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Critique de film
Le film

Le 7e voyage de Sinbad

(The 7th Voyage of Sinbad)

Partenariat

L'histoire

Sur la route maritime qui le ramène à Bagdad en compagnie de sa fiancée, la princesse Parisa, Sinbad fait escale sur l'île de Colossa. Il en profite pour tirer Sokurah, un magicien, des griffes d'un énorme cyclope, qui parvient néanmoins à dérober au sorcier sa lampe magique. Pour contraindre Sinbad à retourner sur l'île de Colossa, Sokurah miniaturise la princesse. Seule la coquille d'un œuf de l'oiseau Roc pourra rendre à Parisa sa taille normale. Or l'oiseau en question ne vit que sur l'île maudite.

Analyse et critique


Le Septième voyage de Sinbad marque un passage décisif dans la carrière de Ray Harryhausen, puisque le film est son premier vrai succès commercial depuis l'entame de sa collaboration avec le producteur Charles H. Schneer. Jusque-là Harryhausen était resté dans le sillage de son mentor Willis O’Brien avec des décalques à peine masqués de King Kong - À des millions de kilomètres de la Terre (1957) et son extraterrestre gigantesque semant le chaos malgré lui - et surfant sur la vague SF des années cinquante avec Les Soucoupes volantes attaquent (1956). Avec cette adaptation très libre de Sinbad Le Marin, Harryhausen s’oriente vers le récit merveilleux et mythologique qui fera sa gloire dans ses productions suivantes - Jason et les Argonautes (1963), les deux suites qu’il donnera à Sinbad avec Le Voyage fantastique de Sinbad (1974) puis Sinbad et l'œil du tigre (1977), mais aussi Le Choc des Titans (1981) - ainsi que dans la transposition de grands textes d’évasion inscrits dans l’imaginaire collectif - Les Voyages de Gulliver (1960) d’après Jonathan Swift, L’Île mystérieuse (1961) d’après Jules Verne, et Les Premiers hommes dans la Lune (1964) qui adapte H.G. Wells.


Ce dépaysement avec cet imaginaire libéré apporte un vrai plaisir pour les yeux avec son monde oriental bariolé aux costumes luxueux et aux décors imposants dans une imagerie chamarrée et chatoyante. Le film ne fait cependant pas preuve de la rigueur narrative des meilleurs Harryhausen avec une première partie parfois un peu poussive dans ses gros raccourcis (la réaction du père de la princesse déclarant la guerre immédiatement, le Calife et Sinbad qui avalent sans même le soupçonner les histoires de Sokura) et le souffle épique d'un Jason et les Argonautes peine un peu à se faire ressentir. La construction est bancale à cause d’un script simpliste (ce qui est fort dommage tant à l’écrit les voyages de Sinbad regorgent d’histoires fabuleuses, une adaptation fidèle reste à faire) dans son déroulement comme dans la caractérisation des personnages, mettant mécaniquement en place une trame prétexte qui servira à introduire le bestiaire de Harryhausen. La deuxième partie, dans laquelle tout ce petit monde retourne sur l'ile de Colossa, s’avère nettement plus convaincante et constitue un petit bijou d'aventures fantastiques. Les morceaux de bravoure extraordinaires abondent, comme l'affrontement sauvage entre le dragon et le cyclope où Harryhausen paie une dernière fois son tribu à King Kong, le duel avec le squelette (un galop d’essai avant de les démultiplier dans Jason et les Argonautes pour un résultat encore plus mémorable) dans le château de Sokura ou encore le cyclope faisant bien des misères à l'équipage et qui finira dans une falaise dupé par Sinbad. On constate le joyeux mix opéré entre mythologie grecque et les conte des Mille et une Nuits avec le génie de la lampe ainsi que quelques éléments propres aux swashbuckler comme la mutinerie de l'équipage.


Bernard Hermann signe un score éblouissant et épique, Kerwin Mathews malgré un jeu limité a tout de même fière allure en héros valeureux et forme un charmant couple avec Kathryn Grant, Torin Thatcher campe un méchant mémorable dans le rôle du sorcier maléfique particulièrement marquant pour le jeune spectateur. Le Septième voyage de Sinbad est un brouillon plutôt plaisant, qui ouvrait la voie à d'autres grandes réussites. Détail amusant, le film aura droit à un décalque / plagiat meilleur encore avec Jack le tueur de géants (1961) plus orienté fantasy et reprenant l'ensemble du casting ainsi que le réalisateur pour un résultat plus audacieux, même si moins abouti techniquement en raison de l'absence de Ray Harryhausen.

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La fiche IMDb du film
Par Justin Kwedi - le 8 avril 2019