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Test blu-ray

Black Jack

BLU-RAY - Région B
Rimini Editions
Parution : 20 / 4 / 2021

Image

Encore une sortie originale pour Rimini qui propose ce film de Ken Loach pour la première fois en Blu-ray depuis l'édition américaine sortie chez Cohen Media en 2014. Il s'agit vraisemblablement du director's cut effectué par le réalisateur, paru dans l'édition DVD britannique de 2010 chez le British Film Institute, dont le master HD reprend sans doute le même matériel de départ. Le rendu conserve une douceur certaine et un niveau de détail peu acéré, en partie à cause des limites techniques du scanner (probable numérisation en déroulement continu, en temps réel, avec quelques sautes de pellicule régulières) mais aussi par les caractéristiques d'origine de la photographie. Ken Loach et Chris Menges, célèbre directeur photo devenu plus tard réalisateur, ont choisi d'ancrer leur film dans un réalisme très poussé, optant pour une photographie naturaliste qui utilise des filtres diffuseurs et privilégie autant que possible la lumière naturelle, sans ajout de projecteurs (sauf pour des éclairages doux provenant du dehors, passant à travers les fenêtres). Black Jack a été filmé en alternant le 16mm pour les extérieurs et le 35mm, plus sensible, pour les intérieurs. L'image d'origine n'est donc pas toujours très fine et précise, et même plutôt granuleuse, caractéristiques que l'on retrouve ici, dans des conditions modestes mais loin d'être déshonorantes.

La qualité générale est aussi tributaire du matériel photochimique utilisé, qui montre parfois quelques faiblesses de conservation : on croise ici ou là quelques sautes d'image, des photogrammes manquant, quelques pulsations chromatiques. L'image a été plutôt bien nettoyée mais il reste encore des traces (dont les poinçons de fin de bobine!), dans un ensemble assez stable, sauf pour quelques plans. Les contrastes sont bien gérés, avec un niveau de noir qui laisse un peu de détail. La colorimétrie se montre souvent naturelle, pas trop moderne et surtout très filmique, sans doute assez fidèle à ce que l'on pouvait voir à l'époque (le télécinéma manque simplement un peu de nuances). Le film est une rareté, présenté dans les meilleures conditions possibles actuellement.

Son

La version originale n'a pas bénéficié d'une restauration poussée et, là aussi, les conditions d'écoute sont tributaires de l'état de la pellicule mise à disposition pour la numérisation : la piste optique apparaît usée, peu nuancée, limitée dans sa dynamique et manquant de nettoyage. Hormis des sifflantes modérées mais présentes, l'ensemble n'est pas toujours propre, avec de petits craquements réguliers et un léger souffle, plus ou moins discret. Déjà présente sur le DVD anglais, la version française est un peu mieux restituée. Les sifflantes sont aussi présentes mais les voix sont mieux rendues, sans que les dégradations soient aussi accentuées qu'en VO. On remarquera des basses fréquences un peu faibles, des mediums un peu poussés, ainsi qu'un léger souffle mêlé à une sorte d'arrière-fond discret. On s'amusera surtout à noter les différences entre la VO et la VF, cette dernière transformant le bandit originellement français en personnage allemand (à l'accent forcé et peu crédible). La version française bénéficie de la participation de la fine fleur des doubleurs de l'époque, à l'exception des deux enfants (et de Black Jack, donc, doublé par Jean Franval lui-même ?) qui paraissent plus fades. 

Suppléments


Black Jack par Agnès Blandeau (22 min - HD)
Déjà croisée, l'an passé, sur le Blu-ray des Mutinés du téméraire, la cinéphile Agnès Blandeau, Maître de conférence en anglais à l'université de Nantes, fait une très bonne analyse du film de Ken Loach. Elle resitue d'abord Black Jack dans le parcours du cinéaste qui revient alors au cinéma après plusieurs séries dramatiques pour la télévision, avec "l'idée géniale" d'adapter un roman de Leon Garfield dont il parvient à dépasser les enjeux. Agnès Blandeau montre l'habileté de Loach à contourner les impératifs budgétaires du film à costumes ou les accords de coproduction (il fait du bandit un français) tout en proposant une reconstitution "fine et habile" du 18e siècle, dans laquelle il critique les institutions médicales et psychiatriques, une bourgeoisie opprimante qui contraste avec les saltimbanques auprès desquels la fillette va s'épanouir. Loach montre surtout que "la véritable maladie est celle de la société" et sa violence "sans concession" qui n'épargne pas les enfants, tableau qui peut rappeler les difficultés de l'Angleterre de la fin des années 70. Agnès Blandeau cerne chaque personnage : Black Jack, inquiétant "colosse" qui s'humanise sous nos yeux, aidé par le jeune Tolly qui lui montre qu'on peut vivre à l'écart de l'illégalité ; la petite Belle qui rappelle les héroïnes opprimées des premiers films de Ken Loach, victimes de leurs environnements familiaux ; ou le "fascinant" Hatch qui aurait pu être Black Jack enfant, menteur peu scrupuleux qui énonce des vérités aux bourgeois.

Entretiens avec Ken Loach et Jean Franval (11 min - SD)
Issu des archives de la SONUMA, équivalent belge de l'INA dont nous vous conseillons fortement la visite du site internet, ce sujet de Sélim Sasson, diffusé en mars 1980 à l'occasion de la sortie de Black Jack en Belgique, donne la parole à Ken Loach qui évoque le réalisme de son film, même s'il avoue au détour d'une phrase qu'il n'est sans doute pas allé assez loin dans le rendu de la violence du 18e siècle. Il revient sur l'utilisation des couleurs ou des éléments de légende (nains, potions magique) qu'il a minimisés par rapport au livre, mais qui rendent en même temps plus crédible le rendu de l'époque. Et derrière l'ambition de la reconstitution historique, il y a aussi de la politique : le cinéaste apparaît soucieux de "ne pas caricaturer les gens ordinaires". Il parle enfin de la maladie de Belle, surtout causée par son isolement forcé aux rapports humains, un cas beaucoup plus simple que celui abordé dans Family Life. L'entretien est complété par quelques mots de Jean Franval qui raconte son casting "décontracté" ou son personnage qui retrouve le droit chemin grâce à un enfant. Une petite archive bienvenue.

En savoir plus

Taille du Disque : 33 561 304 700 bytes
Taille du Film : 27 297 988 608 bytes
Durée : 1:49:38.488
Total Bitrate: 33,20 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 27,02 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 27024 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: French / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 2118 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Audio: English / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 2111 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 0,001 kbps
Subtitle: French / 17,284 kbps

Par Stéphane Beauchet - le 16 avril 2021