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Test blu-ray

Canicule

BLU-RAY - Région B
Studiocanal
Parution : 31 / 7 / 2019

Image

Assez inattendu dans la collection Make My Day !, Canicule d’Yves Boisset nous est proposé dans des conditions très estimables. Certes, il apparaît évident d’entrée que le master fourni par StudioCanal n’est pas de première fraîcheur, comme l’attestent la définition générale et la colorimétrie, toutes deux typées vidéo années 1990 et 2000 mais pas déshonorantes au niveau de leur rendu. A dire vrai, la qualité médiocre des plans contenant le générique commençait à nous effrayer et à nous faire craindre un ratage pour la suite. Heureusement, cela n’a pas été du tout le cas, la nature de ces images composites expliquant probablement la présence de plans peu définis et un rendu général « vaporeux ». Canicule, dans son ensemble, présente ainsi une haute définition très convaincante avec une propreté rarement prise en défaut, un respect du grain cinéma (malgré une certaine douceur due à un scan ancien) et des couleurs éclatantes en extérieur. L’image en général est plutôt agréablement lumineuse, et rend bien compte de l’atmosphère poisseuse et étouffante que Boisset et son chef opérateur entendent nous faire ressentir. Les contrastes manquent singulièrement de subtilité et de nuances mais les noirs sont profonds, et les plans nocturnes -  malgré leur perte de détails - paraissent naturels et équilibrés. Les couleurs pourraient, avec une remastérisation actuelle et un scan ad hoc, gagner en finesse et en nuances mais, telles quelles, elles ne présentent aucune dérive et gardent du tranchant et sont fidèles à l’esthétique des années 1980, ce qui reste l’essentiel. Ensuite, HD oblige, les matières sont rendues avec suffisamment de détail et de précision pour satisfaire le cinéphile exigeant au sein d’une définition globale douce, comme on l’a dit, mais qui a sûrement dû inciter les techniciens à recourir au filtre d’accentuation des contours parfois de façon trop insistante (mais pas de façon rédhibitoire). Enfin, la compression n’est aucunement problématique. Bref, quand on pense à la faible notoriété du film et à la qualité technique déplorable des anciens DVD, on peut affirmer sans crainte que ce Blu-ray, malgré ses défauts, constitue une vraie réussite.

Rappelons que cette édition propose un deuxième film du cinéaste, Folle à tuer, qui ne fait pas l’objet de ce test. Mais on peut déjà préciser que la réussite technique est également au rendez-vous, voire même légèrement supérieure à celle de Canicule pour son aspect cinéma et sa précision (mais toujours dans une tonalité douce). Cette édition Make My Day ! des films de Boisset est donc à conseiller sans aucune hésitation.

Son

Une seule piste originale française en DTS-HD Master Audio 2.0 (mono d’origine) est proposée pour Canicule. Le son, propre et sans scories, a été soigné : le mixage entre les dialogues (un peu lointains parfois), les effets sonores, les silences et la musique de Francis Lai est de très bonne qualité. On se surprend parfois à trouver une belle présence des effets (comme les bruits d’hélicoptère et les coups de feu) ainsi qu’une ouverture frontale très appréciable. Bref, il s’agit d’une piste un mono excellente et sans tripatouillages inutiles.

Suppléments

Préface de Jean-Baptiste Thoret (7 min 24 - 16/9 - DTS-HD MA 2.0 - 2019 - HD)
Le directeur de la collection Make My Day ! nous livre une courte préface (qui peut être lancée juste avant la vision du film) afin de présenter Canicule, le « film culte de son auteur ». Il s’agir de la fin de carrière de Boisset au cinéma. Thoret évoque la genèse du film après l’échec du projet hautement subversif nommé Barracuda sur le commerce des armes et la Françafrique, qui fut censuré économiquement au moment de l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand (avec à l’appui un contrôle fiscal lancé contre le cinéaste…). Canicule, film proposé par Michel Audiard à Boisset, mélange ainsi « les deux veines de son cinéma » : le film sociopolitique subversif et le polar sous influence américaine. Au niveau du casting « franchouillard », le journaliste-critique insiste sur « le mariage de la carpe et du lapin », soit entre Lee Marvin (en toute fin de carrière) et Jean Carmet. Passionnant comme toujours et assez précis (il y a beaucoup d’informations en quelques minutes), Thoret invite le spectateur à se plonger dans Canicule (et plus largement dans l’œuvre d’Yves Boisset, un réalisateur important un peu oublié) et défend cette « transposition du film noir dans la campagne française » en soulignant particulièrement la qualité des dialogues d’Audiard.

Making of de Canicule (1h 26 min - 4/3 - DTS 2.0 - 1983 - SD)
Ce documentaire réalisé par Adolphe Drhey constitue la pièce maîtresse des suppléments de cette double édition. Certes, ce film est présenté brut de décoffrage, non restauré, plutôt abîmé, avec des couleurs délavées et une définition qui laisse à désirer. Mais vraiment, peu importe tant ce making of - axé sur quelques séquences - se révèle passionnant pour saisir la nature de ce tournage si original et l’originalité du projet. De plus, plongés dans au cœur de la machine et témoins de la direction d’acteurs d’Yves Boisset, nous avons vraiment l’impression d’assister à la fabrication du film, et les nombreuses interviews recueillies sont intéressantes à écouter. Et l’on retiendra particulièrement la classe absolue de Lee Marvin. Même si ce document se montre décousu dans sa narration et ne propose clairement pas de ligne directrice, il devrait plaire à tous les cinéphiles curieux de s’attarder sur l’envers du décor.



Bande-annonce originale (2 min 22 - 2.35 4/3 - DD 2.0 - SD)
Une bande-annonce au format 2.35 respecté  - mais qui n’a pas du tout été remasterisée - est aussi proposée. Elle reste efficace et donne envie au spectateur de revoir cet ovni du cinéma français.

Par Ronny Chester et Kévin Béclié - le 25 mars 2021