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Test blu-ray

L'Année du Dragon

BLU-RAY - Région B
Carlotta
Parution : 9 / 3 / 2016

Image

En 2016, Carlotta répondait aux attentes de nombreux cinéphiles en proposant enfin L’Année du Dragon dans une édition digne de tous les éloges. Ce film essentiel des années 80, la troisième plus grande œuvre d’un cinéaste d’exception et à la carrière compliquée pour les raisons que l’on sait (un échec symbolique trop dur à porter pour un seul homme et un tempérament caractériel), trouvait enfin un écrin conforme à son importance dans l’histoire du cinéma. Ce master a bénéficié d’une excellente restauration même si le scan provient d’un master MGM un peu vieillissant en cette fin de décennie (une remastérisation actuelle à partir du négatif original fournirait probablement un résultat extraordinaire). L’image est complètement nettoyée et parfaitement stable. Le statut HD n’est pas contestable : le film renaît sous nos yeux, la plus-value avec les DVD existants est ainsi considérable. La définition globale est ciselée malgré un rendu un peu doux (une conséquence d’un master d’origine un peu trop ancienne) avec un piqué séduisant quand on examine de près le traitement des différentes matières. L’aspect argentique est très bien conservé avec un beau grain « cinéma » pas trop épais que la compression, exemplaire, rend à merveille. Quelques rares plans nous interpellent sur l’utilisation d’un filtre d’accentuation des contours (comme sur l’officier de police à cheval au début du film) mais cela reste extrêmement discret. Bref, les séquences diurnes affichent un rendu saisissant et les scènes nocturnes ne sont pas en reste, même si elles laissent parfois apparaitre une légère granulation numérique. De son côté, la gestion des contrastes est vraiment à saluer par ses nuances et sa précision : les noirs sont profonds et débouchés, laissant entrevoir du détail dans les très basses lumières. Enfin, autre élément essentiel dans L’Année du Dragon photographié par le grand Alex Thomson, la colorimétrie a bénéficié d’un soin aux petits oignons et nous replonge dans les salles en 1985 : les couleurs de Chinatown (avec la dominante rouge caractéristique) sont vivantes, denses et idéalement saturées, naturelles ou expressionnistes selon la dramaturgie, toujours parfaitement mises en relief dans les plans de jour comme de nuit. Le travail du chef opérateur a ainsi autant été respecté que celui du cinéaste. En résumé, malgré un léger bémol que pourrait corriger un tout nouveau master 4K, ce Blu-ray est une franche réussite.

Son

Ce Blu-ray propose trois bandes-son, deux mixages différents pour la version originale et un seul pour la version française. Pour commencer, ces trois pistes ne présentent aucun défaut technique (de type usure, souffle, scratches, stridences ou réverbération) susceptible de gâcher l’écoute. De plus, elles sont parfaitement claires. En revanche, les mixages se distinguent plus ou moins nettement par leur rendu. Les pistes originales DTS-HD 2.0 stéréo et VO DTS-HD MA 5.1 sont assez ressemblantes pour ce qui concerne le placement et la nature (hauteur, profondeur) des voix et la scène frontale. De même, l’équilibre entre les différentes sources est exemplaire et rend l’immersion dans le film évidente et naturelle pour ces deux bandes-son. Cependant, le mixage multicanal est réellement à privilégier car son ouverture est bien plus ample et profite autant aux ambiances qu’à la musique. A ce stade, il faut rappeler que cette version multicanale se justifie totalement puisque L’Année du Dragon avait bénéficié à sa sortie de copies 70mm couplées à un mixage 6 pistes. Nous avons ici une gestion des canaux arrière bien faite car efficace mais également discrète et sans jamais dénaturer l’essence du film ; les effets sonores (comme les pétards, les coups de feu ou les cris) et le score de David Mansfield nous enveloppent avec ce qu’il faut de punch et de subtilité. De plus, les graves s’avèrent bien plus présents, ronds et profonds ; adossé au spectre frontal franc et dynamique, c’est aussi précis qu’explosif. Bref, le mixage stéréo, pourtant de très bonne qualité et aux aigus un peu plus tranchés, rivalise difficilement malgré sa pugnacité. Quant à la version française, si elle ne démérite pas (même au niveau dramatique, les plus nostalgiques d’entre nous apprécierons de la retrouver), elle projette bien trop les voix en avant au détriment de tout le reste ; ainsi les ambiances en pâtissent très largement (elles sont étouffées, voire réduites).

Suppléments

Préface de Jean-Baptiste Thoret (8 min 11 - 16/9 - DD 2.0 - 2016 - HD)
Le fameux critique et historien du cinéma, grand amateur et connaisseur du cinéma de Michael Cimino, profite des quelques minutes qui lui sont allouées pour nous présenter le film. Cette préface peut d’ailleurs se lancer avant la vision de ce dernier. Thoret aborde succinctement le parcours du cinéaste, entre ses premiers succès et la période où il est devenu « le pestiféré d’Hollywood » alors qu’il doit se contenter de jouer les script-doctors (comme sur Le Pape de Greenwich Village). Un purgatoire qui prend fin grâce à l’intervention du grand producteur italien Dino De Laurentiis, qui lui propose l’adaptation de L’Année du Dragon. Thoret évoque la collaboration fructueuse à l’écriture entre Cimino et Oliver Stone avec leurs « préoccupations » respectives, les problèmes que le film connaît avec la critique. Surtout, il présente et interroge les enjeux du film autour de l’idéal américain et des rapports entre les communautés et la nation, ainsi qu’il insiste sur la complexité du personnage principal interprété par Mickey Rourke. Pour guérir la frustration qui guette le cinéphile une fois cette courte préface achevée, on n’hésitera pas à lui conseiller la longue analyse du film effectuée par Jean-Baptiste Thoret lors d’une présentation en salles (une vidéo consultable en bas de notre page critique du film).


Bande-annonce (2 min 10 - 1.85 - DD 2.0 - VOST - HD)
Présentée en 1.85, un peu usée, légèrement tremblante, tout juste correctement définie et aux couleurs un peu grossières mais néanmoins vivaces, il s’agit de la bande-originale d’époque de L'Année du Dragon.


On se doit de rappeler que ce chef-d’œuvre de Michael Cimino avait aussi été édité par Carlotta dans un superbe coffret limité qui constituait le numéro 2 (après Body Double) de sa somptueuse collection d’Ultra Collectors composés du Blu-ray, du DVD et d’un livre. Une collection qui mérite certes un certain investissement financier mais dont la qualité n’a jamais prise en défaut jusqu’à maintenant. Si nous avons choisi de tester l’édition simple aujourd’hui dans ces pages, c’est que ce coffret est épuisé depuis des années (ou bien vendu à des prix très indécents par des particuliers sur Internet). Cette superbe édition collector proposait un autre supplément vidéo (un entretien audio de Michael Cimino) et l’ouvrage de 200 pages titré L’Ordre et le chaos, qui comprenait le scénario en anglais de L’Année du Dragon, des analyses, des entretiens, des notes de production et 50 photos inédites.

Par Ronny Chester - le 15 mars 2021