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Test blu-ray

La Fille qui en savait trop

BLU-RAY - Région B
Sidonis / Calysta
Parution : 24 / 3 / 2022

Image

Après ESC, Artus et Le Chat qui Fume, Sidonis s'attaque aujourd'hui au cinéma de Mario Bava en lançant sa propre collection, elle aussi proposée en digibook. Comme pour Le Masque du démon, l'éditeur français a repris la formule des Blu-ray anglais (Arrow, 2014) et américain (Kino Lorber, 2015) qui comprenaient à la fois le montage original et la version américaine, légèrement différente. Si l'image du Masque du démon, malgré quelques petits bémols, montrait une amélioration certaine par rapport à la précédente édition DVD française, La Fille qui en savait trop est encore plus convaincant grâce à sa très belle restauration 2K. Les travaux ont été effectués à partir d'un interpositif 35mm à grain fin, complété pour certains plans trop dégradés par un contretype. Les images sont assez stables et bien nettoyées, avec cependant quelques rayures verticales tenaces, et sont surtout d'une belle précision, avec un trait fin et un détail poussé. La gamme de gris est nuancée, les blancs ne sont pas démesurément exposés, les noirs savent être denses tout en conservant du détail. Le bât blesse un peu quant au grain argentique, honnêtement restitué, en tout cas sans problème apparent durant le visionnage, mais au final un peu détérioré quand même : la présence sur un même disque des deux montages du film et des suppléments (en SD) réduit les capacités d'encodage et ne permet qu'un débit vidéo limité qui altère mécaniquement la texture de l'image. La comparaison avec les disques anglo-saxons est ainsi sans appel. Les yeux aguerris remarqueront peut-être quelques macro-blocs discrets apparaissant dans certaines zones sombres, nous ne sommes donc pas loin de la limite. Sidonis propose en tout cas un master HD qui restitue enfin avec fidélité la très belle photographie de Mario Bava. Un vrai régal pour les yeux qui fait oublier les tristes conditions de visionnage de la précédente édition française...

Lorsque La Fille qui en savait trop est sorti sur le territoire américain, sous le titre Evil Eye, le distributeur American International Pictures a refait la bande originale et modifié le montage de quelques minutes, coupant les allusions à la drogue (les cigarettes du trafiquant), rallongeant certaines scènes (l'introduction dans l'avion) ou ajoutant des passages inédits, non inclus dans le montage italien (notamment la fin). C'est cette version que Sidonis propose en double programme, présentée dans un format "open matte" qui ne correspond pas à celui d'origine mais propose davantage d'informations dans le cadre. La qualité du transfert se montre en revanche moins convaincante : il s'agit d'une restauration plus ancienne, un possible télécinéma à défilement continu, vu que chaque changement de plan est systématiquement accompagné d'une légère saute. L'étalonnage est un peu éclairci, les contrastes sont moins marqués (dommage de ne pas avoir renforcé cet aspect), la copie laisse passer quelques taches et griffures mais rien de bien grave. Surtout la précision est en retrait, avec un niveau de détail très atténué et une granulosité qui a presque disparu, l'encodage perfectible du Blu-ray renforçant sans doute un peu plus l'impression de lissage.

DVD Films Sans Frontières (2001) vs. BR Sidonis (2022) : 1 2 3 4 5 6 7 8

montage italien vs. montage US : 1 2 3 4 5 6 7

Son

La version originale italienne se montre assez convaincante, très propre, avec un équilibre bien restitué entre les voix, les ambiances et la musique. Le spectre est large, peut-être un peu couvert. Il n'y a pas ou peu de souffle, les voix restent claires et non dégradées. La version française qui l'accompagne sur le montage original est de bonne facture, là aussi sans sifflantes ni saturations, dans un ensemble propre et clair. Deux bémols cependant  : un souffle permanent et parfois peu discret, et une absence flagrante de basses fréquences, l'ensemble se positionnant davantage dans les aigus et haut mediums. La version en anglais, uniquement proposée sur le montage américain, colle parfaitement aux mouvements des lèvres : les acteurs ont joué en anglais sur le tournage mais sont ici post-synchronisés, il n'y a pas de son direct. La piste souffre de quelques craquements légers dans un ensemble plutôt propre, au souffle discret en arrière-plan, et bien équilibré avec les ambiances et la musique. Les voix sont claires et dénuées de sifflantes ou de saturations.

Suppléments

La Fille qui en savait trop est accompagné de Giallo année zéro, un livret de 24 pages abondamment illustrées signé Marc Toullec. L'ancien rédacteur en chef du magazine Mad Movies livre un bon complément, documenté et instructif, sur ce quatrième film du réalisateur qui invente sans le savoir l'un des genres les plus prolifiques du cinéma transalpin des années 70 : le giallo, "le thriller horrifique italien". Marc Toullec revient sur la genèse du projet, considéré par Bava comme un "nouveau départ", et raconte le "dispositif millimétré" du scénario écrit à six auteurs, dont on retiendra notamment l'apport de Enzo (futur Sergio) Sollima, et le tournage dans les décors romains. Marc Toullec s'arrête sur la distribution, et plus spécialement sur l'acteur John Saxon dont la carrière a rebondi grâce à l'Italie, aux souvenirs de tournage qui lui évoquent "des impressions de semi-vacances" et une bien plus grande liberté que les conditions de travail de son Amérique natale. Marc Toullec explique longuement le montage américain, remanié mais contenant quelques moments inédits par rapport à la version originale, et vendu bien différemment (jusqu'au contre-sens) outre-Atlantique. Un marketing qui ne servit finalement pas à grand-chose, le film subissant un échec au box-office, pénalisé par l'utilisation du noir & blanc, une leçon que retiendra Mario Bava qui, désormais, ne tournera plus qu'en couleur...

Le film est accompagné de plusieurs suppléments. Après Le Masque du démon, on aurait adoré retrouver le duo Olivier Père/Christophe Gans sur chaque opus de la collection, comme c'était le cas avec Bertrand Tavernier et Patrick Brion pour les westerns, mais il n'y a malheureusement pas d'entretien avec le réalisateur du Pacte des loups.

Présentation d'Olivier Père (26 min - SD)
Journaliste, critique et actuel directeur d'Arte Cinéma France, Olivier Père fait une présentation efficace de La Fille qui en savait trop, un film considéré à tort comme mineur à cause de sa décontraction, du mélange des genres et de l'absence de "pure terreur", alors qu'il pose en fait les bases d'un genre phare du cinéma italien à venir. Le journaliste évoque ici une variation policière de Vacances romaines avec son histoire-prétexte, entre comédie et angoisse, qui cache un film passionnant au niveau de la mise en scène, où Mario Bava, dans ce dernier opus en noir & blanc, joue admirablement des ambiances et des espaces. Selon le critique, le cinéaste aura peut-être été le premier à montrer la dimension inquiétante d'une ville moderne, à investir un site touristique le jour pour en faire un lieu cauchemardesque la nuit venue. Une leçon qu'aura sans doute apprise Dario Argento, et une "intuition forte" de Mario Bava qui redéfinira tout simplement le thriller. Olivier Père évoque ces plans de pure mise en scène sans acteurs, des "morceaux de bravoure" uniquement portés par des mouvements de caméra et de lumière (qui montrent le désintérêt du réalisateur pour ses comédiens ?), parle des "images pulsionnelles" de Bava, où le spectateur ne sait plus s'il s'agit d'une hallucination ou de la réalité, et revient sur le casting, avec notamment John Saxon au début d'une longue histoire avec le cinéma de genre italien.


Les différentes versions du film par Bruno Terrier (14 min - SD)
Les éclaircissements du patron de la boutique Metaluna, que les "bisseux" parisiens connaissent bien, qui revient sur les différences de montage entre la version italienne et celle exploitée aux Etats-Unis. Contrairement aux habitudes, ce montage américain ne se contente pas de réduire simplement le métrage mais propose en fait beaucoup de passages inédits, possiblement non conservés par Bava en Italie. Selon Bruno Terrier, le réalisateur a pu être impliqué dans la version américaine en tournant ces scènes spécifiques, comme son cameo à la Hitchcock. Bruno Terrier remarque d'ailleurs que des scènes "typiquement italiennes" sont davantage présentes dans le montage américain. Mais comme pour Le Masque du démon/Black Sunday, la musique a par contre été totalement remplacée, un choix "pas très judicieux".


Souvenirs d'un chef-d'oeuvre du giallo (24 min - SD - VOSTF)
Un module repris de l'édition britannique de 2014, avec des entretiens croisés entre Mike Koven, professeur d'études cinématographiques à l'Université de Worcester et auteur en 2006 d'un livre sur le giallo, le critique Alan Jones, auteur d'un livre sur Dario Argento en 2000, et les réalisateurs Luigi Cozzi (L'Assassino è costretto ad uccidere ancora, 1975) et Richard Stanley (Color out of Space, 2019). Ils évoquent le cinéma de Mario Bava, "un genre de magicien""un grand styliste" en clair-obscur, alors dans une période d'expérimentations. Ils évoquent l'influence d'Hitchcock sur le film, et l'importance d'un style fort que d'autres cinéastes comme Dario Argento porteront quelques années plus tard à son paroxysme. Ils reviennent sur le sens de la technique de Mario Bava, son savoir-faire et son efficacité même avec de petits budgets, sa façon d'"utiliser les acteurs comme des mannequins", ou l'aspect "vrai pionnier" dans sa façon d'utiliser les décors extérieurs pour les rendre effrayants. Le réalisateur n'a pas été soutenu par une critique orientée sur les récits politico-sociaux (les Français de Midi Minuit Fantastique seront parmi les premiers à le défendre), cet opus en sera d'autant plus considéré comme mineur, moins singulier que Le Masque du démon car davantage copié, alors que le film garde une vraie singularité dans un genre où les films se ressemblent beaucoup.


Souvenirs de la fille (10 min - SD - VOSTF)
Produit pour le coffret DVD consacré à Mario Bava, sorti en 2007 aux USA (chez Anchor Bay), un bref entretien avec l'acteur John Saxon qui résume son parcours et explique être parti tourner en Italie parce qu'il y avait tout simplement des propositions de travail. Il raconte avoir été appelé par Letícia Román dont il connaissait le père costumier, et évoque certains souvenirs de l'Italie des années 60, "une autre qualité de vie" qui l'a bien dépaysé d'Hollywood. Les méthodes de travail n'étaient pas non plus les mêmes, beaucoup plus détendues mais parfois tempérées par le caractère contrasté de Mario Bava, pas toujours agréable avec lui (peut-être jaloux de ses rapports avec l'actrice ?). Comme beaucoup de ces acteurs américains partis en Europe se faire facilement quelques dollars sur des films qu'ils croyaient insignifiants, il reste étonné du culte encore vif autour du cinéaste italien.


Bande-annonce américaine (2min 09 - SD upscalé en HD - non sous-titré)


En savoir plus

montage italien

Taille du Disque : 48 968 769 131 bytes
Taille du Film : 22 046 945 280 bytes
Durée : 1:25:32.752
Total Bitrate: 34,36 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 28,935 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 28359 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: French / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1990 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Audio: Italian / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 2048 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 0,161 kbps
Subtitle: French / 26,563 kbps

montage américain

Taille du Disque : 48 968 769 131 bytes
Taille du Film : 20 442 120 192 bytes
Durée : 1:32:27.291
Total Bitrate: 29,48 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 25,94 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 25949 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: English / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1991 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 23,864 kbps

Par Stéphane Beauchet - le 4 avril 2022