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Test blu-ray

Les Tueurs

BLU-RAY - Région 2
Carlotta
Parution : 8 / 10 / 2014

Image

Carlotta avait sorti une belle édition DVD des Tueurs en avril 2007. Pour un portage HD, l'éditeur est reparti d'un master haute définition restauré. Si ce dernier ne semble pas avoir été conçu tout récemment, le rendu global de l'image s'avère pourtant très satisfaisant. Sur le plan de la propreté, malgré quelques poussières et rares griffures et points blancs, la restauration a atteint ses objectifs tant l'état de la copie fait plaisir à voir. La gestion des contrastes pour un tel film, osons le dire, est quasi parfaite : la photographie expressionniste comme la lumière plus naturelle conservent chacune leur caractère, les noirs sont profonds sans être bouchés et les hautes lumières parfaitement ajustées. Le grain cinéma est correctement respecté (malgré une granulosité peut-être trop élevée sur certains séquences) et la compression est invisible - de plus, aucun effet numérique disgracieux n'a été appliqué. La définition globale de ce master - malgré quelques variations - fait également partie de ses points forts, avec un niveau de détail très appréciable qui sert le travail de composition en profondeur de Robert Siodmak (l'ancien master DVD est enterré). On regrettera seulement un copie non immaculée et la présence de variations lumineuses au sein de mêmes plans. En résumé, cette édition Blu-ray devient un must have pour tous les amateurs des Tueurs, et ils sont nombreux.

Son

Le Blu-ray propose deux pistes - anglaise et française - avec le même mixage DTS-HD Master Audio mono 1.0 mais, comme toujours, les différences pour un film de cette époque sont très grandes. La bande-son originale américaine présente un excellent équilibre entre les dialogues très clairs, les ambiances immersives et la musique. Il s'agit vraiment d'un très bon mono, avec une belle profondeur même si les compositions musicales de Miklos Rozsa manquent toutefois un peu de relief. La version française, en comparaison, apparaît très étouffée avec des voix lointaines et un doublage suranné souvent noyé dans l'ensemble du message sonore. La musique s'en sort bien mieux mais les ambiances, même si perceptibles, restent logiquement en retrait face au rendu de la version originale (à privilégier pour profiter pleinement du film).

Suppléments

Cette nouvelle édition haute définition reprend l'intégralité des suppléments présents dans le DVD collector de 2007 et les propose en HD. Il n'y a aucun bonus inédit, mais ce contenu éditorial "ancien" n'a rien perdu de son intérêt et de sa pertinence. En revanche, il manque hélas le livret qui comportait la nouvelle (en français) d'Ernest Hemingway.

Hemingway / Siodmak (23 min 07 - 1.37 - DD mono 2.0 - HD - 2007)
Dans ce documentaire produit par Allerton Films, Marguerite Chabrol, maître de conférences en études cinématographiques, spécialiste des rapports qu'entretient le cinéma avec les autres arts, est ici conviée pour tracer un comparatif entre le roman d'Ernest Hemingway et le film de Robert Siodmak. Enormément d'aspects sont abordés et si l'intervenante parle très vite (parfois trop), son témoignage se révèle très pertinent et instructif. Elle nous entretient de la personnalité de Hemingway (la nouvelle The Killers est une œuvre de jeunesse) et de son style (ses grands thèmes, surtout liés à la mort, ses types de héros aventuriers en marge de la société, ses dialogues, la neutralité du récit et l'absence de psychologie). Bien sûr, les comparaisons détaillées entre la nouvelle et le film constituent l'essentiel de ce documentaire qui se veut assez exhaustif sur le sujet, une tâche rendue assez aisée puisque que, comme l'explicite Marguerite Chabrol, ce matériau littéraire se prêtait idéalement à une adaptation cinématographique. Cette dernière nous livre quelques analyses sur la façon dont le scénario et la mise en scène restent très fidèles au livre tout en en modifiant le ton dramatique général et les points de vue et en supprimant des éléments inimaginables dans un film hollywoodien de cette époque, ainsi que sur la manière dont Siodmak parvient à transmettre à l'image les enjeux de la nouvelle. Surtout, l'on voit que Les Tueurs est un film noir cédant encore au canon dramatique de la causalité et des explications psychologiques ; mais ce faisant, on peut aussi avancer que l'empathie qui naît pour les personnages concourt à la réussite du film. Quoi qu'il en soit, si l'on aurait souhaité plus de respiration dans ce documentaire (Marguerite Chabrol donne l'impression d'être rattrapée par le temps alors qu'elle a tant à raconter), ce dernier s'avère in fine passionnant.

Entretien avec Hervé Dumont (16 min 25 - 1.66 - DD mono 2.0 - HD - 2007)
Une des références pour tout ce qui concerne le réalisateur des Tueurs, Hervé Dumont, directeur de la Cinémathèque Suisse et auteur de Robert Siodmak, le maître du film noir, expose en un gros quart d'heure les points essentiels à savoir sur ce chef-d'œuvre du film noir. On y apprend quelques éléments sur le statut de Robert Siodmak, l'historique du projet sous la houlette du producteur Mark Hellinger (Don Siegel fut d'abord pressenti et l'on sait qu'il en réalisera une adaptation une vingtaine d'années plus tard), sa stature de film-enquête sous forme de flash-back influencé par Citizen Kane. Dumont apporte des éclairages intéressants sur la caractérisation des personnages, le ton désenchanté du film, la nature nouvelle des "méchants" au temps de l'après-guerre, le style formel. Un principe essentiel caractérise Les Tueurs et retient l'attention de Dumont : la tension visuelle qui existe entre une approche expressionniste et un style documentaire selon que Siodmak filme le destin de Suede ou les investigations de l'enquêteur. Les tout débuts prometteurs de Burt Lancaster sont évoqués, de même que l'affirmation d'Ava Gardner dans un rôle de femme fatale qui lancera enfin  sa carrière. L'empreinte du film sur l'histoire du cinéma est enfin abordée, à côté d'autres œuvres emblématiques de l'époque réalisées par des Européens à Hollywood, de même que sa brutalité inédite, puis l'importance accordée à deux scènes clés sur un plan formel - le combat de boxe et la séquence du hold-up filmée en plan-séquence.

Expressionnisme en noires et blanches (16 min 11 - 1.33 - DD mono 2.0 - HD - 2007)
De son introduction dans son commentaire - « Le film renvoie à notre imaginaire la vision d'un monde des bas-fonds recomposé pour l'occasion par l'alchimie de la photographie, des cadrages et de la musique » - à sa conclusion - « La musique des Tueurs, comme dans les plus grands films noirs, transforme en opéra une autopsie de la criminalité urbaine » - Christian Lauliac, spécialiste de la musique de film, journaliste à Split-Screen et collaborateur à Positif, donne à entendre son ambition via ce documentaire sur le rôle joué par les compositions de Miklos Rozsa dans Les Tueurs. En voix off sur des images particulièrement bien choisies du film, Lauliac se livre à une analyse minutieuse et passionnante de la musique du célèbre compositeur d'origine hongroise. De façon générale, mais avec conviction, sont abordés son emploi comme narrateur externe, son implication dans l'atmosphère funèbre et fataliste du film, la notion de destinée tragique, ses thèmes liés aux tueurs et à la romance, ses motifs et leur répétition, ses accents dissonants, son éloignement des conventions, son intégration avec la photographie expressionniste, sa puissance émotionnelle et parfois poétique, etc. Intelligent, pertinent, instructif et captivant, ce module intéressera tous les amateurs de musique de film (et même les autres) d'autant que cet exercice est finalement assez rare dans le petit monde des suppléments.

Le boxeur sans confession (15 min - 1.33 - DD mono 2.0 - HD - 2007)
Pierre Berthomieu, journaliste, critique et spécialiste pointu du cinéma hollywoodien, analyse le style visuel des Tueurs au moyen d'extraits du film (à l'arrêt ou en mouvement) disposés dans un double cadre de l'image. Son commentaire est lu en voix off par une tierce personne. Les différentes techniques de mise en scène et d'éclairage utilisées par Siodmak et son chef opérateur sont précisément abordés (mouvements de caméra, composition de l'image, angles de prises de vues, profondeur de champ, cadrages obliques, plans-séquences, flash-back, lumière expressionniste) pour expliciter les thématiques qu'elles véhiculent : l'engrenage de la mort, le déterminisme pesant sur les personnages, l'exécution d'un destin, la transformation ténébreuse du quotidien, le masochisme destructeur de Swede, la fascination-répulsion de Reardon, la nature de la femme fatale, etc. Berthomieu a une plume alerte et très belle, intellectuelle mais aussi sensitive, très inspirée par sa passion pour Les Tueurs et le Film noir en général. Il s'agit d'un documentaire, hélas un peu trop court mais complet, qui se savoure avec un grand plaisir pour l'esprit.


Les Tueurs version radiophonique (30 min 20 - DD mono 1.0 - VOST - 1949)
Deux cartons nous renseignent sur cette célèbre émission de radio, The Screen Director's Playhouse, dans laquelle les stars de Hollywood (avec parfois la participation de cinéastes) venaient rejouer leurs films dans des versions abrégées. Dans le studio NBC Theater, l'animateur Frank Barton présente Robert Siodmak aux auditeurs avant de lancer le programme. Pour l'adaptation des Tueurs, l'intrigue a été grandement modifiée et raccourcie et nombre de personnages ont disparu. Par ailleurs, le narrateur, un certain Sam Reardon, est un fusion de Jim Reardon et Sam Lubinsky. Burt Lancaster reprend son rôle, accompagné de Shelley Winters qui interprète Kitty Collins. Carlotta a eu l'excellente idée d'illustrer ce programme sonore d'environ 25 minutes avec des photos et des plans ralentis issus du film. Suite à l'adaptation téléphonique, et à une bande-annonce pour une prochaine émission avec Cary Grant, Siodmak, en présence de Lancaster et de Winters, répond avec humour à une question de l'animateur. Autant l'avouer, ce complément de programme a pour principal intérêt de nous faire revivre un temps glorieux de l'histoire de la radio et de nous faire goûter l'ambiance d'une réalité quotidienne qui nous est inconnue. Autrement, concernant le programme en lui-même, il ne peut s'agit que d'une curiosité tant l'empreinte du film marque notre mémoire de cinéphile.

"Les Tueurs" d'Andrei Tarkovski (21 min - DD mono 1.0 - VOST - HD - 1956)
Ce court métrage du jeune Tarkovski est avant tout une curiosité plutôt qu'une œuvre d'importance. Il est disponible ici dans une copie comportant bon nombre de défauts de pellicule mais aux contrastes satisfaisants et aux dialogues clairs malgré un souffle constant. Voici ce que nous en disions il y a deux ans :

LES TUEURS d'Andréi Tarkovski

Bande-annonce (1 mn 45 - DD mono 1.0 - VOST - HD - 1946)
Il s'agit du film-annonce original dans son format brut, c'est-à-dire non restauré. L'image, trop lumineuse, présente de nombreuses taches et rayures mais l'état général reste correct.

Par Ronny Chester - le 27 novembre 2014