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Test blu-ray

Moscou ne croit pas aux larmes

BLU-RAY - Région B
Potemkine Films
Parution : 7 / 7 / 2020

Image

Nouvelle preuve du dynamisme de l'édition vidéo française : Potemkine est allé chercher un peu plus loin que les habituelles rééditions en proposant pour la première fois en France un succès russe (et international) de son temps, inédit en VHS, DVD et Blu-ray. Moscou ne croit pas aux larmes est présenté à partir de la très belle restauration 2K initiée par Mosfilm en 2018. Découvrir le film dans de telles conditions est un réel plaisir, nous ne le cacherons pas. Déjà, parce que la précision de l'image est au rendez-vous, avec un piqué souvent convaincant et un niveau de détail soutenu (bien palpable dans les gros plans). Filmé avec une profondeur de champ très réduite, les petites erreurs de mise au point au tournage sont, par contre, assez régulières et pourront tempérer la précision du trait. De même les plans truqués, finalement peu nombreux, sont d'une qualité très en retrait, à la texture beaucoup plus douce et avec une perte très sensible des nuances de couleur. L'étalonnage, pourtant, est très soigné : les contrastes sont assez bien équilibrés, les noirs sont détaillés, et surtout la colorimétrie est extrêmement convaincante, avec un rendu d'époque très palpable. La pellicule utilisée, parfois plus sensible à certaines teintes qu'à d'autres, donne un résultat un peu atypique, avec ses tonalités plus ou moins saturées, ou une pâleur récurrente des visages. On remarquera que la photographie opère des choix de lumière très simples en même temps qu'un jeu permanent sur les différentes températures de couleur : le vert des néons, par exemple, est très marqué dans l'usine mais aussi présent de manière subtile dans les intérieurs domestiques, où il a été recréé. Tout cela pour dire qu'avec sa copie stabilisée et totalement nettoyée, son grain fin conservé et plutôt bien géré par l'encodage, le rendu de ce Blu-ray apparaît très respectueux de la photographie d'origine. Une présentation très solide.

Son

La version originale mono est d'excellente facture. Entièrement nettoyée, dénuée de toute impureté, précise et visiblement très fidèle au mixage d'origine. Le film a été presque entièrement post-synchronisé : le rendu des voix est clair, cristallin, dans un bon équilibre général avec les ambiances. La version française est proposé dans un remix 5.1 plus récent aux conditions d'écoute assez satisfaisantes : aucun souffle n'est à déplorer, les dialogues sont là aussi limpides. La spatialisation est mesurée mais palpable dans les sons d'ambiance et pendant les passages musicaux (à l'exception de la chanson du générique, adaptée en français, qui reste en mono).

Suppléments

Potemkine accompagne le film avec un grand nombre de suppléments, dont certains ont été spécialement produits pour cette édition, constitués d'un long entretien, découpés par thèmes, avec Françoise Navailh, historienne du cinéma russe et soviétique, présidente du site Kinoglaz.fr, à la belle érudition et aux explications claires.

Portrait de Vladimir Menchov (16 min - 1080p)
Françoise Navailh résume le parcours très riche du réalisateur de Moscou ne croit pas aux larmes, Vladimir Menchov, qui fut producteur, scénariste, enseignant mais surtout acteur (une carrière "assez prometteuse") et, donc, cinéaste - pour onze films. Personnage entier, ayant tendance à dire ce qu'il pense, et cinéaste touche-à-tout, Menchov a fait des films qui ont pu secouer la société puritaine russe ou décrire la fin de l'URSS, "la fin de tout". Françoise Nivailh regrette que Moscou ne croit pas aux larmes ait été "très mal reçu en France", ajoutant que la critique n'attendait du cinéma russe qu'un "label dissident" et se fermait à tout ce qui n'était pas politique. Elle analyse ce film très ancré dans son époque mais qui, pourtant, "traverse le temps" en évoquant "la question féminine". Françoise Navailh revient évidemment sur le succès "phénoménal" de Moscou ne croit pas aux larmes, qui aboutira à un Oscar du film étranger... en pleine Guerre Froide ! Menchov, interdit de sortie du territoire, ne pourra cependant récupérer sa statuette que sept ans plus tard...

Les acteurs et le film (23 min - 1080p)
Françoise Navailh revient sur le casting de Moscou ne croit pas aux larmes, d'abord refusé "avec dédain" par de grands noms. Elle évoque les parcours des principaux acteurs et actrices, souvent venus du théâtre, dont certains feront une énorme carrière (des pendants russes de Doris Day ou Pauline Carton) et connaîtront une énorme popularité grâce au film. Incollable jusqu'aux plus petits rôles, Navailh raconte aussi les destins quelquefois malmenés par le régime soviétique d'actrices jadis prestigieuses qui font ici de courtes apparitions. Elle fait une brève analyse de l'histoire, sa construction symétrique et ses scènes en écho, livrant quelques anecdotes sur la phase d'écriture et soulignant les similitudes du scénario avec la propre vie du réalisateur, un provincial lui aussi monté à la capitale et ayant vécu en foyer. Elle rappelle les échos au personnage incarné par Aleksey Batalov, clins d'oeil à ses débuts d'acteur (dans Quand passent les cigognes). Françoise Navailh explique comment le film apparaît comme une peinture fidèle de l'atmosphère du dégel, par sa reconstitution et ses nombreux détails disséminés (apparitions de figures de l'époque, Festival du Film Français, etc.), sa description discrète de l'entrée de l'Union Soviétique dans une société de classes. Elle conclue sur l'importance des chansons dans le cinéma russe, autre élément qui facilite la restitution de l'atmosphère de l'époque.

Les femmes en URSS (17 min - 1080p)
Françoise Navailh analyse cette amitié féminine "absolument magnifique" entre des ouvrières aux idéaux bien différents, et nous explique la place de la femme dans une société russe "assez dure" où les hommes sont en sous-nombre depuis la Seconde Guerre mondiale. Elle compare ces trois destinées et relève quelques notations féministes, évoquant davantage Ludmilla, l'héroïne forte, pleine d'initiative, qui se mesure aux mêmes postes que les hommes et qui vit une relation très simple de mère célibataire avec sa fille. Elle voit aussi en Gosha un personnage qui se distingue en bien des Russes de l'époque, en général plus immatures et "assez velléitaires"...

Potemkine propose ensuite une série d'entretiens réalisés dans les années 2000 pour l'édition DVD russe.

Interview de Vladimir Menchov (9 min - SD - 4/3 - upscalé en 1080p)
Quelques mots brefs mais très intéressants du réalisateur qui évoque Moscou ne croit pas aux larmes et son scénario "très complexe", où il s'agissait de "boucler toutes les lignes". Il se souvient que le studio (avec un budget "de misère") et même son équipe ne prenaient pas assez le projet au sérieux, même s'ils ont travaillé "avec pas mal de doute mais très professionnellement". Menchov raconte comment il a élaboré son casting, revenant sur les refus (cf. premier module avec Françoise Navailh) ou son choix d'Aleksey Batalov en regardant un de ses films à la télévision. Il raconte quelques anecdotes de tournage sur les conditions météo, parfois miraculeusement clémentes, et se rappelle la sortie du film, les longues files d'attente en plein hiver...

Interview de Valentin Tchernykh (26 min - SD - 4/3 - upscalé en 1080p)
Le scénariste de Moscou ne croit pas aux larmes parle de son métier, "saisir au vol" les histoires de vie, et revient sur l'anecdote qui a inspiré le film, une femme de ménage qui ment à son amoureux hockeyeur, lui faisant croire qu'elle est la fille de celui qui l'emploie, histoire à laquelle il a ajouté les portraits des soeurs de sa mère ainsi que la trame d'une pièce qu'il venait d'écrire. Le parcours de Tchernykh est parallèle à celui du réalisateur Menchov, alors acteur, qui avait joué dans ses deux premiers scénarios adaptés à l'écran. Lorsqu'ils ont travaillé ensemble sur Moscou ne croit pas aux larmes, le scénario a été longuement réécrit ("Menchov, comme tous les réalisateurs, ramène tout à lui"), tout en puisant dans leurs expériences de provinciaux, "le dos au mur", qui doivent partir de zéro. Tchernykh parle du film et du casting, notamment de Vera Alentova qui incarne "à la perfection" la business woman soviétique, précisant également que le personnage de Gosha a participé en son temps aux changements de la figure du héros russe à l'écran. Il se souvient du succès surprise et "foudroyant" du film, devenu sa "carte de visite". Le "truc" de Tchernykh, il l'explique lui-même, c'est écouter : si l'entretien confirme qu'il n'est pas un grand bavard, ses souvenirs restent néanmoins intéressants.

Interview de Sergey Nikitin (11 min - SD - 4/3 - upscalé en 1080p)
Le compositeur (et biophysicien à l'époque !) raconte sa collaboration avec Vladimir Menchov sur Moscou ne croit pas aux larmes, et le premier visionnage qui lui a immédiatement inspiré une mélodie. Il parle surtout de la chanson du film, consacrée à Alexandra, la fille de l'héroïne, dont il chante quelques extraits des adaptations française et américaine. A ce titre, il raconte que le président Reagan, pour se préparer à un rendez-vous avec Gorbatchev et s'imprégner du mode de vie russe, aurait visionné le film deux fois...

Interview de Vera Alentova (4 min - SD - 4/3 - upscalé en 1080p)
Très brève intervention de l'actrice principale de Moscou ne croit pas aux larmes, dont il lui reste peu de souvenirs du tournage, son premier pour le grand écran, sinon "une peur permanente" de ne pas être à la hauteur face à d'imposants partenaires comme Batalov. Elle ajoute bien connaître ce que raconte le film, ayant elle aussi vécu dans des foyers lorsqu'elle était étudiante ou jeune maman.

Interview d'Irina Mouraviova (7 min - SD - 4/3 - upscalé en 1080p)
Bref entretien, là aussi, avec la comédienne qui incarne la seconde amie de l'héroïne. La mémoire lui fait aussi défaut mais elle se souvient que le rôle lui a tout de suite plu. Elle évoque un "bonheur quotidien" sur le tournage, un film qu'ils ont d'abord fait pour eux. Elle reste encore épatée par les détails de la reconstitution des années 50, et se rappelle du décalage ressenti par certains spectateurs entre l'abondance des équipements (canapé pliant, vêtements) montrés dans le film par rapport à une réalité où la population était "privée de tout"

Interview de Raïssa Riazanova (15 min - SD - 4/3 - upscalé en 1080p)
La dernière des trois amies du film raconte comment elle a dévoré le scénario à la première lecture. Au-delà de certaines redites, les habituels points communs avec son personnage, des anecdotes de jeu (la scène des larmes), le faible impact sur sa carrière déjà lancée ou son immense respect du public, Riazanova confirme un tournage léger et très agréable, son réalisateur "tout le temps excité, espiègle" dont elle précise la méthode de travail, basée sur l'improvisation, donnant "l'impression que nous n'étions pas en train de jouer".

En savoir plus

Taille du Disque: 49 643 703 955 bytes
Taille du Film : 43 867 959 744 bytes
Durée : 2:28:09.166
Total Bitrate: 39,48 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 34,92 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 34922 kbps / 1080p / 24 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: Russian / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1861 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Audio: French / Dolby Digital Audio / 5.1 / 48 kHz / 640 kbps
Subtitle: French / 35,800 kbps
Subtitle: French / 0,330 kbps

Par Stéphane Beauchet - le 23 septembre 2020