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Critique de film
Le film

Le Métro de la mort

(Death Line)

L'histoire

A Londres, deux étudiants américains découvrent un homme gisant dans une station de métro. Lorsqu’ils reviennent sur les lieux avec un policier, le corps a disparu. D’autres disparitions du même genre sont intervenues récemment. Que se passe-t-il dans les entrailles du métro ? L’inspecteur Calhoun mène l’enquête.

Analyse et critique

En ce début des années 70, l'épouvante gothique estampillée (entre autres) Hammer s'essouffle et le public semble davantage en demande d'un fantastique inscrit dans le quotidien. Ce sont les cadres intimistes, la terreur urbaine, une ruralité menaçante et la proximité d'une horreur inavouable qui participent aux succès d'œuvres comme Rosemary's Baby (1968), La Dernière maison sur la gauche (1972), L'Exorciste (1973) ou encore Massacre à la tronçonneuse (1974). Le Métro de la mort s'inscrit dans ce courant avec pour originalité de se situer dans un Londres contemporain et sordide comme on l'a rarement vu jusqu'ici. Le film est réalisé par Gary Sherman, un Américain exilé en Angleterre où il gagne sa vie en réalisant des publicités. Sous ce lucratif emploi, Sherman a pourtant un passé d'activiste de gauche qui lui valut quelques bisbilles avec la justice. C'est donc un certain dégoût de la situation au sein de sa patrie qui l'amène à la quitter, mais ce regard engagé ne le quitte pas lorsqu'il observe dans son quotidien les inégalités régnant au sein de la société anglaise.

Tout le récit se joue ainsi sur l'échelle pyramidale qui régit les clivages de classes plus spécifiquement marqués encore au sein de cette société anglaise. Tous les personnages se trouvent à un moment où un autre placés en position d'infériorité par un interlocuteur qui les domine par son statut. Cela pourra être de manière légère lorsque le sarcastique inspecteur Calhoun (Donald Pleasence) rudoie sa secrétaire pour avoir son thé matinal, lorsqu'il sonde un suspect ou houspille ses subordonnés. Il va lui-même se heurter à ce mur social lorsque, enquêtant sur la disparition d'un ministre (qui lui aussi prendra de haut une jeune femme qu'il croit être une prostituée dans la scène d'ouverture) il sera renvoyé à son périmètre d'action limité par un arrogant agent du MI6 joué par Christopher Lee. Sherman n'est pas plus tendre avec ses compatriotes américains à travers ce personnage d'étudiant (David Ladd) qui, habitué à l'indifférence new-yorkaise ordinaire, va laisser un quidam inconscient dans le métro en le prenant pour un ivrogne, au grand désespoir de sa petite amie (Sharon Gurney) plus compatissante. A l'échelle la plus basse de ce monde contemporain individualiste, il y a le monstre cannibale du film. Il est le descendant de quatre ouvriers d'une compagnie de transport ayant fait faillite et abandonné ses employés piégés sous les décombres du chantier d'une station en 1892. Forcé de céder au cannibalisme pour survivre dans ces tréfonds, il est en quelque sorte le symbole de la dégénérescence (mentale comme physique) ultime à laquelle succombent les plus démunis, les oubliés de la société. L'interprétation de Hugh Armstrong va d'ailleurs dans ce sens, le cannibale subissant sa monstruosité, ne cherchant qu'à survivre de la seule manière qu'il connaît et vivant dans une profonde solitude après le décès de sa dernière compagne d'infortune.

Le film fut tourné en trois semaines pour un budget minimaliste (Sherman plaisantait sur le fait que sa dernière pub tournée avait quatre fois le budget de son premier long métrage) voulu par le réalisateur. Il avait en effet la possibilité d'être produit par la compagnie Hemdale qui lui aurait fait bénéficier d'un tournage plus confortable, en studio. Mais Sherman va se tourner vers le plus pingre producteur américain Paul Maslansky pour un tournage plus spartiate. L'objectif est double : les activités de pubard de Sherman ne l'autorisent pas à passer trop de temps sur la réalisation d'une production de cinéma moins rentable, et de plus l'économie restreinte renforce finalement le réalisme du film. Le tournage se déroule dans une station inachevée ayant servi d'entrepôt de munitions durant la Deuxième Guerre mondiale, les raccords se faisant avec le quai et la sortie des vraies stations District Lane et Russell Square. Gary Sherman excelle à installer une atmosphère glauque et inquiétante, où il n'oublie jamais sous l'effroi de distiller la compassion et la détresse qu'inspire le monstre. Un long plan-séquence nous introduit progressivement au sein de son antre sordide, un lent panoramique laissant découvrir chairs à vif, membres éparpillés et squelettes décharnés dans cadre insalubre. La bande-son s'orne d'un bruit de goutte à goutte métronome qui se mêle une imagerie suintante tandis que l'on découvre la topographie des tunnels plongés dans les ténèbres. Ainsi conditionnés, la surprise est d'autant plus grande pour nous de constater la nature profondément pathétique du monstre. C'est d'ailleurs ce désespoir qui met son existence à jour, ses sorties plus imprudentes attirant finalement l'attention sur les nombreuses disparitions sans suites ayant eu lieu au sein de la station.

Sous cet esthétique oppressante, le film adopte un ton assez étonnant. Nous sommes là dans une veine mi-horrifique, mi-sarcastique façon Frenzy (1972) d'Alfred Hitchcock où les spécificités culturelles british (pause thé, sortie au pub) viennent s'insérer dans le drame en marche comme une sorte de tradition ne sachant pas s'adapter à un monde changeant. Le pourtant perspicace inspecteur Calhoun suit donc davantage l'enquête qu'il ne la mène, génialement joué par un Donald Pleasence déluré et loin du sérieux papal qu'il adoptera dans sa plus fameuse incursion dans l'horreur, Halloween (1978) de John Carpenter et ses suites. Loin de désamorcer la tension, cet aspect montre en fait le schisme et la déconnexion de ces différentes couches de la société, notamment entre la vieille génération que symbolise Pleasence et la jeunesse libertaire représenté par le couple - à travers diverses piques sous-jacentes comme sur leurs coupes de cheveux, le fait qu'ils vivent en concubinage. La conclusion atteint des sommets de malaise, dans laquelle Gary Sherman équilibre brillamment la frayeur et le dégoût qu'inspire le cannibale, jamais plus monstrueux que quand il réclame à sa façon l'affection qui lui sera toujours refusée. Une vraie pépite méconnue de l'horreur, vraiment à découvrir.

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La fiche IMDb du film
Par Justin Kwedi - le 25 mars 2022