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Critique de film
Le film

Le Mustang noir

(Red Canyon)

Partenariat

L'histoire

Vivant avec son veuf de père (George Brent), riche propriétaire terrien et éleveur de chevaux, Lucy (Ann Blyth), ravissante jeune fille mais garçon manqué au grand dam de sa famille, ne rêve que d’une seule chose, pouvoir capturer un célèbre mustang noir et le prendre pour monture. Mais ce n’est pas la seule personne que le cheval sauvage intéresse ; au moment où Lucy allait s’en approcher, Lin Sloane (Howard Duff) réussit à le capturer au lasso. Après lui avoir joué un coup pendable en lui volant ses vêtements, Lucy accapare l'animal et laisse Lin sur place. Ce dernier ne va pas en rester là mais au final les deux jeunes gens vont se rapprocher et s’allier pour lutter contre des voleurs de chevaux qui ne sont pas étrangers à Lin ; et pour cause, ils appartiennent à la même famille...

Analyse et critique


Lorsqu’en 1949 George Sherman réalise Le Mustang noir, le prolifique cinéaste a déjà une soixantaine de films à son actif, quasiment tous inconnus dans notre pays ! Autant dire qu’il reste encore à débroussailler au sein de cette filmographie conséquente. Alors que ce film se situe en plein dans sa période qualitative faste à Universal, qui s’étale en gros de 1948 à 1953, il faut se rendre à l’évidence : cet opus ne fait pas partie de ses plus grandes réussites. Au sein de cette longue suite de westerns ou de films d’aventures colorés et hautement divertissants (voire plus concernant des petits bijoux comme Tomahawk), Red Canyon se révèle même très mauvais, à l’instar de ses précédents westerns Columbia tels Les Indomptés (Renegades), Le Dernier des peaux-rouges (Last of the Redmen) ou encore Du sang dans la Sierra (Relentless). Ce qui ne fait que confirmer ce que j’écrivais déjà à une autre occasion : il ne faudrait surtout pas aller dans l’excès inverse, qui prendrait le contrepied de la réputation médiocre qu’avait Sherman dans notre pays voici seulement vingt ans, en s’agenouillant désormais devant chacun de ses titres. En effet, au regard de ce que nous avons pu découvrir ces dernières années de son œuvre (un grand merci aux éditeurs français au passage), il s’avère que, malgré le fait de contenir quelques très belles pépites, ce corpus demeure néanmoins sacrément inégal, notamment en qui concerne les westerns.


Nous ne nous appesantirons donc pas longuement sur ce Red Canyon qui ne vaut que pour le superbe travail de George Sherman et de son chef opérateur Irving Glassberg, le premier nous faisant toujours autant plaisir par sa manière de cadrer les plans d’ensemble, le second nous octroyant des contre-jours au crépuscule absolument magnifiques. Comme quoi, une fois encore et dans la majorité des cas, le talent et l’aptitude d’un réalisateur ne pallieront que rarement l’absence de scénario ; c’est même peine perdue car par le fait de voir évoluer des pantins sans consistance à l'écran et ainsi être incapable de ressentir la moindre empathie pour quelconque personnage, le film se révèlera sans aucun charme et grandement ennuyeux malgré le boulot remarquable des équipes techniques. C’est malheureusement ainsi que l’on pourrait résumer mon humble avis sur ce film, qui pourtant a priori me faisait grandement saliver. Et puis quelle déception de voir Ann Blyth aussi mal utilisée - et pas spécialement bien mise en valeur par un maquillage outrancier - ainsi qu'un Howard Duff sans aucun charisme alors qu’il parviendra à nous émouvoir sous la baguette du même réalisateur à cette même période lorsqu’il endossera la défroque de Sam Bass dans le très beau La Fille des prairies (Calamity Jane and Sam Bass). Il faut dire aussi que le couple qu’il composera avec Yvonne De Carlo sera bien plus convaincant que celui qu’il forme ici avec Ann Blyth. Cette dernière n'a d'ailleurs plus tourné de westerns après celui-ci, qui a dû grandement la laisser sur sa faim, d’autant que son personnage de garçon manqué aurait pu être intéressant s’il avait été un minimum étoffé.


Les amateurs d’action se verront délivrer une séquence assez efficace et au rythme bien enlevé en fin de parcours. Quant aux amoureux des belles images en Technicolor, ils seront comblés car la photographie est vraiment magnifique lors des cavalcades de chevaux sauvages dans les somptueux paysages de la région de Kanab en Utah ; d’ailleurs ces séquences seront reprises non seulement dans des films comme Black Horse Canyon de Jesse Hibbs (loin d’être meilleur que celui de Sherman) mais aussi pour la série Le Virginien pour le très bon épisode The Stallion signé par Bernard McEveety. Adapté d’un roman de Zane Grey, Red Canyon est un western familial sans grand intérêt et surtout un film sans scénario. Malgré un casting plus que prometteur, aucun comédien ne sort du lot, pas plus Ann Blyth que tous les autres, à l'instar d'un John McIntire qui fait peine à voir en bad guy caricatural à souhait ou encore Jane Darwell, Chill Wills ou Edgar Buchanan qui ne font rien d’autre que leurs numéros humoristiques habituels. Sherman a beau savoir filmer des extérieurs et la photo a beau être un régal pour les yeux, l'ensemble est vraiment trop terne. Aux amoureux des chevaux, je conseillerais plutôt de se tourner vers des productions MGM ou 20th Century Fox, les films signés par Clarence Brown (Le Grand national - National Velvet) ou Harold D. Schuster (la série des Flicka). Mais si vous souhaitez rester sur un western Universal, je m’arrêterais plutôt sur le sympathique Enfant du désert (Cattle Drive) de Kurt Neumann avec Joel McCrea.


En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 5 octobre 2019