et des voix légèrement saturées. Si l'ensemble reste très propre, sans souffle, le ton particulier du film est cependant respecté. La version française, à la présentation pourtant très modeste, également, tient donc assez bien la comparaison. Elle est toute aussi propre avec des voix qui ne sont pas saturées et des ambiances suffisamment présentes. 

Suppléments

Ne vous retournez pas est également disponible dans un coffret dvd consacré à Nicolas Roeg regroupant L'homme qui venait d'ailleurs et Enquête sur une passion.

Comme dans le cas de L’Homme qui venait d’ailleurs , Potemkine ne propose qu’un unique supplément pour prolonger le visionnage du très extraordinaire Ne vous retournez pas. Il est certes de qualité puisqu’il s’agit d’une intervention de presque trente minutes de Jean-Baptiste Thoret (en 1080i), entièrement consacrée à ce film formant l’une des œuvres les plus passionnantes de Nicolas Roeg. Sans doute même – du moins à notre très personnel avis – la plus fascinante d’entre toutes. C’est avec un réel intérêt que l’on écoute le critique éclairer, à sa manière à la fois approfondie et cependant toujours accessible, aussi bien les influences de Ne vous retournez pas – qui, selon Jean-Baptiste Thoret, vont du giallo à Luchino Visconti en passant par Alfred Hitchcock et Alain Resnais – que les thématiques qu’y déploient Nicolas Roeg. Non sans modestie – Jean-Baptiste Thoret convient que l’énigme formée par Ne vous retournez pas ne sera sans doute jamais totalement éclaircie… –, l’analyste balaye un spectre interprétatif très large, faisant de ce long-métrage aussi bien la chronique intime de la déréliction d’un couple que la peinture, plus vaste, d’une humanité en proie à la passion mélancolique générée par l’angoisse de la mort. En critique rigoureux, Jean-Baptiste Thoret n’oublie jamais d’appuyer sa lecture thématique sur des considérations quant à la mise en scène, formant autant d’éclairantes lectures de scènes, voire de séquences.

Ce supplément de l’édition 2015 de Ne vous retournez pas s’avère autrement plus passionnant que ceux qui accompagnaient la première édition en DVD du film chez Studiocanal en 2005. L’on devait alors se contenter pour cette première parution numérique française de Ne vous retournez pas de quelques pièces d’archives : une bande-annonce, des reproductions d’affiches et de photos de tournage ainsi que des filmographies (désormais, bien entendu, obsolètes). L’honnêteté éditoriale commande cependant de rappeler que les éditions anglo-saxonnes de Ne vous retournez pas proposent une offre de bonus considérablement plus fournie que celle du Blu-ray de Potemkine. Les disques en haute-définition proposés au Royaume-Uni par Optimum et outre-Atlantique par Criterion affichent chacun plus de deux heures de bonus permettant d’entendre s’exprimer aussi bien Nicolas Roeg lui-même que ses principaux collaborateurs – le compositeur Pino Donaggio, le directeur de la photographie Tony Richmond, le coscénariste Allan Scott – et ses interprètes, Julie Christie et Donald Sutherland. L’on retrouve aussi dans ces Blu-rays (strictement anglophones et dénués de tout sous-titrage pour ce qui est des bonus) des exercices d’admiration de Danny Boyle et de Steven Soderbergh, ainsi que des interventions de critiques anglo-saxons. Il n’est donc pas impensable que les amateurs et amatrices de cette œuvre culte s’il en est qu’est Ne vous retournez pas, maîtrisant cependant suffisamment la langue de Daphné du Maurier, double leur achat de cette édition Potemkine de celui de ses cousines britannique et étasuniennes…

On trouvera enfin dans les crédits du disque les noms des 123 contributeurs ayant participé au montage financier des éditions Blu-rays de Ne vous retournez pas et Enquête sur une passion, via un site de financement participatif.

En savoir plus

Taille du Disque : 36 938 373 766 bytes
Taille du Film : 29 643 614 208 bytes
Durée : 1:50:11.833
Total Bitrate: 35,87 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 29,97 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 29975 kbps / 1080p / 24 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: English / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1923 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Audio: French / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1931 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 14,909 kbps
Subtitle: French / 0,022 kbps

Par Stéphane Beauchet (technique) et Pierre Charrel (bonus) - le 2 octobre 2015