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Test blu-ray

Le Canardeur

BLU-RAY - Région B
Carlotta
Parution : 19 / 11 / 2014

Image

Le Canardeur était sorti en 2003 dans une édition MGM minimaliste, qui plus est non 16/9 malgré le respect du format 2.35, et son aspect général correspondait à l'image de la bande-annonce que l'on peut visionner dans les bonus de cette nouvelle édition. Onze ans plus tard, le saut qualitatif est stratosphérique. Carlotta nous propose un master inédit de toute beauté, issu d'une restauration 2K. C'est un grand bonheur de redécouvrir ce film dans de telles conditions, qui rendent enfin justice au travail de composition plastique de Michael Cimino et aux paysages qu'il a sélectionnés avec soin. Et cela, tout en conservant le cachet visuel du cinéma américain des années 70 avec sa texture diffuse, ses tons chauds et son grain cinéma prononcé. Thunderbolt and Lightfoot version 2014 affiche une image belle et lumineuse, une gestion des hautes et basses lumières magnifique avec du détail dans les noirs, un piqué souvent fabuleux (le rendu du grain de peau, de la sueur, des textures et des étoffes en témoigne) malgré quelques rares scènes moins bien définies, un aspect argentique qui réjouira tout amateur du cinéma US de cette époque (aucun effet numérique destructeur n'a été utilisé), et enfin une colorimétrie toute en nuances et idéalement saturée. Enfin, la propreté et la stabilité du master sont exemplaires. Ce master haute définition se révèle ainsi une vraie réussite dans tous ses aspects, un nouveau succès à mettre au crédit de cet éditeur exigeant.

Son

Le Blu-ray propose deux mixages DTS-HD Master Audio mono 1.0 pour les deux versions, américaine et française. Si les deux pistes sont parfaitement nettoyées et claires, sans surprise la version originale se place nettement au-dessus grâce à une meilleure dynamique, un équilibre soigné et appréciable entre toutes les strates sonores, des ambiances vivantes et une profondeur qui en font un mono de grande qualité. La version française, si elle ne démérite pas techniquement, est plus étouffée, couvre un peu les ambiances qui sont les plus discrètes (mais fort utiles pour l'immersion) et place les voix bien en avant. Enfin, le doublage est assez décevant pour ce qui concerne les deux acteurs principaux, surtout Clint Eastwood qui n'a pas son doubleur attitré de l'époque et dont la voix française ne correspond vraiment pas du tout au style du jeu du comédien.

Suppléments

Pour l'amour des personnages (28 min 41 - 1.85 - DD mono 2.0 - VOST - HD - 2014)
Cette production Allerton Films consiste en une interview de Michael Cimino recueillie par Stéphane Gobbo, journaliste de cinéma au magazine suisse roman L'Hebdo, et quasiment entièrement consacrée à Thunderbolt and Lightfoot. Ce documentaire est monté sur des extraits du film et de nombreuses photos tirées de ce dernier et d'autres productions comme Magnum Force, Voyage au bout de l'enfer, La Porte du paradis, L'Année du dragon, ainsi que des films de Clint Eastwood et de John Ford. Cela fait bien plaisir d'entendre Cimino s'exprimer sans l'aigreur qui le caractérise hélas aujourd'hui (parfois justifiée, mais pas toujours) et les affirmations péremptoires qu'il laisse échapper de plus en plus souvent dans les entretiens récents ; ici il revient avec nostalgie mais aussi un certain bonheur (le ton de sa voix, même fatiguée, ne trompe pas) sur son premier long métrage. Le cinéaste aborde l'historique du Canardeur (ses relations avec Eastwood depuis l'écriture de Magnum Force, les repérages), ses méthodes d'écriture (le point essentiel : il se laisse guider par ses personnages plutôt que par une ou plusieurs idées), l'origine du titre et des noms des deux héros, le thème essentiel du film (l'histoire d'un homme qui retrouve la vigueur de sa jeunesse au contact d'un garçon deux fois plus jeune que lui), la collaboration aux accents de défi avec Eastwood et sa grande admiration pour ce dernier, le travail avec l'inexpérimenté Jeff Bridges (le partenaire parfait de la star, selon lui), le choix des deux comédiens Kennedy et Lewis pour incarner des personnages de comédie (habitués à jouer des gros durs).


De nombreuses anecdotes de tournage, souvent drôles, parsèment ses souvenirs. Cimino évoque aussi naturellement ses inspirations, sa façon de mettre en scène, son rapport étroit aux grands paysages (de montagne surtout) et à la nature teinté d'un profond mysticisme, sa relation à John Ford à travers son attachement à Monument Valley et plus généralement au cinéma classique. Il achève son entretien par ce qu'on pourrait appeler une profession de foi sur ce qu'il considère être le cinéma, un art magique avant tout et non pas intellectuel - il dépose une pierre dans le jardin de la Nouvelle Vague en défendant plutôt le réalisme poétique français et l'œuvre de Cocteau (un cinéma de personnages, selon lui, et non pas d'idées). A part ses toutes dernières considérations (sujettes à discussion), Michael Cimino apparaît surtout comme on voudrait qu'il soit le plus souvent : positif, rasséréné, mystérieux - mais pas opaque - et surtout attendrissant.

Ironie masquée (25 min 34 - 2.35 - DD mono 2.0 - HD - 2014)
Il s'agit ici d'une analyse de Jean Douchet à propos du Canardeur, via un texte récité par le comédien Eric Chantelauze. Douchet est un expert de ce genre d'analyse filmique, dont le risque de sur-interprétation est toujours présent mais qu'il arrive à éviter le plus souvent. Le célèbre critique, écrivain et cinéaste français s'attache à décrypter la séquence d'ouverture du film menant à la rencontre entre les deux personnages principaux, avant de porter un regard personnel plus général sur les implications profondes du film. Son point de vue conduit d'ailleurs à prendre volontairement le contrepied de l'assertion de Michael Cimino selon laquelle celui-ci ferait un cinéma de personnages et aucunement d'idées. En dehors de la relation entre le cinéma de Cimino avec les mythes fondateurs de l'Amérique et le western, Douchet développe un argumentaire sur la situation politico-économique des États-Unis en 1974, année du tournage du film. Selon lui, Cimino dresse également un constat de son pays sur le ton de l'ironie et de la fuite en avant vers un futur indéchiffrable : « Le rêve de l'Amérique des pères fondateurs à cédé la place à une société repue, constamment en quête d'argent. » Ainsi, à travers l'analyse souvent pointue du style Cimino et le décryptage des personnages de Thunderbolt and Lightfoot (leur nature, leur identité, leurs interactions), il en ressort une vision sur une Amérique infantile et angoissée, atteinte de névroses identitaires et sexuelles que la quête de liberté au sein de grands espaces peine à dissimuler. Que l'on soit d'accord on non avec certaines extrapolations avancées par Jean Douchet, force est d'admettre que ses développements se révèlent très stimulants pour l'esprit et confirment que ce Canardeur est loin d'être un "agréable petit film de débutant".

Bande-annonce (1 min 52 - 2.35 DD mono 1.0 - VOST - HD - 1974)
Granuleuse, moyennement définie, trop sombre, avec des couleurs moins saturées que le film et dotée d'une légère dominante marron, la copie de ce film-annonce est néanmoins plutôt propre. Cette bande-annonce est très axée sur les scènes d'action et se révèle ainsi partielle en donnant une image biaisée de ce road movie tragi-comique parsemé d'éclats de violence.

Par Ronny Chester - le 19 novembre 2014

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