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Critique de film
Le film

Le Traquenard des sans-lois

(Utah Blaine)

Partenariat

L'histoire

Joe Neal, un gros rancher, est sur le point de succomber à un lynchage organisé par de petits éleveurs qui se sont regroupés sous la direction de Russ Nevers (Ray Teal) pour s’accaparer les terres de la région. Il est sauvé in extremis par un certain Utah Blaine (Rory Calhoun), qui arrive du Mexique à la recherche d’un ex-complice l’ayant trahi. Il s’avère que l’homme dont il suit la piste fait partie du groupe qui vient de pendre le vieil homme. Pour le récompenser de lui avoir sauvé la vie, Neal propose à Blaine le poste de régisseur de son ranch et, s’il parvient à se débarrasser des lyncheurs, pas moins que la moitié de ses terres. Rêvant depuis toujours d'être propriétaire, Blaine accepte. Il va être aidé dans sa dangereuse mission par Angie (Susan Cummings), la fille de l’autre gros éleveur de la région qui vient d’être tué par la même bande...

Analyse et critique

Comme déjà Les Forbans du désert (Ambush at Tomahawk Gap), l’un des rares westerns de Fred F. Sears dont l'occasion avait été donné de découvrir en France, Utah Blaine (du nom de son protagoniste principal interprété par Rory Calhoun) est un film à très petit budget tourné très rapidement - le réalisateur en a signé quatre autres rien que cette même année ! Comme Les Forbans du désert, Utah Blaine n’est certes pas un western mémorable mais il se sera néanmoins révélé extrêmement plaisant et très efficace, en tout cas bien plus âpre et violent que la plupart des westerns de série de cette époque. Pour nous, Européens, il n'est pas resté grand-chose de la filmographie de Sears essentiellement composée de ses genres de prédilection, à savoir la comédie musicale, le fantastique, la science-fiction, ainsi que le western au sein duquel il s'illustra à une quinzaine de reprises. Une chose est certaine, à la vision de ces deux westerns, la minable réputation du cinéaste me semble sacrément sévère et ce double visionnage nous fait espérer au contraire que d’autres de ses films suivront sur galettes numériques. Messieurs les éditeurs, ne vous faites donc pas prier pour poursuivre les investigations au sein de ce corpus !


L’intrigue est assez classique, celle d’une war range (guerre des prairies), sauf que pour une fois les "gentils" se révèlent être les gros ranchers alors qu’au contraire ceux qui cherchent à les déloger sont les petits éleveurs qui pensent légitimement avoir le droit de posséder quelques lopins. Sauf que pour y parvenir, ils n’hésitent pas à tuer de sang-froid les grands propriétaires, en les lynchant ou en les tuant à bout portant, alors qu'ils se sont érigés en hommes de loi en absence de toute organisation citadine. Sous la direction de Russ Nevers - Ray Teal, qui prouve à l’occasion être extrêmement convaincant en salopard, lui que l’on avait beaucoup plus l’habitude de voir dans la peau de bons et honnêtes citoyens - les petits fermiers se sont formés en milices et détruisent tous ceux qui se mettent en travers de leur chemin. De l’autre côté se trouvent deux gros éleveurs qui, une fois liquidés, laissent leurs filles à la tête de leurs immenses domaines. Avant de passer l’arme à gauche - en hors champ, voire même en "hors séquence" puisque nous ne l’apprendrons qu’au cours d’une discussion ; une des quelques réjouissantes curieuses idées du film - l’un des deux cattle barons aura par reconnaissance nommé régisseur son sauveur de la première scène, un aventurier tireur d’élite qui vient de purger une peine d’emprisonnement alors qu’il se trouvait sur le territoire mexicain durant la révolution, désormais à la recherche de son ex-coéquipier qui l’avait alors trahi et envoyé en prison.


Par le plus grand des hasards, ce traitre - George Keymas, la tête de l’emploi, parfaite sale gueule, inquiétant à souhait - fait partie du groupe des éleveurs meurtriers, l’un de ses plus dangereux gunmen. Autant dire que notre héros, Utah Blaine, ne va pas hésiter à prendre cette place d’intendant : il sera non seulement aux premières loges pour se venger mais pourra aussi peut-être réaliser son rêve, posséder son propre ranch, le patron lui ayant promis la moitié de ses terres s’il parvenait à protéger ses propriétés et faire cesser les agissements de ses ennemis. Les habitants de la petite ville étant effrayés par la bande organisée des petits éleveurs, Utah Blaine n’est aidé dans sa mission que par les deux filles des gros propriétaires assassinés, ainsi que par un ami et fermier ayant quitté les rangs du gang de Nevers, l’acteur Max Baer, ancien boxeur, champion du monde des poids lourds, qui jouait son propre rôle dans Plus dure sera la chute (The Harder They Fall) de Mark Robson. Sachant cela, il est dès lors assez cocasse que lors de la première rencontre musclée entre Rory Calhoun et Max Baer, ce dernier se fasse mettre KO par son adversaire ! Quant à la fille qui va se battre à ses côtés, la ravissante Susan Cummings, il s’agit d’une femme de tête, moderne et courageuse, qui n’hésite pas à se servir d’armes voire même de ses poings. Nous trouvons donc quelques détails insolites, quelques situations un peu "originales" et quelques éléments de décors inhabituels (le cimetière en forêt, le pont couvert comme ceux que l’on trouve dans le Comté de Madison...) au sein d'un scénario à la ligne dramatique ultra claire. Et, encore plus intéressant, une amorce de réflexion sur l’importance de la démocratie : car si les bad guys peuvent faire leur loi sans être inquiétés, c’est à cause d’une ville sans organisation et donc de l’absence de tous les personnages officiels, pas plus de maire, de juge que de shérif.


Le budget très minime du film n’empêche pas le réalisateur Fred F. Sears de nous livrer un petit western d’une redoutable efficacité, très teigneux, sec, plutôt sadique et violent pour l’époque... De ces films pétaradants au cours desquels ça canarde à tout va et qui ont probablement le plus influencé les futurs réalisateurs de westerns italiens. Le scénario de Robert E. Kent est évidemment très classique et sans grandes surprises, mais son travail reste bien plus convaincant et surtout moins ridicule que les innombrables scripts qu’il écrivit pour les easterns de la Columbia produits par Sam Katzman durant cette même décennie. Que ceux qui craignaient en voyant au générique ce duo qui nous avait fait subir d’insupportables heures perdues se rassurent : nous tenons cette fois une bonne série B, à la belle photo en noir et blanc, au cours de laquelle on ne s’ennuie pas une seule seconde. Distrayant à défaut d’être mémorable, idéal pour les amateurs d'action avec son lot de bagarres et de fusillades et enfin, pour ne rien gâcher, plutôt bien interprété par, outre une tripotée de bons seconds rôles, un Rory Calhoun qui n’est décidément jamais meilleur que lorsque son personnage est peu loquace, un peu à la manière de ceux incarnés par Randolph Scott dans ses plus grands westerns. Plaisant !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 31 août 2019