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Personnalités

René Vautier

René Vautier

Biographie

René Vautier est né le 15 janvier 1928 à Camaret (Finistère) d’un père ouvrier d’usine et d’une mère institutrice. A 15 ans, il entre dans la Résistance via les Éclaireurs de France de Quimper, clan scout qui est décoré de la Croix de guerre pour son action pendant le conflit. Après la Libération, Vautier se jure de ne plus toucher une arme : il continuera à combattre pour ses idéaux, mais avec une caméra. Il entre à l'IDHEC dont il sort diplômé en 1948. Son film de fin d'études, La Grande bataille des mineurs, un témoignage sur les grandes grèves de 47 et 48 qui ont secoué le Nord, détermine ce qui sera tout au long de sa carrière son credo : « Mettre l'image et le son à disposition de celles et ceux à qui les pouvoirs les refusent. »

Son combat le plus célèbre reste celui de l'anticolonialisme et de la lutte pour l'indépendance des pays occupés. Tout commence lorsque, après avoir obtenu son diplôme, La Ligue française de l'enseignement l'envoie dans les colonies d'Afrique noire pour tourner un film à destination des élèves et montrant « comment vivent les villageois d’Afrique occidentale française. » Il découvre sur le terrain la façon dont la France saigne ses colonies, les brimades et la peur qui sont le quotidien des populations noires, les exactions meurtrières commises contre les rebelles à l'autorité française... Il filme pendant six mois, entre 1949 et 1950, la vie des paysans du Soudan français (actuel Mali). Lorsqu'on lui signifie qu'il enfreint un décret du gouvernement de Pierre Laval daté de 1934 et qui régit les prises de vues cinématographiques dans les colonies françaises d'Afrique, il décide de poursuivre son tournage dans la clandestinité. C'est ainsi qu'il réalise à vingt-et-un an et à partir du quart seulement des images filmées (ce qu'il parvient à sauver de la confiscation par la police) ce qui deviendra l'un des grands films du cinéma militant, Afrique 50, poème cinématographique et formidable plaidoyer anticolonialiste qui sera interdit pendant quarante ans (il sera diffusé à la télévision française pour la première fois en février 2008) et qui lui vaut treize inculpations et un an de prison pour avoir « procédé à des prises de vues sans l’autorisation du gouverneur de la Haute-Volta. » En 1954, Une nation, l'Algérie lui vaut d'être poursuivi pour atteinte à la sécurité intérieure de l'État. Basculant dans la clandestinité, il se rend en Tunisie (où il tourne le court métrage Les Anneaux d'or, premier film de Claudia Cardinale et Ours d'argent à Berlin) puis en Algérie où il suit les troupes de l'ALN dans les Aurès et réalise L'Algérie en flamme (1958).

Après l'indépendance, il dirige de 1962 à 1965 le Centre Audiovisuel d'Alger et coordonne le film Un peuple en marche (1963) qui fait le bilan de la Guerre d'Algérie et raconte comment le pays se reconstruit depuis son indépendance. De retour en France, il fonde en 1970 l'Unité de Production Cinématographique Bretagne (UPCB). Toujours profondément marqué par son expérience algérienne, il réalise en 1972 son plus célèbre film, Avoir 20 ans dans les Aurès, qui est récompensé par le Grand Prix de la Critique au Festival de Cannes. Il essaye de sortir avec l'UPCB Octobre à Paris, mais devant le refus de la Commission de censure de délivrer un visa au film, il entame une grève de la faim pour exiger « la suppression de la possibilité pour la Commission de censure cinématographique de censurer des films sans fournir de raisons ; et l’interdiction, pour cette commission, de demander coupes ou refus de visa pour des critères politiques. » Soutenu par d'autres cinéastes comme Alain Resnais ou Claude Sautet, il obtient raison au bout de trente jours de grève de la faim. La loi est révisée en 1974 et dorénavant la Commission de censure devra justifier ses interdictions et ne pourra plus intervenir qu'au niveau de la pornographie et de la violence.

La décolonisation n'est pas le seul combat du citoyen cinéaste René Vautier. Il s'attaque au capitalisme, décrit la condition ouvrière et la lutte syndicale (Un homme est mort en 1950, Classe de lutte avec les Groupes Medvedkine en 1969, Quand tu disais Valéry en 1975), raconte le racisme ordinaire (Les Trois cousins en 1970, Les Ajoncs en 1971, Vous avez dit : français ? en 1986), pose sa caméra en Afrique du Sud pour filmer l'apartheid (Le Glas en 1965, Frontline en 1976), dénonce les injustices faites aux femmes... Que ce soit l'écologie (Marée noire, colère rouge en 1978), le nucléaire (Mission pacifique en 1988 et Hirochirac en 1995 sur les essais nucléaires français dans le Pacifique), la montée de l'extrême droite en France (À propos de… l'autre détail et Chateaubriand, mémoire vivante en 1985) : René Vautier est à chaque fois là, caméra au poing. Il n'a jamais baissé les armes malgré la censure, les procès, les emprisonnements, toujours à l'avant-poste, souvent à l'avant-garde, toujours combattant.

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René Vautier et l'Algérie

La fiche IMDb
Par Olivier Bitoun - le 25 septembre 2012

Informations

Naissance : 15 janvier 1928
Décès : 4 janvier 2015
Pays : France
Métiers : réalisateur, scénariste