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Test blu-ray
Image de la jaquette

coffret La trilogie de la route

BLU-RAY - Région B
Carlotta Films
Parution : 21 novembre 2023

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Suite de la rétrospective Wim Wenders lancée par Carlotta, qui regroupe dans un même coffret ses trois road movies réalisés en Allemagne dans les années 70, comme l'avait fait l'éditeur américain Criterion en 2016. Carlotta reprend les mêmes restaurations, réalisés par le laboratoire Arri Media, à Berlin, sous la supervision de Wim Wenders et son épouse Donata.

Alice dans les villes a été le premier film de Wim Wenders à avoir été restauré avec sa fondation. Les travaux ont été menés en 2014, en 2K, à partir du négatif original 16mm scanné en 4K par immersion. On a également utilisé un internégatif 35mm, fabriqué en 1988 pour soulager le négatif qui, systématiquement sollicité pour tirer les copies pendant près de 15 ans, s'en trouvait fortement dégradé. Alice dans les villes est finalement présenté dans une très belle restauration, miraculeusement préservée compte tenu des difficultés rencontrées, qui ne se remarquent pas vraiment. L'image retrouve enfin son format 1.66 respecté (il était en 1.33 - 4/3 sur le DVD précédent, cf. comparatif ci-dessous) avec une tenue absolument conforme aux caractéristiques 16mm d'origine : le piqué est très doux, le niveau de détail reste perceptible mais limité, et la texture offre une granulation abondante. La numérisation, faite avec soin, permet de retrouver l'équilibre du format 16mm, malgré ses limites, tout en conservant une certaine capacité de précision et de détails, au-delà de certaines mises au point imparfaites ou de certains plans truqués, notamment les génériques, qui imposent des pertes de générations par leur processus de fabrication et sont logiquement bien plus épais et dégradés. Quelques plans brefs, sans doute issus de l'internégatif, souffrent également d'une forte perte de piqué et d'une nette baisse de dynamique dans les blancs. La copie a été stabilisée et nettoyée numériquement. L'étalonnage est caractérisé par des gris très nuancés et des contrastes assez équilibrés, avec des niveaux de noirs suffisants pour rester détaillés, dénués de pulsations. Très convaincant.

comparatif DVD BAC Films (2008) vs. Blu-ray Carlotta (2023) :
1 2 3 4 5 6 7

Faux mouvement a été restauré en 4K en 2015, à partir des négatifs 35mm originaux. N'y allons pas par quatre chemin : il s'agit d'un magnifique travail auquel on ne pourra à peine reprocher quelques petits points blancs discrets ou d'infimes pulsations de luminosité, à un ou deux moments. Bref, rien de sérieux. La copie est globalement stable et propre. La définition est efficace, les images sont bien détaillées, rendant palpables les peaux et les textures. Les plans truqués peuvent occasionner une légère perte de précision. Le grain est fin et bien conservé, sans lissage majeur. L'étalonnage couleur est très réussi, qui sait rester fidèle à une patine photochimique d'époque sans être trop marqué ni trop dériver vers des tonalités modernes. Les carnations conservent une chaleur qui ne glisse pas vers le magenta, dans un ensemble très naturel. Les contrastes,dénués de pulsations, manquent un peu de densité mais restent conformes aux caractéristiques d'une projection en salle. Pour préserver l'intégrité de l'oeuvre telle qu'elle a été montrée à l'époque, on a choisi de conserver des noirs parfois légèrement colorés, comme cela se pratiquait alors en photochimie. Une présentation très solide.

Au Fil du temps, dont le tournage a suivi les mêmes règles que Alice dans les villes, "mais en plus radical", a été restauré en 2014 à partir des négatifs 35mm originaux qui se trouvaient dans un état de dégradation important, notamment soumis à des rétrécissements de photogrammes pour certains plans. Au final, l'usure est peu (voire pas) visible, à la rigueur par des tremblements de cadre plus ou moins importants qui n'ont malheureusement pas été corrigés par une stabilisation numérique. C'est sans doute le seul défaut notable de cette restauration car l'image de Au Fil du temps est d'une grande beauté, le scan 4K ayant encore une fois fait des merveilles. La précision est au rendez-vous, avec du détail et beaucoup de grain, fin, organique et bien géré par l'encodage du disque malgré les trois heures de film. L'étalonnage offre une jolie gamme de gris, là aussi très nuancée. Les contrastes sont bien équilibrés, les noirs conservent du détail et ne souffrent pas de pulsations disgracieuses. La copie est très propre, on aperçoit surtout quelques poils en bord de cadre, le plus souvent discrets mais pas toujours. Bref, là aussi une belle présentation. 

Son

Les films sont uniquement proposés en version originale.

La bande son mono de Alice dans les villes a été minutieusement restaurée, le résultat est particulièrement réussi. Ce qui surprend sans doute le plus est l'incroyable présence des voix et de certaines ambiances, ainsi que le niveau de détail poussé. Malgré un budget serré, la qualité de la prise de son est indéniable et, ici, particulièrement bien retranscrite dans l'ensemble, avec un spectre équilibré. La piste, cristalline, a été complètement nettoyée.

La piste de Faux mouvement a été remixée en stéréo et en 5.1. La spatialisation reste heureusement mesurée et se manifeste essentiellement durant des passages musicaux et quelques ambiances. Globalement, voix et arrière-plans restent sagement frontaux, le rendu demeurant donc le plus souvent assez conforme au mixage mono d'origine, qui n'est pas proposé. On notera la très belle qualité sonore de cette restauration, avec une restitution des voix convaincante et une belle présence, dans un ensemble qui sait conserver beaucoup de détails. La piste ne montre pas de traces d'usure, ni sifflantes, ni craquements, ni souffle disgracieux.

Au Fil du temps a lui aussi été remixé par rapport à sa piste mono d'origine, choix du réalisateur Wim Wenders que l'on pourra discuter mais qui est toutefois particulièrement bien compensé par les remixes 5.1 et stéréo. Les travaux se montrent très respectueux du matériau de départ et offrent un rendu très convaincant. On notera la très belle ouverture générale et plus particulièrement la grande clarté du son. De nouveau, on constate une très belle présence des voix et un détail poussé dans les prises de son. L'ensemble est très équilibré, avec une spatialisation là aussi modeste mais discrètement enveloppante en 5.1. Les moments musicaux bénéficient d'une rondeur palpable et bienvenue.

Suppléments

Carlotta reprend quelques suppléments du coffret Criterion. On regrettera l'absence de plusieurs longs entretiens.

Alice dans les villes

Entretien avec Wim Wenders (47 min - HD)
Dans ce module, filmé en juin 2023 pour sa fondation, le réalisateur revient sur les raisons qui l'ont presque fait arrêter le cinéma après le calvaire de ses précédents films, du David Lean "au rabais" et "un Hitchcock sans Hitchcock", racontant en détails des tournages où "rien n'allait". Alice dans les villes est "le film qui a fait de [lui] un cinéaste", tourné "selon [ses] propres règles", dans l'ordre chronologique et "sur la route", une expérience qui lui a permis de découvrir comment il aimait travailler et à quoi il était bon. Wenders avoue cependant avoir voulu abandonner le projet, "sous le choc" de la découverte de La Barbe à papa de Peter Bogdanovich, trop similaire, et se souvient qu'il "doit toute [sa] carrière à Samuel Fuller" qui l'a convaincu de poursuivre et l'aida à la réécriture. Le réalisateur explique la génèse du projet, inspiré d'une chanson de Chuck Berry (qui apparaît dans le film) et motivé par la "super relation" entre Rüdiger Vogler et Yella Rottländer qu'il venait de diriger dans son précédent film. Il se souvient d'un tournage "très vivant" et de la façon dont la fillette souhaitait "trouver ses mots" plutôt qu'apprendre le texte par coeur. Il évoque le travail précieux de la scripte pour s'y retrouver dans un tournage qui n'a jamais suivi le scénario, ou sa collaboration avec le fidèle Robby Müller qui dût  tourner en 16mm à cause d'un budget trop faible. Il parle également de la Ruhr, région traversée dans le film, dont il aimait le côté sale, et dont il a redécouvert les paysages alors qu'il y avait grandi. Un excellent supplément dans lequel Wim Wenders se livre avec une franchise rare...

Scènes coupées avec accompagnement musical (16 min)
Rushes sans son, mais accompagnés de la musique de Can.

Faux mouvement

Commentaire audio de Wim Wenders (VOSTF)
Enregistré en 2002, le cinéaste revient sur son film qui "semble avoir été fait il y a 200 ans". Il raconte la façon dont il a été écrit, avouant l'importance du scénario qu'il a suivi à la lettre, sans changer une ligne de dialogue, contrairement à Alice dans les villes totalement improvisé, ce qui lui a permis de pouvoir se concentrer sur sa mise en scène. Wenders évoque le talent de Robby Müller ou son unique collaboration avec la "fabuleuse" Hanna Schygulla, détaille pas mal de petites choses au gré des plans, tel lieu investi sans avoir à ajouter des éléments de décor, tel mouvement de caméra filmé à l'arrière d'une voiture qu'ils devaient pousser eux-mêmes, les fous rires contagieux de Nastassja Kinski., des scènes parfois compliquées qui étaient tournées avec "une certaine dose de naïveté et la chance d'un irlandais". Un excellent commentaire, assez franc et passionnant. Dommage que les deux autres films n'en aient pas également bénéficié...


Film Super 8 sur le tournage du film (4 min - SD avec upscale)
Accompagné de la musique du film, quelques images de l'équipe de Faux mouvement en plein travail.

Carlotta propose également deux court-métrages réalisés par Wim Wenders, restaurés en 2015 :

Same Player Shoot Again (13 min - n&b/couleurs - HD)
Réalisé en 1967 pendant ses études de cinéma, ce second court-métrage de Wim Wenders est essentiellement composé d'un plan répété cinq fois dans des couleurs différentes. Un exercice de style, structuré en référence aux cinq balles d'une partie de flipper, restauré en 2K à partir d'une copie 16mm.

Silver City Revisited (33 min - n&b - HD)
Réalisé en 1968, toujours dans son école de cinéma, un court-métrage composé de plans fixes aux longueurs hypnotiques, qui trahissent déjà l'attirance du cinéaste pour les espaces urbains ou la musique rock. Ce film est majoritairement silencieux (il n'y a pas de mixage son), ponctuellement accompagné d'une musique d'ambiance, comme ce fût le cas lors de sa projection pendant laquelle Wenders joua des disques 78 tours. Restauré en 2K à partir du scan 4K d'un internégatif 16mm.


Au Fil du temps

Entretien avec Wim Wenders (16 min - HD)
Le cinéaste évoque Au Fil du temps, projet "extrême" qui a "repoussé les limites" d'un tournage sans scénario ni "aucune intrigue". Seul l'itinéraire était prévu, emprunté quelques années plus tôt "le long de la frontière interallemande" lorsqu'il souhaitait visiter les salles de cinéma qui avaient survécu. Wenders montre ici "la part cachée" de son propre pays, une étendue désolée et des paysages qui rappelaient le western et l'ouest américain. Il évoque son écriture en "système ouvert" qui laisse de la place à l'imagination du spectateur, et la liberté "déstabilisante" de la route qui lui a permis de montrer "une autre forme de liberté". Il revient sur les sujets du film, l'absence des femmes, être un homme dans les années 70, parlant du caractère "vrai" qu'une oeuvre peut transmettre au public. Au Fil du temps serait impossible à produire aujourd'hui car, selon lui, représentatif de l'innocence disparue du cinéma des années 70. Depuis, le cinéma a beaucoup changé, le spectateur est "plus averti", les films sont formatés à certaines recettes et sont davantage assimilés à des produits...

Scènes coupées avec accompagnement musical (21 min)
Comme pour les deux autres films, des rushes non conservés au montage, présentés sans le son de la prise mais avec la musique de Axel Linstädt. On peut apercevoir Wim Wenders et Robby Müller.


Bande-annonce originale (3 min 15 s - HD avec upscale - VOSTF)

En savoir plus

Alice dans les villes

Taille du Disque : 41 095 512 338 bytes
Taille du Film : 31 946 928 192 bytes
Durée : 1:52:49.220
Total Bitrate: 37,76 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 34,85 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 34852 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: German / DTS-HD Master Audio / 1.0 / 48 kHz / 1101 kbps / 24-bit (DTS Core: 1.0 / 48 kHz / 768 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 14,689 kbps

Faux mouvement

Taille du Disque : 44 464 981 988 bytes
Taille du Film : 33 001 362 816 bytes
Durée : 1:44:22.589
Total Bitrate: 42,16 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 34,82 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 34824 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: German / DTS-HD Master Audio / 5.1 / 48 kHz / 3309 kbps / 24-bit (DTS Core: 5.1 / 48 kHz / 768 kbps / 24-bit)
Audio: German / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1581 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 768 kbps / 24-bit)
Audio: English / Dolby Digital Audio / 2.0 / 48 kHz / 256 kbps / DN -4dB
Subtitle: French / 19,131 kbps
Subtitle: French / 33,392 kbps

Au fil du temps

Taille du Disque : 47 716 290 429 bytes
Taille du Film : 43 724 043 648 bytes
Durée : 2:55:56.087
Total Bitrate: 33,14 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 28,45 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 28450 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: German / DTS-HD Master Audio / 5.1 / 48 kHz / 1914 kbps / 24-bit (DTS Core: 5.1 / 48 kHz / 768 kbps / 24-bit)
Audio: German / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1037 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 768 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 9,073 kbps

Par Stéphane Beauchet - le 11 décembre 2023