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Test blu-ray

Le Mandat

BLU-RAY - Région B
Studiocanal
Parution : 30 / 6 / 2021

Image

Le patrimoine du cinéma africain est l'un des grands oubliés de la cinéphilie actuelle. La sortie du Mandat est donc un petit évènement en soi, et pas seulement dans le paysage vidéographique français puisqu'il sort également en Angleterre, en Allemagne (via Arthaus, la branche allemande de Studiocanal) et aux Etats-Unis où Criterion le propose depuis le mois de février. Un grand bravo à Studiocanal de le sortir en France dans de très bonnes conditions, l'éditeur aurait pu se contenter d'un simple DVD.

Mandabi a été restauré en 4K par le laboratoire VDM à partir du meilleur matériel disponible, sans doute retrouvé dans les stocks français : le film a été post-produit en métropole et les recherches en Afrique sont probablement très compliquées à mener. Les travaux ne se sont pas basés sur le négatif original (qui est peut-être perdu ou inexploitable) mais sur un interpositif 35mm, élément directement dupliqué du négatif. La perte de génération explique la précision légèrement en retrait, même si le rendu conserve une belle précision et une qualité certaine : il y a du détail et du piqué, même si les erreurs de mise au point sont très rares. La texture photochimique est respectée, avec un grain fin et modéré, sans souci d'encodage. La copie est assez stable et totalement nettoyée des impuretés habituelles. On relèvera seulement quelques rares rayures verticales (usure de pellicule) et plus fréquemment une fine bande verticale légèrement décolorée sur le côté droit du cadre, probable conséquence d'un souci de tirage au moment du développement de certains plans. Les contrastes sont assez équilibrés, hormis un plan court aux noirs très denses (probablement étalonné comme cela à l'origine), le reste est sans défaut visible. La colorimétrie apparaît convaincante, bien saturée et plutôt naturelle, malgré la sensation d'un petit réajustement des blancs : l'aspect légèrement jaune-vert typique de la photochimie a presque disparu, les blancs sont souvent quasi purs, avec comme conséquence de laisser apparaître d'infimes nuances magenta, notamment sur les carnations. Une restauration sans doute miraculeuse, le film n'ayant été vu jusqu'alors en vidéo que dans des conditions très sommaires, comme le montre ce comparatif avec un ancien DVD, sorti par la Médiathèque des Trois Mondes en 2005 (en 1.66 - 4/3) :

comparatif DVD MTM (2005) vs. Blu-ray Studiocanal (2021) : 1 2 3 4 5 6 7

Son

Contrairement à l'image, on a retrouvé le négatif son dans un état exploitable. Le résultat est soigné et conforme au rendu d'origine, avec un mixage sobre et un peu minimaliste. La qualité est tributaire de la prise de son directe, heureusement effectuée dans de bonnes conditions. Les voix sont claires mais parfois un peu à la limite de la saturation, avec d'infimes sifflantes. Les ambiances sont naturelles, avec un léger souffle inclus. Le film est présenté dans sa version originale en Wolof.

Suppléments

Studiocanal propose une édition très soignée du Mandat, avec une belle série de suppléments autour du film et de Sembène, grâce aux interventions de spécialistes pertinents, intéressants et surtout très complémentaires.

Commentaire audio de Samba Gadjigo et Jason Silverman (VOSTF)
Parallèlement à la ressortie du Mandat, au début de l'été, le cinéaste était également mis à l'honneur dans les salles avec le documentaire Sembène!, réalisé en 2015. Ses réalisateurs se prêtent au jeu du commentaire audio avec une certaine efficacité, expliquant certains éléments ethnographiques ou montrant comment Sembène réalise "une révolution culturelle" qui replace enfin l'africain au centre de l'histoire, notamment par l'utilisation de la langue wolof. Mandabi est le tableau amer d'un système qui perpétue la domination de la France sur le Sénégal, "un avertissement sur l'échec de l'indépendance" qui dénonce un pays coupé de son peuple, détourné par une élite, où les rapports humains sont ternis par l'argent, une société dont l'identité africaine a été volée, avec ce héros que la colonisation tente d'effacer. Gadjigo et Silverman évoquent également l'évolution formelle du cinéaste, sa volonté d'"offrir un miroir à son peuple", ou son avant-gardisme quant à la question du féminisme.

Entretien avec Alain Sembène (29 min - HD)
Le fils du réalisateur Ousmane Sembène était enfant pendant la fabrication de Mandabi. Il se rappelle les émotions du tournage dans le Dakar de l'époque ("un autre monde"), l'ambiance familiale, entourée d'amis, les prises en français qui selon lui n'ont pas été conservées car cela "sonnait faux" (alors que dans le supplément avec David Murphy, ce dernier indique bien qu'il a jadis eu accès à cette version en français). Alain Sembène évoque le film et sa peinture des dysfonctionnements de la société sénégalaise, le décalage de certaines populations face au modernisme et à la colonisation, ce héros perdu et quelque part un étranger dans son propre pays. Une histoire universelle qui a rencontré le succès dans le monde entier, qu'Alain Sembène percevait enfant comme une simple comédie mais dont l'aspect tragique lui a été révélé à l'âge adulte. Il parle de l'oeuvre politique de son père, sa volonté de parler aux africains, les éduquer à travers l'écriture puis le cinéma : "un miroir qui fait sortir l'ombre de l'individu", le pousse à se poser des questions, à penser par lui-même. Il raconte le pessimisme qui a peu à peu gagné Ousmane Sembène, voyant la société toujours plus éloignée des utopies passées, l'Afrique ayant toujours du mal à avancer dans le bon sens.

Rendez-vous avec Dakar (21 min - HD - VOSTF)
Spécialiste du cinéma africain, critique, conservateur de film et programmateur de festivals, Keith Shiri a rencontré Ousmane Sembène lors d'une rétrospective à Londres en 2003. Il évoque le parcours d'"un des cinéastes les plus importants du 20e siècle" , pionnier du cinéma africain qui s'engageait "pour bouleverser l'ordre établi" et dialoguer avec "les gens ordinaires". Il analyse Le mandat, un "film unique" sur "la stratification des classes sociales", et revient sur l'aspect satirique qui "marche sous tous les angles" en dénonçant l'obstacle bureaucratique. Il note une force de la simplicité qui exprime des valeurs profondes, l'utilisation de la langue africaine qui "rend le pouvoir aux gens" (contre les langues coloniales) et l'omniprésence des femmes qui portent le fardeau du chaos laissé par les hommes.

Les coulisses du Mandat (2 min - HD)
Filmées pour des actualités, des images du tournage muettes et en noir & blanc qui montrent Ousmane Sembène en plein travail.

Une histoire sénégalaise (24 min - HD - VOSTF)
Auteur d'un livre sur Sembène, publié il y a vingt ans, le professeur David Murphy évoque le parcours du cinéaste et analyse Mandabi, "son grand film des années 60", le premier tourné en langue africaine. Il insiste beaucoup sur la qualité artistique du cinéma de Sembène, réalisateur inventif et innovateur en terme de narration, dont on oublie malheureusement trop le talent artistique au profit de ses films à message. Pour lui, Sembène est "un grand réalisateur tragi-comique" aux styles multiples, du néo-réalisme à l'expérimental, qui avait des engagements sociaux très forts, s'opposait à la culture de la Négritude et remettait en cause les idées (occidentales) sur une Afrique primitive, soi-disant incapable de se moderniser elle-même. Murphy analyse Le mandat où s'impose le thème de l'arnaqueur, un élément récurrent des histoires africaines, un film où la force unificatrice de la religion s'oppose à celle de l'argent qui divise. Il évoque la sortie du Mandat dans la polémique et la critique, et souligne sa résonance contemporaine, une peinture très actuelle puisque la population sénégalaise vit toujours à crédit.


Conversation avec Boubacar Boris Diop et Marie-Angélique Savané (20 min - HD - VOSTF)
Menée à Dakar, une discussion entre le romancier et scénariste Boubacar Diop, et la sociologue et féministe Marie-Angélique Savané. Encore un excellent supplément qui permet cette fois de resituer Mandabi et l'engagement politique de Ousmane Sembène sous la présidence de Sédar Senghor et le contexte de 1968, "une année très politique au Sénégal". Rangé derrière une pseudo indépendance, le pays est encore trop tourné vers la France, encore trop soumis au néocolonialisme et aux inégalités sociales. Diop et Savané expliquent pourquoi Le mandat est la première critique d'envergure faite contre le régime, qui montre les pauvres plutôt que la classe émergente, dénonce l'oppression des femmes et surtout utilise la langue Wolof pour parler directement au peuple. Car tout est une question de communication dans un pays qui fonctionne à plusieurs vitesses et dans différentes langues mal maîtrisées par tous : c'est le besoin de communication qui a déclenché l'engagement de Sembène, d'abord écrivain avant de devenir le père du cinéma africain, "parce que sa mère ne pouvait pas lire son premier roman". Diop et Savané livrent également une bonne analyse de cette satire sociale à la fois révolutionnaire et apolitique, qui montre un pays ayant perdu ses valeurs... et ne les ayant toujours pas retrouvées.

Bande-annonce 2020 (1 min - HD - VOSTF)

En savoir plus

Taille du Disque : 41 934 870 324 bytes
Taille du Film : 27 283 252 608 bytes
Durée : 1:31:47.541
Total Bitrate: 39,63 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 34,42 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 34428 kbps / 1080p / 24 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: Wolof / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1304 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 768 kbps / 24-bit)
Audio: German / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1381 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 768 kbps / 24-bit)
Audio: English / Dolby Digital Audio / 2.0 / 48 kHz / 192 kbps
Subtitle: English / 27,070 kbps
Subtitle: English / 61,748 kbps
Subtitle: German / 10,272 kbps
Subtitle: German / 28,646 kbps
Subtitle: German / 72,076 kbps
Subtitle: French / 23,505 kbps
Subtitle: French / 56,680 kbps

Par Stéphane Beauchet - le 13 septembre 2021