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Critique de film
Le film

Les Voyages de Gulliver

(The 3 Worlds of Gulliver)

Partenariat

L'histoire

Humble médecin dans une petite ville d'Angleterre, Gulliver rêve de découvrir le vaste monde. Quand, enfin, il peut le faire en embarquant sur un bateau à destination des Indes, une tempête le jette par-dessus bord. Quand il se réveille, c'est dans un étrange royaume, Lilliput, dont les habitants sont si petits qu'il pourrait leur marcher dessus. Petits, mais toujours prêts à en découdre avec leurs voisins de Blefuscu...

Analyse et critique


Après l'immense succès du Septième voyage de Sinbad (1958), Ray Harryhausen et son producteur Charles Schneer eurent les coudées franches et un budget conséquent pour cette fastueuse adaptation du célèbre roman de Jonathan Swift. Harryhausen avait longtemps tâtonné avant de trouver la formule adéquate entre l’équilibre des récits/genres abordés et l’intégration de son bestiaire en stop-motion. Le Monstre vient de la mer (1955) et Les Soucoupes volantes attaquent (1956), premiers pas du duo Harryhausen / Charles Schneer, étaient certes de belles cartes de visite techniques mais ils ne sortaient pas du tout-venant du film de monstres et de science-fiction d’alors. Les Voyages de Gulliver souffre du problème inverse : une identité a enfin été trouvée avec Le Septième voyage de Sinbad (qui ne doit à la rigueur qu’aux productions d’Alexander Korda des années 1940 comme Le Voleur de Bagdad ou Les Mille et une nuits) mais elle n’est pas forcément applicable sur tous les films.


Ainsi, si visuellement le spectacle est une nouvelle fois au rendez-vous, on ne peut qu'être franchement déçu en termes d'adaptation. Le roman est grandement simplifié pour s'intégrer à la formule instaurée dans le film précédent et toute la dimension philosophique est sacrifiée au profit de l'aventure simpliste, notamment en associant la fiancée de Gulliver au périple. Les quatre voyages du livre se réduisent désormais à deux pour ne garder que les plus emblématiques univers des Lilliputiens et des géants, les aventures à Laputa le pays des nuages et celles chez les Houyhnhnms (avec ses chevaux dotés de sagesse) étant éliminées - donc précisément celles dans lesquelles l'aspect philosophique et satirique joue à plein.


Le moment le plus réussi reste cependant le passage chez les Lilliputiens où l'on retrouve la saveur originelle. Joyeuse satire de la stupidité, de la vanité et de la cupidité des hommes à travers ces Lilliputiens qui se font la guerre pour des motifs absurdes, le passage est assez mordant en montrant la bonne volonté de Gulliver totalement bafouée par la duperie et le côté sournois des chefs lilliputiens qui n'ont que faire de la paix. Harryhausen signe des passages impressionnants, entre contre-plongées saisissantes, rétro-projection et incrustation à la précision bluffante pour ce qui est un de ses travaux les plus aboutis. Le style oriental des vêtements et des décors lilliputiens fait une nouvelle fois le lien avec Le Septième voyage de Sinbad. L’'intérêt du voyage chez les géants est en revanche purement esthétique puisque, hormis le principe de la taille, l'intrigue se contente de recréer des situations présentes dans des films précédents de Harryhausen à coups d'affrontements avec des créatures titanesques (un crocodile, un rongeur). Le fond est malheureusement creux et peu palpitant, que ce soit dans la dramaturgie ou les possibilités grinçantes qu’offrait la plume de Jonathan Swift mais qui tournent court ici.


Le côté plus médiéval et monumental du monde des géants est vraiment bien exploité mais une nouvelle fois l'aspect ironique pêche complètement, la vanité des géants et leur politique autoritaire sous l'aspect bienveillant étant à peine effleurées. L’émerveillement est bien présent pour le public jeune auquel le film est destiné, mais dans le mauvais sens du terme puisque la simplification perdra les plus grands. Pour une vraie belle adaptation, mieux vaut revoir l'excellent téléfilm des années 90 avec Ted Danson. C'est d'autant plus dommage que quelques années plus tard, Harryhausen et Schneer respecteront bien mieux l'esprit de H.G. Wells dans Les Premiers hommes dans la Lune.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Justin Kwedi - le 23 décembre 2019