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Critique de film
Le film

Terreur dans la vallée

(Gun Glory)

Partenariat

L'histoire

Wyoming, 1886. Tom Early (Stewart Granger) revient dans la ville où il a laissé quelques années auparavant sa femme et son fils. Entretemps, sa réputation de joueur invétéré et de fine gâchette est parvenue jusque-là. Les habitants voient donc d’un mauvais œil son retour. Quand Early se rend à son ranch, il est assez froidement reçu par Tom (Steve Rowland), son fils désormais âgé de 17 ans, qui ne lui pardonne pas son abandon et qui lui apprend qu’entretemps sa mère est morte. Early lui explique que sa mauvaise réputation n’a guère de raison d’être et qu’il est parti pour faire fortune dans leur intérêt. Tom refuse néanmoins de lui pardonner tout en acceptant qu’il reste désormais vivre à ses côtés. Ils vont toutefois avoir besoin d’une aide ménagère pendant qu’ils s’occuperont des travaux de la ferme ; Tom se rend donc en ville pour voir s’il ne pourrait pas trouver une employée. Il découvre la perle rare en la personne de Jo (Rhonda Fleming), une belle femme ayant été élevée par l’épicier handicapé Sam Winscott (Jacques Aubuchon) pour lequel elle travaillait jusqu’à présent. Elle souhaite désormais le quitter, ce dernier étant devenu trop jaloux des hommes qui lui tournent autour et trop pressant à son goût, ayant dans l’idée d’en faire son épouse contre son gré. Lors de cette descente en ville, Tom se trouve dans l’obligation de tuer en état de légitime défense l’un des cow-boys du rancher Grimsell (James Gregory) qui, connaissant sa réputation de tireur, a voulu le provoquer. Un autre problème va se poser aux habitants de ce village jusque-là paisible : Grimsell a la ferme intention de faire passer son immense troupeau sur leurs terres au risque de les dévaster. Menés par le pasteur du village (Chill Wills), les fermiers vont alors devoir se lancer dans un conflit mortel contre les éleveurs. Repoussant tout d’abord les conseils d’Early, ils vont finir par comprendre que lui seul sera en mesure de contrer les ranchers...

Analyse et critique

Roy Rowland est un artisan très consciencieux dont le style n’est pas évident à définir si tant est qu’il en ait un. Disons qu’il était surtout très professionnel et que la plupart de ses films des années 50 furent assez plaisants à visionner ; disons le d’emblée, Terreur dans la vallée ne fera pas exception à la règle ! Passant de la Warner à la Columbia pour revenir le plus souvent à la MGM, il fut à l’origine de quelques réussites notamment dans la comédie musicale, son titre le plus célèbre étant peut-être dans le même temps son meilleur film, le fameux Les 5 000 doigts du Dr T. Faisons le point sur ce que ce sympathique cinéaste aura accompli dans le genre qui nous concerne ici. S’il était sans réel style, on peut cependant trouver quelques points communs à l’ensemble de ses westerns. En visionnant ce petit corpus, on aura déjà eu l’immense plaisir de croiser presque toutes les plus belles rousses de Hollywood, à savoir Arlene Dahl, Helena Carter, Eleanor Parker et Rhonda Fleming (même s’il manque à ce groupe la non moins magnifique Maureen O’Hara). Un autre point commun également loin d’être négligeable dans le fait que les westerns de Rowland sont souvent agréables à regarder : il semblait aimer les grands espaces et ne pas apprécier l’utilisation de transparences, ce qui fait que ses films sont souvent tournés au sein de magnifiques paysages naturels la plupart du temps, d’ailleurs très bien utilisés si l’on excepte le catastrophique Many Rivers to Cross (L’Aventure fantastique) sur le tournage duquel l’équipe technique dans son ensemble paraissait avoir abdiqué toutes velléités artistiques.

Mais ce dernier exemple était un peu particulier car il s’agissait avant tout d’une comédie et non d’un véritable western. Roy Rowland avait commencé dans le genre en 1947, déjà pour le studio du lion, avec The Romance of Rosy Ridge dont la tête d’affiche était un des plus fidèles comédiens maison, Van Johnson. Le film se déroulait durant la guerre de Sécession mais je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de le voir. Ce fut ensuite, toujours pour la MGM, le très bon Convoi maudit (The Outriders), très classique mais rondement mené, puis pour la Warner, Buggles in the Afternoon (Les Clairons sonnent la charge) avec Ray Milland. Il y eut ensuite, toujours pour la Warner mais en noir et blanc, le plus curieux que réussi The Moonlighter. Roy Rowland n’était cependant pas du tout en cause dans ce semi-ratage, la faute en incombant principalement au scénariste Niven Busch. Mais une fois encore, comme je l’écrivais à son propos, "grâce à la mise en scène et au choix du réalisateur de ne pas utiliser de transparences, le film était loin d’être désagréable d’autant que Rowland arrivait à bien mettre en valeur les superbes décors naturels qu’il avait à sa disposition." Puis ce fut L’Aventure fantastique qui, quoique parfois amusant surtout grâce à l'abattage de Robert Taylor et Eleanor Parker, était esthétiquement pauvre et mal fichu, le cinéaste ayant cette fois sa part de responsabilité. Gun Glory, à nouveau sous l’égide de la prestigieuse Metro Goldwin Mayer qui n’a pas lésiné sur les moyens, revient aux sources ; à celle du Convoi maudit par exemple : un western à l’intrigue très classique mais rehaussé par la qualité de la mise en scène, du travail des équipes techniques du studio, de l’interprétation et par la beauté des paysages. Il faut dire que le producteur en est Nicholas Nayfack, un homme de goût : seulement quatorze films à son actif mais pas n’importe lesquels : Incident de frontière (Border Incident) et La Porte du diable (Devil’s Doorway) d’Anthony Mann, Fort Bravo (Escape from Fort Bravo) de John Sturges, Planète interdite (Forbidden Planet) de Fred McWilcox... Un très beau palmarès ! Sans atteindre ces hauteurs et même si on l’aura oublié aussitôt vu, le western de Roy Rowland s’avère fort divertissant, idéal pour une soirée tranquille en famille.

Les conflits entre ranchers et fermiers, tout le monde sait désormais qu’il s’agit de la thématique la plus rabâchée au sein du western, quasiment à égalité avec la difficile période de l’après-guerre de Sécession pour les vaincus. Donc rien que de l’ultra classique dans le thème principal de ce western. Sauf que l’homme sur qui va reposer la résolution des antagonismes a été ostracisé par ses concitoyens pour avoir quitté le pays en abandonnant femme et enfant, et qu’il revient dans la région pour découvrir que son épouse est morte entretemps et que son fils lui en veut pour cet abandon. Sauf que sa réputation n’est faite que de malentendus puisqu'il est parti pour rapporter une fortune à sa famille, estimant que le travail de la ferme ne générait pas assez de revenus (enfin, c’est l’excuse qu’il veut bien essayer de faire passer auprès de son fils qui a toutefois toujours autant de mal à lui pardonner d'être parti sans prévenir). Sauf que deux hommes dans une maison ont besoin d’une aide ménagère/cuisinière et qu’ils vont trouver pour les "soutenir" la plus jolie femme de la ville, harcelée par son protecteur, un handicapé libidineux et antipathique qui aurait souhaité en faire son épouse. Une femme "louée" pour s’occuper des tâches ménagères dans un foyer composé d’un père et son fils : une situation qui rappelle beaucoup celle de Rachel and the Stranger avec Robert Mitchum et Loretta Young. Et d’ailleurs, la majeure partie du film s’appesantira surtout sur les relations entre les trois personnages. Sauf que si le garçon du film de Norman Foster était encore un enfant, Tom est ici quasiment un adulte. Du coup, il sera logiquement attiré par la jeune femme et, après avoir reçu un refus, il laissera la place à son père sans chercher à entrer en conflit avec lui, une situation plutôt originale par sa douceur d’autant qu’auparavant la jeune femme avait réagi de même après s’être fait embrasser de force, expliquant calmement et sans violence au jeune garçon qu’elle n’éprouvait aucun sentiment à son égard, qu’elle comprenait cependant parfaitement son geste et qu’elle ne lui en voudrait jamais pour cela. Il est vraiment plaisant de voir un film ne cherchant pas forcément à tomber dans le mélo à partir d’une telle situation de triangle amoureux, préférant la douceur, la compréhension et la tendresse à la jalousie, la rancune et la confrontation.

Bref, malgré son postulat de départ et des éléments d’intrigue très conventionnels, les relations entre les personnages s’avèrent plus novatrices ou tout du moins très intéressantes. Le trio principal bénéficie de plus d’une très bonne interprétation, surtout Stewart Granger aussi à l’aise l’épée à la main qu’en tenue de cow-boy, ainsi que Rhonda Fleming aussi dramatiquement talentueuse que physiquement superbe. Abordant son rôle avec nonchalance et décontraction, Stewart Granger nous fait en bonus une impressionnante démonstration de ses dons de cavalier lors d’une séquence au cours de laquelle il doit isoler une vache du reste du troupeau. Quant à Steve Rowland, le fils du cinéaste, sans faire d’étincelles dans la peau du fils idéaliste et non-violent, plein de ressentiment envers son père, il n’en accomplit pas moins un travail très correct. De belles et assez douces relations s’établissent entre ces trois protagonistes qui culmineront dans un finale très convenu et attendu mais satisfaisant pour ceux qui se seront pris d’affection pour ce trio. A leurs côtés, on trouve de bons seconds rôles et notamment Jacques Aubuchon en épicier désagréable, brulant de désir pour sa protégée, James Gregory dans la peau du chef des éleveurs, a priori pas si mauvais que ça mais qui malgré tout ne veut pas plier devant les fermiers qui l’empêchent de faire passer son immense troupeau, et surtout Chill Wills qui non seulement à l’occasion de nous prouver ses talents de chanteur (il a débuté dans un trio avec Bing Crosby) mais trouve ici l’un de ses rôles les plus attachants, celui du pasteur qui, dans une ville sans loi, fait office de maire et de shérif. Il est cocasse de le voir faire ses sermons dans une église en construction qui n’a encore que le toit et le squelette des murs. Les décors sont d’ailleurs plutôt réussis, le film ayant a priori bénéficié d’un budget conséquent : il n’est qu’à voir les scènes d’action finales pour s’en rendre compte, qui jouissent de très nombreux figurants, de cascadeurs chevronnés et de quelques centaines de bêtes (cf. un plan très impressionnant de l’avancée du troupeau en file indienne).

Même si la mise en scène de Rowland manque de souffle et d’idées, c’est toutefois celle d’un homme respectueux de son public ; nous nous étonnons même de pouvoir contempler dans ce western sans surprises des plans aussi beaux que ceux de la carriole conduite par Stewart Granger se mettant en route au milieu d’un splendide paysage bucolique baigné de rayons de soleil. Il faut dire que la photographie en Metrocolor et Cinémascope de Harold J. Mazorati est magnifique tout comme la musique d’un compositeur qui gagnerait à être redécouvert, Jeff Alexander ; il est pour la MGM ce qu'est Hans J. Salter pour la Universal : un musicien injustement méconnu. Sa partition pour Fort Bravo était déjà une sacré réussite, il réitère ici à l’aide d’une musique ample aux superbes envolées lyriques ; même la ballade du générique chantée par Burl Ives (l’imposant comédien, père de Paul Newman dans La Chatte sur un toit brûlant) se révélait d’emblée très séduisante. Si l’action est réduite à portion congrue, lorsqu’elle apparaît elle fait montre d’une belle efficacité, témoin le dernier quart du film qui fait se succéder un guet-apens meurtrier, l’avancée de l’imposant troupeau sur la piste puis le dynamitage de la montagne qui fait s’ensuivre une avalanche assez impressionnante, pas trop gâchée par les transparences qui s’avèrent tout au contraire assez bien intégrés à l’ensemble. Et puis quelle vigueur que le premier accès de violence lorsque Early tue son premier adversaire en état de légitime défense, l’homme abattu étant littéralement éjecté assez loin de son cheval ! Au sein d’un western plutôt gentillet, le contraste fait son effet. Vous aurez compris que malgré l’aspect plutôt routinier de l’ensemble et d’un message final prônant l’usage des armes si nécessaire à l'encontre d'une non-violence jugée un peu naïve, le western de Roy Rowland fonctionne très bien, se laisse regarder sans déplaisir car même si totalement prévisible, très bien écrit, très bien mené et plein de charme.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 30 novembre 2019