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Test blu-ray

Furie

BLU-RAY - Région B
Carlotta
Parution : 8 / 11 / 2013

Image

Jusqu'à présent, les amateurs français de Furie n'avaient à disposition qu'un vieux DVD Fox datant de 2002... et leurs yeux pour pleurer compte tenu du fait que ce disque s'avérait une vraie catastrophe sur le plan technique. Onze ans après, on peut enfin sabler le champagne car ce film un peu mésestimé de Brian De Palma se voit offrir une édition de très haute tenue, qui plus est en HD. Cette réussite est due à une restauration 2K à partir du négatif original entreprise conjointement par Arrow Video, Carlotta Films et Shock Entertainment, sous la supervision de James White du laboratoire anglais Deluxe Digital Cinema. Ce qui frappe d'abord l'esprit, c'est la propreté de la copie proposée, sa grande stabilité et surtout le respect pour le grain cinéma d'origine. La restauration pour ces trois points a donc été exemplaire. Ensuite le piqué de l'image est assez bluffant (les détails de la peau et des textures en attestent, de même que certains effets spéciaux comme les transparences bien visibles) ; bien sûr cette définition impressionnante, en particulier pour les gros plans, est surtout appréciable dans les zones lumineuses mais aussi, et c'est bienvenu, dans les scènes d'intérieurs. Et heureusement, aucun problème de Edge Enhancement n'est à relever, la compression s'avère parfaite et le cadrage 1.85 est respecté. Certes, du bruit vidéo apparaît dans des zones sombres mais le niveau de détail, la chaleur de l'image et le niveau de contraste propre à la photographie originale compensent ce petit défaut surtout visible en vidéo-projection. D'autre part, en raison de la qualité du matériel existant et des incidents de tournage, quelques plans présentent une mise au point défaillante, une légère surexposition ou une texture de l'image moins séduisante. Enfin, pour ce qui est de la colorimétrie, c'est un bonheur d'apprécier des couleurs joliment saturées et présentant de riches nuances chromatiques (les couleurs primaires sont à la fête, dont le rouge sang). En résumé, il est vivement conseillé de se procurer ce Blu-ray pour profiter enfin pleinement des qualités formelle de Furie.

Son

Ce Blu-ray propose trois pistes sonores : la version originale mono d'origine, la version originale remixée en 4.0 et la version française mono d'origine. On passera assez vite sur la bande-son française, même si les doublages sont généralement de bonne qualité, car elle manque cruellement de profondeur. Pire, elle avantage parfois beaucoup trop les dialogues et bride fortement le rendu des ambiances et des effets sonores ; seule la musique échappe à ce "rétrécissement". Mais Carlotta n'est pas responsable de la qualité d'origine de la VF, qui se montre néanmoins claire et sans véritables défauts. Ensuite, il s'agira de choisir entre la "pureté" de la bande-son mono d'origine et la spatialisation légère de la piste remixée. Les deux pistes sont très propres et bien étagées, retranscrivent correctement les dialogues, respectent les différentes ambiances et servent enfin magistralement la musique de John Williams. Mais pour un peu plus d'immersion, il n'y aura aucune honte à se porter sur la version retravaillée en 4.0 tant son remixage est habile et très respectueux du matériel d'origine. Ainsi l'ampleur de cette piste, profitant particulièrement aux compositions musicales, s'apprécie surtout lors des scènes d'action. Il ne faudra pas du tout s'attendre à une spatialisation propre aux pistes sonores contemporaines - d'ailleurs passer d'une piste anglaise à l'autre ne provoque pas de choc sonore particulier - mais en l'état cette version 4.0 est la bienvenue.

Suppléments

Les nombreux suppléments présents dans cette édition ont été produits par les sociétés Allerton Films et Fiction Factory, respectivement affiliée et partenaire de Carlotta Films.

Préface de Samuel Blumenfeld (7 min 35 - HD - DD 2.0 - 2013)
Samuel Blumenfeld, critique de cinéma, également co-auteur (avec Laurent Vachaud) de l'ouvrage Brian De Palma - Entretiens, assure à nouveau la présentation d'un film du cinéaste pour Carlotta. Le journaliste replace ici Furie dans son contexte, à savoir une époque délicate (même après le succès public de Carrie) où De Palma échoua à monter un projet qui lui tenait à cœur, l'adaptation du roman de science-fiction The Demolished Man. Blumenfeld insiste aussi sur les éléments biographiques que le réalisateur insère dans ce nouveau film sur les pouvoirs parapsychiques (principalement la référence à un frère surdoué dont la vie a pris un chemin douloureux) et sur le tournant de carrière de Kirk Douglas à la fin des années 60. Enfin, il écarte - avec raison - les influences hitchcockiennes inutilement placées dans un film tel que Furie. On peut seulement regretter que Blumenfeld n'ait pas développé les autres thèmes développés et entremêlés dans le film dans cette présentation qui pour une fois semble manquer un peu de contenu.

Du sang sur l'objectif (26 min - HD - DD 2.0 - 2013).
Il s'agit d'un entretien avec Richard H. Kline, le directeur de la photographie de Furie, l'excellent chef opérateur - entre autres - de L'Etrangleur de Boston, Le Mystère Andromède, Soleil Vert ou Star Trek, The Movie). Illustrée par de nombreux extraits du films et des photos de tournage, cette interview parcourt avec plus ou moins de détails plusieurs thèmes reliés à Furie et à sa fabrication. Evoquant les méthodes de Brian De Palma (inattendues pour lui) jusqu'au résultat final à l'écran, Kline nous explique avec empathie et fierté sa collaboration avec le grand cinéaste et son travail sur ce film. Le plaisir qu'il y a pris est évident et communicatif. En dehors du casting et des considérations bienvenues sur les comédiens, de nombreux aspects techniques sont bien sûr abordés. Comme le travail en studio pour les scènes de voitures dans le brouillard, l'usage de transparences conseillé par le chef opérateur (et que De Palma reprendra pour la magnifique séquence de l'escalier), l'effet Split Diopter soit l'utilisation d'une lentille bifocale permettant une mise au point sur différentes échelles de plans à l'image (une technique très prisée à la fois par Kline et De Palma), la séquence en caméra portée avec Amy Irving et Carrie Snodgress puis le longue scène de la fuite à pied de l'Institut filmée au ralenti, le séquence de la grande roue du parc d'attractions où là aussi on passe du quotidien le plus banal ou plaisant à la tragédie, la scène de lévitation qui a nécessité l'usage de câbles pour harnacher les acteurs, d'un piédestal dissimulé et d'élévateurs hydrauliques, et bien sûr la fameuse séquence finale avec un mannequin en cire qui explose devant six caméras placées à différents angles. Les explications didactiques fournies sont très claires pour les non-spécialistes et correctement illustrées à l'écran, elles donnent aussi un aperçu des méthodes utilisées avant l'ère numérique des effets spéciaux. Mais on retiendra avant tout la tendresse de Richard Kline pour Furie, qu'il considère comme l'un de ses meilleurs travaux.


Histoires de pivotage (13 min - HD - DD 2.0 - 2013)
Plus courte que l'entretien avec Richard H. Kline, cette interview nous fait retrouver l'actrice britannique Fiona Lewis 35 ans après le tournage de Furie. Celle qui a débuté avec un petit rôle dans Le Bal des vampires de Roman Polanski égrène un peu sa carrière et raconte sa venue aux Etats-Unis. Elle se montre très reconnaissante vis-à-vis de la direction d'acteurs de Brian De Palma. Elle évoque aussi la maîtrise technique du cinéaste et la précision de la préparation pour le tournage. Au détours de quelques anecdotes, Fiona Lewis décrit avec respect le personnage John Cassavetes, nous dévoile la suppression d'une scène violente dont le tournage fut physiquement douloureux pour l'actrice, et aborde évidemment la scène de lévitation qui la montre se vider de son sang (due à sa collaboration avec le fameux maquilleur Rick Baker, concepteur de son mannequin) qui donne son titre à ce supplément.

"Furie" : journal de tournage (47 min 47 - HD - DD 2.0 - 2013).
Plus conséquent que les deux modules ci-dessus, cet entretien met en valeur Sam Irvin. Peu connu du grand public, Irvin était dans les années 70 étudiant en Caroline du Sud. Grand fan de Brian De Palma, il avait organisé un festival projetant ses premiers films et l'y avait convié. Il se fit inviter plus tard pendant huit jours à Chicago en août 1977 comme observateur sur le plateau de Furie, tout en ayant pour mission d'écrire un journal de tournage pour le magazine Cinefantastique. Tout au long de cette interview, Sam Irvin détaille quelques journées de tournage, en s'appesantissant selon les cas sur les décors et les lieux, les performances des comédiens ou les choix de mise en scène de Brian De Palma avec plusieurs exemples concernant l'organisation des plans (comme au parc d'attractions Old Chicago, où il fait de la figuration) et la mise au point d'effets spéciaux (par exemple le maquillage du front d'Andrew Stevens, conçu par le légendaire Dick Smith qui n'a pas été crédité au générique pour des raisons de planning).


Parmi la foultitude d'anecdotes racontées durant ces trois quarts d'heure, on retiendra particulièrement sa bonne entente avec Fiona Lewis (dont il était fan !), son bonheur d'avoir côtoyé Cassavetes (qui venait de réaliser Opening Night) ainsi que Kirk Douglas (en grande forme physique) qui entretenait une vraie chaleur humaine pour faciliter le travail collaboratif, le plaisir non dissimulé d'avoir révélé un scoop (la relation entre Amy Irving et Steven Spielberg), une scène coupée avec Kirk Douglas et Amy Irving en bateau cherchant la propriété de Childress, la suppression d'une intrigue parallèle mettant en jeu un couple d'artistes âgés qui étaient en réalité des agents aux ordres de Childress, l'information selon laquelle la comédienne Melody Thomas - l'amie étudiante d'Amy Irving dans Furie - avait interprété Tippi Heddren enfant dans Marnie, l'évocation dithyrambique de la musique de John Williams, ou encore "l'affaire" Prince de New York - un (excellent) film que Sidney Lumet a finalement tourné au nez et à la barbe de De Palma qui avait longuement préparé l'adaptation du livre. On apprend également que Cinefantastique a délivré une critique assassine de Furie... ce qui eut pour conséquence l'annulation de la deuxième partie de son reportage - cela dit, Irvin lui-même apprécie le film aujourd'hui bien plus qu'à l'époque de sa sortie. Enfin, Sam Irvin évoque un peu sa carrière de réalisateur et de producteur, sans oublier de mentionner sa dette à De Palma (comme on le voit déjà dans son premier court métrage, disponible dans cette édition Carlotta) avec qui il continua de travailler sur certaines productions (Home Movies, Pulsions).

Entretiens d'époque (HD - 4/3 - DD 1.0 - 1978)
Lors de la promotion de Furie, la journaliste Carolyn Johnson interviewait quatre personnalités pour son émission diffusée sur une chaîne locale d'Austin au Texas. Il s'agit ici d'un exercice promotionnel vraiment très superficiel...
- Brian De Palma (6 min 47). Impressionnée par le film, elle interroge le cinéaste sur la fabrication de quelques effets spéciaux, le travail de préparation d'Amy Irving, sa relations aux phénomènes parapsychologiques (il mentionne le syndrome du "déjà vu"... ce qui est cocasse quand on pense à Femme fatale) et ses futurs projets.
- Frank Yablans (7 min 20). Le producteur répond aux même questions sur les phénomènes parapsychologiques, il évoque le choix du tournage de Furie à Chicago, les rapports producteur/réalisateur, les deux scènes qu'il a lui-même tournées, la collaboration actuelle avec De Palma sur Home Movies et le projet Demolished Man.

- Amy Irving (5 min 08). La jeune actrice parle de sa préparation pour le rôle, ses recherches, son implication physique, son prochain film Voices et sa famille d'artistes.
- Carrie Snodgress (5 min 30). La comédienne évoque sa croyance dans les phénomènes parapsychologiques, les motivations de son personnage, le rôle d'Amy Irving, le thème de la trahison, l'éducation de son fils (dont on imagine qu'il est "différent") et son prochain rôle dans un téléfilm.

Le court métrage Double Negative (16 min - HD - 16 mm - DD 1.0 - 1984)
Carlotta nous fait découvrir le premier film tourné par Sam Irvin, le jeune fan de Brian De Palma qui deviendra lui-même réalisateur. Dans ce court métrage souvent amusant, il fait même tourner le facétieux William Finley (le Phantom !), un comédien très familier du maître depuis ses débuts. Double Negative met en scène un jeune cinéaste (fils d'un cinéphile obsessionnel) affublé de deux producteurs idiots et cupides pour son film d'horreur fauché. Quand ces derniers veulent le flouer, il les prend de revers avec la complicité de son amie actrice et élabore une machination pour arriver à ses fins. Ce court métrage - dont le début est bien plus intéressant et mieux rythmé que sa deuxième partie - se révèle plaisant à suivre, avec sa voix off très Film noir et ses références à l'œuvre de Brian De Palma. Mais son esthétique années 80 (comme sa musique) assez forcée peut aussi rebuter. Enfin Double Negative, par son humour et sa décontraction trop facile, peut aussi nous évoquer le plus mauvais film de De Palma, le pathétique Wiseguys... réalisé deux ans après. Vous avez dit "déjà vu" ?

La bande-annonce originale (3 min 02 - HD - DD mono 1.0 - 1978)
En assez bon état malgré une accentuation de la luminosité et la présence de quelques poussières.

Par Ronny Chester - le 16 novembre 2013

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