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Test blu-ray

Le Masque du démon

BLU-RAY - Région B
Sidonis / Calysta
Parution : 24 / 3 / 2022

Image

Sidonis lance, lui aussi, sa collection Mario Bava avec plusieurs titres emblématiques du cinéaste. Cette édition du Masque du démon reprend la formule (et les masters) du Blu-ray britannique sorti chez Arrow en 2013, qui proposait la version italienne originale accompagnée du montage américain, ce qui a inspiré à son tour le Blu-ray allemand Koch Media de 2016. C'est la première fois depuis l'époque de la VHS, sans doute, que Le Masque du démon est proposé dans son montage original italien. Jusqu'à présent, il fallait se contenter du DVD Films Sans Frontières, sorti en 2001, qui  offrait uniquement la version américaine, avec un doublage et une musique différents de ceux proposés aujourd'hui par Sidonis.

Le master HD du Masque du démon, dans sa version originale italienne, ne part vraisemblablement pas du négatif original : on sent une finesse des images qui n'est pas optimale, un grain encore un tout petit peu épais et des hautes lumières souvent "écrasées", à la dynamique très atténuée (très probable défaut de tirage plutôt qu'une mauvaise calibration du scan HD). On s'est donc tourné ici vers un élément intermédiaire, peut-être un "marron", copie directe du négatif qui apparaît d'assez bonne qualité, malgré quelques tremblements succincts sur la fin et plusieurs traces d'usure, là aussi bien brèves. Les conditions de visionnage n'ont en tout cas jamais été aussi satisfaisantes (cf. le comparatif ci-dessous) : on appréciera les images stables et profondément nettoyées, ou les contrastes très marqués, respectant le style des grandes zones sombres et vides, sans pour autant y atténuer les détails quand cela est nécessaire - des noirs qui sont aussi dénués de toute pulsation. La gamme de gris est plutôt agréable, même si moyennement nuancée et souffrant d'une légère coloration magenta. La définition est honnête, en tout cas suffisante, malgré un niveau de détail un peu limité. Certains gros plans restent toutefois assez convaincants. Les deux films ont été encodés sur le même disque (impossible de faire une lecture en seamless branching, les deux versions étant bien trop différentes), ce qui ne pénalise pas le rendu argentique, le grain n'étant pas estompé, encore suffisamment présent. Principale conséquence : pour optimiser l'espace disque pris par les films, les suppléments sont proposés en SD.

Notez que les plans avec titrage et la scène de la fontaine, inédite en France (à 18 min 22) sont présentés en SD avec upscale (on remarquera les effets d'escalier sur les lettrages). L'entracte central a également été respecté.

Lorsque Le Masque du démon est sorti aux Etats-Unis, sous le titre Black Sunday, le distributeur American International Pictures a réduit le montage de quelques minutes et refait la bande originale. Sidonis propose cette version avec un master HD élaboré à partir d'une copie 35mm à grain fin, une source photochimique qui se montre très proche du master italien, la qualité de définition étant assez similaire. Les différences se font sentir sur certaines caractéristiques précises du scan HD, la légère teinte verdâtre, par exemple, et surtout la finalisation moins poussée de la restauration : l'étalonnage américain est parfois un peu plus lumineux et ne possède pas de contrastes aussi denses, les noirs sont sujets à de petites pulsations, la copie est un peu plus tremblotante et moins nettoyée.

comparatif montage italien vs. montage américain : 1 2 3 4 5 6 7

DVD Film Sans Frontières (2001) vs. Blu-ray Sidonis (2022) : 1 2 3 4 5 6 7

Son

Les différentes pistes son présentent quelques petites différences les unes par rapport aux autres mais restent d'une bonne qualité générale. Le montage original propose la version italienne avec d'infimes effets stéréo sur quelques bruitages (le reste est frontal). Sa dynamique est correcte, avec de bonnes basses ponctuelles sur certains passages musicaux. Le rendu des voix post-synchronisées est correct, sans sifflantes. La piste est dénuée de souffle. La version française n'est pas celle d'époque, visiblement refaite dans les années 70. Mise à part de petites montées de souffle très ponctuelles, l'ensemble reste propre et bien nettoyé, avec des voix très claires. Le montage américain ne propose qu'une VO en anglais, là aussi d'un bon rendu, sans souffle, détaillé et assez bien équilibré.

Suppléments

Le Masque du démon est présenté dans un digibook comprenant le Blu-ray, le DVD ainsi que Mémoires d'outre-tombe, un livret de 48 pages signé Marc Toullec. L'ancien rédacteur en chef du magazine Mad Movies revient sur "le meilleur film fantastique italien jamais produit", première oeuvre officielle d'un directeur de la photographie expérimenté qui se montrera davantage qu'un technicien virtuose : "un auteur complet". Marc Toullec raconte la production du film, son écriture à dix scénaristes qui s'inspire d'un récit de Nicolas Gogol dont il ne restera finalement plus rien, le tournage au budget "très raisonnable" porté par le travail d'une équipe dévouée, les effets spéciaux en partie réalisés par le propre père du réalisateur, les confidences de l'icône Barbara Steele, "tricarde à Hollywood" et seule star féminine d'un genre dans lequel elle sera peu à peu enfermée. Toullec raconte le succès du film à l'international et les modifications apportées sur le montage américain, notamment expurgé des allusions trop sexuelles, et l'importance qu'aura Le Masque du démon dans l'histoire du cinéma fantastique, l'admiration de cinéastes comme Tim Burton, Joe Dante ou Scorsese, l'hommage de son fils Lamberto qui réalisera Le Masque de Satan en 1989, ou l'idée avortée d'un remake par Bava lui-même à la fin des années 60...

Le film est accompagné de plusieurs suppléments maison :

Présentation d'Olivier Père (29 min - SD)
Journaliste, critique et actuel Directeur d'Arte Cinéma France, Olivier Père livre une présentation très classique mais assez riche du Masque du démon, avec pas mal de redites par rapport au livret. Il revient sur la carrière de Mario Bava, habile artisan de la photographie et "grand coloriste du cinéma", à la solide réputation, dont les bons et loyaux services (il a terminé plusieurs films en lieu et place des réalisateurs) seront récompensés par ce Masque du démon, sa première mise en scène à son nom. Olivier Père analyse la forte inspiration des films Hammer, de l'expressionnisme allemand ou de La belle et la bête de Jean Cocteau, qui met à mal le cliché d'un cinéma italien rudimentaire, et décortique le style Bava : il note le soin formel des décors et des cadrages, l'importance du regard, la violence sadique et morbide, parfois voyeuriste, les mouvements de caméra poétiques mais illogiques. Il revient sur l'actrice Barbara Steele dont la carrière qui explose alors passera de Bava à Fellini, et évoque l'accueil modeste en Italie, plus positif et immédiat en France, jusqu'au "vrai succès" en Amérique qui relancera la mode des films gothiques. On signalera une petite erreur d'illustration concernant le scénariste Mario Serandrei dont le portrait n'est autre que Rod Steiger dans Main basse sur la ville...


Le film vu par Christophe Gans (41 min - SD)
Fidèle à sa réputation, le réalisateur du Pacte des loups et Silent Hill revient avec enthousiasme et admiration sur le cinéma de Mario Bava et le "choc" que fût sa découverte du Masque du démon dans un petit ciné-club d'Antibes. Il résume le parcours du directeur de la photographie, "couteau suisse du cinéma italien de cette époque", et explique comment ce travailleur timide mais chevronné passera à la réalisation, sûr de ses capacités qui "échappent à toutes les normes". Il se souvient de la "beauté hallucinatoire" du Masque du démon, un film qui contient déjà "tous les excès du Bava des années 70", et reste un "évènement incroyable", monté en réponse au Cauchemar de Dracula de la Hammer. Gans évoque quelques spécificités du cinéma de Mario Bava, le formalisme proche de celui de Jean Cocteau qu'il développe film après film, le Mal qui vient des profondeurs de l'homme, sa façon de plus en plus abstraite d'utiliser les acteurs, ou sa manière d'inciter le spectateur à réfléchir sur ce qu'il regarde, matrice du giallo, un genre qu'il va inventer trois ans plus tard. Pour Gans, Mario Bava est "un savant fou du cinéma", dont le travail évolue entre classicisme et sens de l'expérimentation, Le masque du démon rassemblant toutes ses recherches formelles précédentes. Il aborde également le casting anglo-saxon et la "beauté morbide" de Barbara Steele, "l'une des figures les plus absolues du cinéma de terreur". Un entretien tout simplement passionnant.


Les différentes versions du film par Bruno Terrier (14 min - SD)
Filmé dans sa boutique Metaluna (Paris 5e), Bruno Terrier évoque le bon accueil critique que reçut Le masque du démon en France, notamment soutenu par Positif et Midi-Minuit Fantastique, et liste les subtilités des différentes versions, chaque pays ayant plus ou moins modifié le montage d'origine. Il explique ainsi la façon dont le film a été exploité aux Etats-Unis, en double programme et dans une version plus grand public, expurgée de plans trop violents ou d'allusions trop directes à la sexualité (il n'est plus question d'inceste, par exemple). Le film y bénéficie également d'une nouvelle musique, moins mélancolique et qui "appuie trop sur les effets". Bruno Terrier parle d'une scène absente du montage français (et donc présente sur ce Blu-ray en VO sous-titrée) qu'il trouve mal placée dans la chronologie de l'intrigue...


Entretien avec Barbara Steele (9 min - SD - VOSTF)
Quelques brefs extraits d'entretiens avec l'actrice, en 1995 et en italien, ponctué de trop nombreux (et trop longs) passages du Masque du démon dont elle évoque les premières minutes "incroyablement fortes", se souvenant d'un Mario Bava "terriblement concentré" sur son plateau monochrome et sans couleurs. Avouant ne pas apprécier sa prestation dans le film, elle revient sur le silence "charismatique" de son personnage, ou l'élégance des films d'horreur italiens qui n'ont plus rien à avoir avec ceux d'aujourd'hui, à la "peur superficielle".

Bande-annonce originale (3min 19s - SD - VO non sous-titrée)

Bande-annonce américaine (2min 07s - SD - VO non sous-titrée)

Bande-annonce britannique (3min 27s - SD - VO non sous-titrée)

En savoir plus

MONTAGE ITALIEN

Taille du Disque : 48 982 218 876 bytes
Taille du Film : 21 489 598 464 bytes
Durée : 1:27:52.767
Total Bitrate: 32,60 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 26,66 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 26661 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: French / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 2012 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Audio: Italian / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 2029 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 0,848 kbps
Subtitle: French / 18,579 kbps

MONTAGE AMERICAIN

Taille du Disque : 48 982 218 876 bytes
Taille du Film : 18 859 345 920 bytes
Durée : 1:23:05.689
Total Bitrate: 30,26 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 26,66 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 26662 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: English / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 2033 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 18,640 kbps

Par Stéphane Beauchet - le 28 mars 2022