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Test blu-ray

Les Chiens enragés

BLU-RAY - Région B
Sidonis / Calysta / Samsaraprod
Parution : 26 / 5 / 2022

Image

Poursuite de la collection Mario Bava de Sidonis / Samsara Prod avec Les Chiens enragés, film maudit disponible pour la première fois en France en vidéo, et présenté dans deux versions. Suite au dépôt de bilan du producteur avant la finalisation, le film qui n'a jamais été complètement terminé est resté invisible pendant vingt ans, jusqu'à ressurgir à partir des années 90 dans différents montages. Lamberto Bava, fils du cinéaste, a l'opportunité de superviser sa propre version en 2001, sous le titre Kidnapped, en ajoutant notamment des plans tournés spécialement pour l'occasion, une nouvelle bande originale (qui sonne peu 70's) et un nouveau doublage. C'est ce montage qui est sorti aux Etats-Unis (chez Kino Lorber) et en Angleterre (chez Arrow) en 2014.

La version Kidnapped a été restaurée en "simple" HD, avec un scan pré-2K d'une facture correcte mais manquant parfois de consistance. La définition est souvent honnête, avec des gros plans apparaissant un peu plus fins et mieux détaillés que le reste, souvent doux. L'étalonnage reste agréable et recommandable mais ressemble davantage à un rendu vidéo (avec couleurs pimpantes et quelques orientations magenta). Les contrastes manquent un peu de densité, les ombres ont tendance à être atténuées. La copie est propre et assez stable.

Les Chiens enragés est aussi présenté dans un montage plus complet, lui aussi apparu dans l'édition britannique Arrow de 2014. Il s'agit d'une version encore plus proche de celle souhaitée par Mario Bava, reconstituée à partir de ses notes et élaborée avec les "meilleures sources actuellement disponibles". Les travaux partent du master de la version Kidnapped sur lequel on a minutieusement ajouté des bouts de plans provenant d'une source SD, à la définition forcément en retrait et avec un étalonnage qui opère un réajustement aussi appliqué que possible pour coller à celui de la version Kidnapped, apparaissant plus brut et moins saturé. Une reconstitution qui n'augmente pas spécialement la durée du film (plus longue de seulement 20 secondes) et ne propose que très peu de moments en plus, se montrant cependant très précise puisque les segments ajoutés sont parfois extrêmement courts, pouvant durer à peine quelques images, et raccordant en début, au milieu ou à la fin des plans. Cela donne un résultat subtil et chirurgical, où les passages d'une source à l'autre peuvent se remarquer très facilement ou tout aussi bien passer presque inaperçus.

Son

Si les deux montages du film sont proposés en version originale italienne, celle de Kidnapped a été réenregistrée en stéréo au début des années 2000 avec une nouvelle musique et un nouveau doublage. Au-delà de considérations artistiques sur sa pertinence et sa qualité, l'ensemble est forcément d'une grand propreté et d'une belle clarté. L'aspect stéréo reste discret, hormis quelques effets sonores et plusieurs morceaux à la spatialisation plus affirmée.

Le montage mono des Chiens enragés possède un aspect plus ancien, moins détaillé, à la dynamique plus réduite. Le mixage bénéficie d'un rendu parfois brouillon mais globalement honnête entre les voix et les ambiances, sans saturations ou souffle disgracieux. La musique avait été enregistrée pendant le tournage, elle peut miraculeusement être réutilisée ici. En revanche, nous n'avons pas d'informations sur la fabrication du doublage, s'il a été effectué dans les années 70 ou plus tard. Il "sonne" en tout cas davantage d'époque que son homologue de Kidnapped. La version française qui l'accompagne a été produite assez récemment, sans doute pour la diffusion du film sur Canal+ en 1999 (dans le montage Semaforo Rosso ?) Un doublage aux voix forcément cristallines qui s'appuie sur les ambiances de l'époque, dans un mélange où les différences de qualité se sentent forcément un tout petit peu. Certains passages non doublés sont proposés en VO sous-titrée. On notera également une légère différence de tonalité par rapport à la VO.

Suppléments

Les Chiens enragés est présenté dans un digibook comprenant le Blu-ray, le DVD ainsi que A walk on the Wild Side, un livret de 24 pages signé Marc Toullec. L'ancien rédacteur en chef du magazine Mad Movies parle de cette production modeste par "un cinéaste familier du système D", revient sur le casting jusqu'aux plus petits rôles et fait une rapide analyse du film qui aborde en "toile de fond électrique" l'ambiance des Années de Plomb. Un tournage qui connut plusieurs complications, le remplacement de son acteur principal (américain) par Riccardo Cucciolla et surtout la solvabilité aléatoire du producteur, imposant de fréquentes pauses pour impayés et un rythme de tournage en dents de scie... jusqu'au dépôt de bilan et l'arrêt total du projet sans que toutes les scènes aient été tournées. Marc Toullec raconte comment l'actrice Lea Landers, qui retrouvait Bava après Six femmes pour l'assassin, a initié l'exhumation du film après vingt années d'invisibilité, avant que Lamberto Bava, "qui n'attendait que ça", ne prenne la relève.

Conversation autour du film (25 min - HD)
Gérald Duchaussoy et Romain Vandestichele, auteurs de Mario Bava, le magicien des couleurs en 2019, évoquent Les Chiens enragés, "un gros coup de poing dans la figure" qui réunit les influences de l'exploitation américaine et italienne. Frôlant parfois la sur-interprétation, ils livrent néanmoins une analyse intéressante liant Les Chiens enragés avec d'autres films du cinéaste ou le cinéma de cette époque. Ils montrent comment Bava fait "un film de jeunes" en montrant "la fin de son univers" où est en train de gagner "la culture crasse", évoquant les personnages aliénés ou la charge sous-jacente contre la société de consommation. Ils reviennent sur le "geste punk" de la musique omniprésente, un personnage à part entière, et admirent la virtuosité du réalisateur, la gageure technique de l'immersion dans cette "cage" étroite à l'atmosphère étouffante ("un film qui sent"), montrant la voiture comme "un aimant vers le trépas".


Présentation d'Olivier Père (32 min - HD)
Directeur de l'unité cinéma d'Arte France et passeur désormais incontournable dans de nombreux suppléments DVD / Blu-ray, Olivier Père revient sur Les Chiens enragés, "le film le plus américain de Bava" par son réalisme en rupture avec l'esthétisme de ses oeuvres des années 60. Plutôt distant avec la violence graphique, Bava aborde ici frontalement le cinéma urbain typique de l'époque, réponse aux films policiers américains et aux tensions politiques que subissait l'Italie des années 70. Un film sans doute inspiré de La Dernière maison sur la gauche ou de Sam Peckinpah, qui aurait sans doute été un choc pour les spectateurs de 1974 tant il est "un monument de violence" où le réalisateur filme "la vulgarité et le mauvais goût" de l'Italie de son temps. Olivier Père parle du "revers assez cruel" vécu par Bava suite à la faillite du producteur et l'annulation de la sortie du film. Il se souvient de la projection rudimentaire des Chiens enragés en 1994 à la Cinémathèque qui annonçait les ressorties futures, d'abord sous l'égide de l'actrice Lea Sander (titré Semaforo Rosso) puis du producteur "un peu margoulin" Alfredo Leone, sous l'appellation Kidnapped, un montage "bassement opportuniste" destiné au marché américain, à la "musique infâme".


Con la bava alla boca (40 min - SD - VOSTF)
Spécialement produit pour l'édition italienne sortie en 2013, ce documentaire explique longuement la production tumultueuse du film et les circonstances qui ont amené au montage Kidnapped sorti 25 ans plus tard. Lamberto Bava et son fils Roy racontent les ajouts qui ont complété le matériel existant (il ne manquait que 2 jours de prises de vues avant que le film ne soit arrêté). Ils parlent du tournage des scènes manquantes, Roy Bava posant la question de leur légitimité tout en avouant s'en être tenu à la dernière version du script, et racontent des anecdotes de plateau, enrichies par les témoignages des acteurs Maurizio Poli et Don Backy. Ils reviennent sur l'"épreuve très difficile" des prises de vues dans la voiture surchauffée, la participation de l'acteur Al Lettieri qui a abandonné son rôle pour raison de santé (Marc Toullec suggère dans le livret qu'il aurait plutôt été peu convaincant), ou les rapports entre les comédiens qui jouaient "main dans la main", de Riccardo Cucciola "le choix initial de Bava" qui rechignait à tourner en anglais, au "caractère renfermé" de Paoli. Sans l'exprimer clairement, ils ont conscience que la faillite du producteur "mégalomane" les a fait passer à côté de quelque chose de "phénoménal", que le film aurait sans doute transformé leurs carrières.


Introduction de Semaforo Rosso (1 min 28 s - SD)
Générique du film dans le premier montage révélé par Lea Sander, avant que le producteur Alfredo Leone et Lamberto Bava ne proposent la version Kidnapped, quelques années plus tard.

Bande-annonce Rabid Dogs (1 min 34 s - SD - non sous-titré)


En savoir plus

version intégrale

Taille du Disque : 49 204 150 707 bytes
Taille du Film : 21 123 514 368 bytes
Durée : 1:35:50.578
Total Bitrate: 29,39 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 23,99 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 23995 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: French / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 2037 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Audio: Italian / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1592 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 0,141 kbps
Subtitle: French / 21,102 kbps

montage "KIDNAPPED"

Taille du Film : 18 720 817 152 bytes
Durée : 1:35:30.808
Total Bitrate: 26,13 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 22,77 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 22775 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: Italian / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1946 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 22,723 kbps

Par Stéphane Beauchet - le 23 juin 2022