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Critique de film
Le film

Nevada Smith

Partenariat

L'histoire

Fin du 19ème siècle. Max Sand (Steve McQueen) est un jeune métis qui vit dans une région désertique avec son père blanc et sa mère Kiowa. Installés près d’une mine, ils espèrent encore découvrir un filon d’or. Tout bascule pour Max le jour où trois bandits (Martin Landau, Arthur Kennedy et Karl Malden), croyant dur comme fer que le prospecteur possède un gros magot, torturent et tuent ses parents. Le jeune homme n’a plus qu’une idée en tête : retrouver les agresseurs et mettre fin à leurs jours. Après avoir brûlé sa maison, il se lance sur leurs traces. Sur sa route, il rencontre Jonas Cord (Brian Keith), un marchand d’armes qui va le prendre quelques temps sous sa coupe, en lui donnant entre autres des leçons de tir. Son long périple vengeur va l’amener à passer par Abilene où il rattrape l’un des trois assassins, puis jusqu’en Louisiane où il va se retrouver quelques temps dans un établissement pénitentiaire en plein bayou. Ici se trouvent non seulement sa deuxième cible mais également Pilar (Suzanne Pleshette), une femme cajun dans les bras de laquelle il va trouver quelques moments de bonheur et qu’il finit même par décider d’épouser. Après la réussite de son évasion et quelques drames, il finira sa quête vengeresse en Californie...

Analyse et critique

La prolifique filmographie de Henry Hathaway aura été assez logiquement inégale et en dents de scie, y compris d’ailleurs son corpus westernien qui va du magnifique Jardin du diable (Garden of Evil) au peu reluisant La Conquête de l’Ouest (How the West Was Won) dont il réalisa trois segments sur cinq. Après le très séduisant 4 fils de Katie Elder l’année précédente, qui avait réjouit les amateurs de John Wayne au point d’en faire l’un des westerns les plus rentables de la décennie, le cinéaste signe l’un de ses opus les plus médiocres avec ce Nevada Smith et son thème archi-rebattu de la vengeance. Il fait cependant lui aussi partie de ses films les plus célèbres et les plus diffusés à la télévision grâce à (ou à cause de) sa tête d’affiche, Steve McQueen. Le comédien ne sera d’ailleurs pas pour rien dans l’échec artistique du film, non seulement bien trop âgé et donc assez peu crédible dans la peau de ce jeune analphabète métis un peu naïf mais également - faute aussi à un scénario mal écrit, y compris dans la description de ses personnages - moyennement convaincant et cette fois sans véritable charisme.

La première demi-heure s’avérait pourtant très prometteuse, Hathaway démontrant d’emblée qu’il n’avait encore rien perdu de son sens de la concision et de la rigueur (ce qui fera par la suite bien défaut à son film), de son immense talent à appréhender les paysages (aidé en cela par la magnifique photographie de Lucien Ballard) ou encore de sa grande aptitude dans le domaine du cadrage. Les scènes initiales, quasiment muettes, sont remarquables, et ce jusqu’au drame qui est à l’origine du véritable démarrage de cette histoire de vengeance et d’apprentissage, en fin de compte assez banale et convenue. Après quelques séquences encore assez sympathiques, grâce notamment au talent de Brian Keith dans la peau du père de substitution du jeune Max, le scénario accuse très vite sa faiblesse et paradoxalement, alors que les péripéties s'accélèrent, l'ennui prend le pas au fur et à mesure de l'avancée du film. D’autant que le cinéaste semble s’être lui aussi assoupi en cours de route, ne parvenant ensuite quasiment plus jamais à entretenir quelconque tension si ce n’est dans la belle et puissante confrontation finale. Ceci s’explique avant tout par le travail à l’écriture de John Michael Hayes (pourtant auteur de quelques-uns des meilleurs scénarios pour Hitchcock durant sa période faste des années 50), décrit très justement par Bertrand tavernier et Jean-Pierre Coursodon dans leur 50 ans de cinéma américain comme versant dans l’épisodique, s’étirant arbitrairement et se faisant vite languissant. Et c’est peu de le dire ! Selon les deux auteurs, ce serait d'ailleurs un trait commun à la plupart des productions de Joseph E. Levine.

Sans véritable crescendo émotionnel, nous avons non seulement du mal à ressentir de l'empathie pour le personnage principal mais ce western perd également assez rapidement toute sa saveur initiale. Passant du western au film d'aventure, rempli de pantins dénués de chair et de vie, véritable catalogue de situations segmentées mal reliées par des ellipses foireuses et (ou) mal gérées, Nevada Smith finit par vite se révéler inintéressant et sans aucune âme ; la faute en incombant donc principalement à l'envie de vouloir courir trop de lièvres à la fois mais avec un systématisme assez pénible et sans trop de liant. Les amateurs d’aventure et de westerns auront certes eu droit à leur lot de situations attendues, à une impressionnante succession de rebondissements, à une multitude de paysages traversés, à une multiplication de personnages secondaires (aussitôt arrivés, aussitôt oubliés) et à un maximum d’éléments constitutifs de ces deux genres (Indiens, bagne, bayou, bateau à aube, saloon, bordel, mine...) sans qu’ils n’en soient captivés pour autant tellement l’émotion et la tension auront été aux abonnés absents, tellement l’histoire se sera révélée basique voire même naïve et enfantine (il faut avoir vu le prêchi-prêcha de Raf Vallone), tellement la psychologie des personnages se sera révélée sommaire voire souvent inexistante, tellement la multiplication des situations aura semblé totalement arbitraire.

Au sein de ce western paresseux, prévisible et mal rythmé, reste néanmoins un thème musical principal tout en verve signé Alfred Newman, une multitude de paysages traversés d'Est en Ouest (de la Louisiane à la Californie, pas moins de 46 lieux de tournage différents ont été comptabilisés), tous très bien photographiés par Lucien Ballard, une bonne scène d’exposition ainsi qu’une superbe confrontation finale qui permet d’oublier l'ennui qui a précédé, et enfin un casting certes sous-utilisé mais de très grande classe (notamment Martin Landau, Arthur Kennedy et Karl Malden, le trio infernal par lequel le drame arrive). A ce propos, les comédiens ne sont pas forcément fautifs, leurs personnages ayant été bien trop sacrifiés y compris malheureusement celui joué par la charmante Suzanne Pleshette. Qu’à cela ne tienne, même si Hathaway se sera révélé aussi moyennement inspiré que son scénariste, il prouvera quelques années plus tard que l’on pouvait encore compter sur lui avec l’excellent 100 dollars pour un shérif (True Grit) en 1969, un western pour lequel John Wayne obtiendra le premier Oscar de sa carrière.

Pour finir par une anecdote plutôt que sur une note négative, sachez que Nevada Smith est une prequel à The Carpetbaggers (Les Ambitieux) d'Edward Dmytryk, le western de Hathaway racontant la jeunesse du personnage qu’interprétait Alan Ladd dans le film précédent.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 28 mai 2016